Formation: accords il y a, mais pas encore de gouvernement

Drapeaux belges sur le parvis de la cathédrale Sts Michel et Gudule à Bruxelles, le 21 juillet 2011
Drapeaux belges sur le parvis de la cathédrale Sts Michel et Gudule à Bruxelles, le 21 juillet 2011 - © NICOLAS MAETERLINCK (archives belga)

Cet accord institutionnel engrangé ne signifie pas que, 485 jours après les élections, la Belgique puisse enfin disposer d'un gouvernement. Il reste à se mettre d'accord sur un programme de gouvernement où il sera aussi bien question de Justice, que d'asile et d'immigration ou d'emploi, entre autres, mais aussi de plus de 8 milliards d'économies.

Au préalable, Elio Di Rupo doit fixer le nombre de partis associés à la prochaine coalition.

Et là, le formateur a un peu plus de 24 h pour trancher: à 6 ou à 8 ? Ou, autrement dit, avec ou sans les Ecolos, Ecolo ayant lié son sort à Groen!.

Et cela parce que l'Open VLD a lancé un ultimatum: si les Verts, et surtout Groen!, y sont ce sera sans le VLD.

Pourtant sans Groen!, le gouvernement sera minoritaire en Flandre. Dans ce cas, on entend déjà l'argument-massue de Bart De Wever quand le futur gouvernement fera connaître ses mesures d'austérité: c'est une majorité francophone qui impose ses mesures à la majorité des élus flamands. Politiquement très délicat mais les libéraux flamands sont prêts à prendre le risque.

Pourquoi cette fuite en avant de l'Open VLD?

Avec les Verts, c'est vrai, la future coalition pencherait plus nettement à gauche, ce qui signifie, pour des libéraux, plus de taxes.

Le président Alexander De Croo ajoute même: "la note socio-économique de Di Rupo conduit l'économie au néant !"

Mais plus généralement, le parti est aux abois: 13% aux dernières élections, moins de 12 lors d'un dernier sondage. Il veut réaffirmer une ligne dure en matière économique et aussi en matière d'asile et d'immigration, ce qu'il est estime impossible avec les Verts.

Et de plus, avec Groen! à bord, le VLD n'aurait plus droit qu'à un seul ministre... ça compte aussi.

La Chambre et le Sénat font quand même leur rentrée aujourd'hui

C'est ce que prévoit la Constitution.

Après 3 mois de vacances, les parlementaires retrouvent en effet le chemin du palais de la Nation.

Et pour la troisième fois en 5 ans, il n'y aura pas de déclaration gouvernementale comme le prévoit l'usage. C'est dire l'ampleur et la permanence de la crise politique en Belgique.

A la Chambre, André Flahaut sera réinstallé à la présidence.

Par contre, au Sénat, le N-Va Dany Pieters devra céder son fauteuil. Son parti ne fera pas partie de la nouvelle majorité. La présidence pourrait revenir à la chef de groupe CD&V Sabine de Béthune.

Mais rien n'est sûr. L'attribution dépend aussi de la composition de la future coalition.

Et de 6! Une sixième réforme de l'Etat

Le jour J sur le plan politique. Ce mardi matin, Elio di Rupo et les 8 représentants des partis qui ont été associés aux discussions afficheront probablement une certaine solennité. On parle d'accord "historique", d'"épée de Damoclès" qui ne menace plus la Belgique; ce qui est certain, c'est que le volet institutionnel de la mission du formateur permet l'ouverture de négociations en vue d'un programme de gouvernement.

Quel sera l'importance de ces changements  pour l'avenir des institutions?

Et de 6! Après celles de 1970, 1980, 88, 93 et 2001, la réforme de l'Etat bouclée depuis ce week-end occupera sans doute une place enviable dans le hit-parade des étapes du fédéralisme à la belge. Petit rappel avec Christian Berhendt, constitutionnaliste à l'Université de Liège : "Le numéro 1 des 6 réformes de l'Etat, serait alors, je crois, toujours celle de 1970 évidemment puisque c'est la toute première et alors sans doute la seconde, serait celle-ci en raison de son fort impact financier, la très grande croissance des moyens en terme d'autonomie des entités fédérées mais également en raison de la solution d'autres problèmes fort symboliques mais très importants en terme de stratégie à long terme, à savoir par exemple, la question de Bruxelles-Hal-Vilvorde."

Principale vertu de cette sixième réforme: elle stabilise le pays

"La stabilisation est d'autant plus précieuse et importante qu'on a pu mesurer à certains moments qu'il y avait un risque grave de se retrouver dans une paralysie du système."

Un travail remarquable de la part du formateur et des négociateurs

"Pour ce qui est du financement, il y a, je pense, avant tout à mettre en exergue la très bonne préparation de part et d'autre. Alors pour d'autres domaines comme par exemple le contentieux de la périphérie bruxelloise, là je crois qu'il y a eu des cas où on peut relever une certaine créativité."

Reste, pour en juger, à se plonger dans les textes. Ils seront rendus publics dès leur présentation par le formateur.

 

Philippe Walkowiak et Pierre Magos

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