Fiscalité: principe de réalité

Charles Michel aurait bien voulu entamer sereinement au sein de son gouvernement le débat sur un glissement de la fiscalité du travail sur d’autres ressources. Le Premier Ministre s’y était engagé, de manière très générale toutefois, lors de son discours aux corps constitués : il y aura une réforme fiscale en 2015. Sans autres précisions.

Taxer … malgré tout

Pas facile en fait, surtout pour un gouvernement de " droite " de devoir in fine… taxer !

Si tout le monde convient qu’il faut diminuer la fiscalité sur le travail, les avis commencent à (sérieusement) diverger sur la manière d’équilibrer les comptes de l’Etat.

Lors de la mise sur pied du nouveau gouvernement fédéral, l’objectif était clair : les économies budgétaires seraient essentiellement réalisées par des économies supplémentaire, sous-entendu des économies qu’il avait été impossible de réaliser avec des socialistes au pouvoir.

Budgets de la SNCB, des ministères et des soins de santé sérieusement rabotés, exclusions du chômage entamées par le gouvernement Di Rupo amplifiées, etc…

Rattrapé par la réalité

Les cheminots allaient réagir rapidement : on demande aux chemins de fer plus de ponctualité, plus de sécurité et un meilleur service…avec moins d’argent !

Le ministre de la Justice lui-même finissait par constater qu’avec l’enveloppe allouée désormais à son département, il ne pourrait payer les salaires des magistrats jusqu’à la fin d’année.

Même avant l’accroissement de la menace terroriste, la police faisait savoir qu’elle ne pourrait mener à bien toutes ses missions. La mise en avant des services de sécurité en ce début 2015, allait montrer que policiers et militaires se trouvaient bel et bien sur une impossible corde raide budgétaire.

D’ailleurs le gouvernement allait rapidement faire savoir que ces secteurs essentiels pour l’heure seraient préservés. Pour l’instant.

Ceci étant, la fiscalité belge pose problème également à l’OCDE qui justement préconisait la semaine dernière, un glissement des charges qui pèsent sur les salaires des travailleurs vers une taxation de la consommation, des pratiques polluantes voire sur les transactions financières.

Le ministre des Finances (N-VA), thuriféraire de l’ " Ecole de Chicago ", allait s’empresser d’emboîter le pas en mettant l’accent surtout sur une hausse de la TVA et beaucoup moins sur les facilités accordées aux voitures de société en Belgique (pourtant épinglées par l’OCDE) mais comme entendu souvent lors de la campagne électorale, il y a plus de voitures de société en province d’Anvers que dans toute la Wallonie… et la N-VA sait ménager son électorat.

Quand à des taxations sur le capital, " cela fait fuir les investisseurs "…

Comme sur d’autres sujets récemment (exclusions du chômage, militaires dans la rue, etc.), les nationalistes créent des tensions dans la majorité et plus seulement vis-à-vis du CD&V.

Le climat social reste délétère, ce n’est pas le moment d’évoquer une hausse de la TVA alors que l’on défend toujours un saut d’index (moins 2% pour le pouvoir d’achat). Les révélations sur la fraude fiscale pour des milliards vers la Suisse ou le Luxembourg montrent qu'il y a aussi d'autres pistes à suivre.

Après avoir annoncé qu’il fallait réduire le train de vie de l’Etat, il est difficile à présent de voir lui donner de nouvelles missions comme il sera très compliqué de désigner " qui " paiera pour que l’on allège les charges sur les salaires. La réalité est là.

 

Philippe Walkowiak

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