Flexi-jobs dans le commerce: "Les employeurs sont de nouveau servis par le gouvernement"

Flexi-jobs dans le commerce: "Les employeurs sont de nouveau servis par le gouvernement"
Flexi-jobs dans le commerce: "Les employeurs sont de nouveau servis par le gouvernement" - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le gouvernement fédéral s’est accordé mercredi sur son budget avec une série de mesures dont certaines visent l’emploi. Le gouvernement vise d’ailleurs le plein emploi d’ici à 2025.

Parmi les mesures, il y a les fameux flexi-jobs, qui existent déjà dans l'Horeca et qui seront étendus au commerce. C’est un contrat qui permet aux travailleurs engagés au minimum à quatre cinquième de prester quelques heures de plus, sans être taxés. L’objectif, c’est bien sûr de lutter contre le travail au noir.

Myriam Delmée, vice-présidente du SETca, le Syndicat des employés et cadres de Belgique pour la FGTB, répondait ce matin aux questions de La Prem1ère. 

Sur les réseaux sociaux, vous avez été particulièrement virulente contre ces flexi-jobs. En quoi cela pose problème ? Selon vous, quels sont les risques pour les travailleurs qui sont concernés ?

"Il faut d’abord rappeler que le secteur commerce est un secteur dans lequel on travaille, pour presque la moitié des travailleurs, à temps partiel. Et donc, pour tous ces travailleurs, le but est d’obtenir plus d’heures dans leur contrat de travail, de manière à pouvoir vivre dignement avec leur salaire.

Le fait de voir une main-d’œuvre hyper flexible qui va venir pour faire des prestations à la demande, parce que c’est ça les flexi-jobs, une main-d’œuvre extérieure, parce qu’il faut être extérieur à l’entreprise pour pouvoir rentrer dans le cadre d’un flexi-job, c’est nécessairement une nouvelle catégorie de travailleurs qui va rentrer en concurrence avec les travailleurs du commerce.

Pourquoi rentrer en concurrence ? Parce que ce seront des travailleurs qui seront moins chers puisqu’il n’y a pas de cotisations ONSS, il n’y a pas de précompte professionnel pour ces personnes-là, c’est une machine à blanchir en fait.

C’est comme ça que ça a été présenté par le gouvernement quand ça a été mis en place pour l’Horeca, en disant que les travailleurs qui bossent au noir, on va pouvoir régulariser leur statut.

Ici, on n’est pas du tout dans ce schéma-là, on est vraiment dans un schéma où on va créer un emploi hyper flexible avec une main-d’œuvre extrêmement bon marché.

Alors, on s’est déjà chopé les étudiants il y a quelques mois en termes de réformes au niveau du commerce. Si maintenant on nous met des travailleurs qui vont venir prester quelques heures à la demande, donc sur appel, en pratique dans les magasins, ça va être une catastrophe pour les travailleurs ordinaires du commerce".

Je ne sais que constater les ravages que fait le travail étudiant dans l’état actuel des choses

Est-ce que ça met justement vraiment en danger ces travailleurs ordinaires du commerce ? 

"Vous savez, moi je ne sais que constater les ravages que fait le travail étudiant dans l’état actuel des choses, dans les magasins, où on se rend compte que le volume de travail presté par les étudiants n’a de cesse d’augmenter parce que ce sont des personnes, effectivement, qu’on appelle à la dernière minute pour venir prester quelques heures de travail plutôt que d’essayer de les donner au temps partiel dans l’entreprise. Ça, c’est une première chose.

Donc si vous pouvez déjà faire ça avec des étudiants, qu’est-ce qui va vous empêcher de le faire avec d’autres travailleurs, qui seront quelques fois des travailleurs d’autres enseignes d’ailleurs ?

Maintenant, ce ne seront pas nécessairement des travailleurs du commerce qui vont pouvoir venir travailler dans d’autres commerces puisqu’il y a cette condition de travailler quatre cinquième temps par ailleurs dans une autre entreprise pour venir faire du flexi-job.

Or, on a beaucoup de travailleurs du commerce qui ne travaillent pas quatre cinquième temps. Et donc ils n’auront même pas accès à ce genre de job pour une autre entreprise, si tant est que ce genre de job est un job intéressant bien entendu.

C’est plutôt un truc pour arrondir ses fins de mois plus qu’autre chose. Ce n’est pas vraiment un emploi dont on peut vivre dignement au sens où on l’entend et où nous recherchons à créer de l’emploi. Ce n’est pas de l’emploi avec lequel on va pouvoir vivre, c’est la solution de bout de chandelle".

Est-ce que le gouvernement ne suit pas un peu finalement la tendance de l’économie aujourd’hui, qui va vers plus de flexibilité, où on passe plus facilement d’une société à une autre ?

"Vous savez, les flexibilités, avec de l’emploi ordinaire, elles existent. Elles peuvent être mises en place dans les entreprises, il suffit de négocier des solutions avec les interlocuteurs sociaux de l’entreprise.

La loi Peeters permet une flexibilité de plus en plus grande, qui n’a pas été mise en application encore dans les entreprises. On sort d’un accord sectoriel où ça aurait pu être fait, où les entreprises ne se sont pas montrées extrêmement intéressées.

Maintenant, c’est vrai que quand on voit le budget, il valait mieux attendre un mois plus tard et être servi parce que ce qu’on retrouve dans l’accord sur le budget en matière de commerce et singulièrement d’e-commerce, c’est le cahier de revendications que Coméos nous a servi il y a 3 mois en pratique lors des négociations sectorielles.

Je comprends mieux maintenant pourquoi ils ne voulaient pas prendre la peine de négocier dès lors qu’ils sont servis par le gouvernement à nouveau.

Mais donc ces solutions de flexibilité, ces solutions collectives de flexibilité elles existent. Il faut simplement vouloir les négocier. Et évidemment, je le répète, on est avec des employeurs qui maintenant préfèrent attendre une solution du gouvernement plutôt que de trouver des solutions construites dans leurs entreprises".

Finalement l’emploi précaire dans le commerce sera la règle. Et pour le reste, il n’y aura plus rien, ça sera un désert économique

Vous rappeliez hier que la Cour constitutionnelle devait encore se prononcer à l’automne sur la légitimité de ces flexi-jobs dans l’Horeca. Vous espérez faire un peu changer les choses, peser dans la balance, négocier encore peut-être ?

"On verra en septembre exactement ce qu’on prend comme mesures et comme attitude par rapport aux flexi-jobs dans le commerce. On attend évidemment avec une certaine impatience la décision de la Cour constitutionnelle.

Par rapport au commerce, on verra effectivement stratégiquement quelle est l’attitude que l’on utilise en septembre et que l’on met sur pied pour voir effectivement comment on va pouvoir contrer cette nouvelle attaque par rapport au temps partiel et à l’emploi ordinaire dans le commerce parce qu’on a vraiment l’impression qu’on s’aligne sur des modèles hollandais, où finalement l’emploi précaire dans le commerce sera la règle. Et pour le reste, il n’y aura plus rien, ça sera un désert économique.

Je rappelle quand même que le commerce, pour l’instant, c’est de l’emploi pour 200 000 travailleurs parmi les moins formés, et donc ce sont des possibilités pour toute une série de gens d’avoir des possibilités de carrière effectives et qui sont en train de fondre comme neige au soleil. Socialement, c’est quand même un problème aussi".

 

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