Finances (et pays?) en panne

Les ministres du gouvernement fédéral pourront partir l’esprit léger pour leurs vacances de Pâques là où leurs collègues des exécutifs régionaux auront quelques soucis à emporter avec eux.

Les difficultés des uns sont devenues celles des autres

Les différentes sources chiffrées qui permettent d’établir un budget ont beaucoup varié ces derniers mois. Entre Comité de Monitoring, Bureau du Plan, Banque Nationale, Conseil Supérieur des Finances voire SPF Finances quand ce n’est pas Eurostat ou la Commission Européenne, il est parfois difficile d’y voir clair et la bourde de l’Office des Pensions (400 millions d’erreur de calcul !) n’a rien arrangé.

Finalement, les chiffres sont tombés : une croissance à 1,2% (un peu mieux que prévu) et surtout 750 millions en moins à ristourner aux Régions ; il paraît qu’il s’agit là de l’application purement arithmétique de la dernière Loi Spéciale de Financement, telle que consacrée par la 6ème Réforme de l’Etat.

Si certains s’étonnent de ce revirement, personne ne remet en doute la validité du calcul. Le chiffre qui glace les Régions a été communiqué (très) tardivement, a permis au gouvernement N-VA/MR/CD&V/OpenVLD de boucler l’ajustement budgétaire de printemps en un week-end mais il n’est pas contesté.

Tout d’abord, la nouvelle loi de financement a été négociée, approuvée et votée par 8 partis (socialistes, chrétiens-démocrates-humanistes, libéraux et écologistes) avec l’opposition des FDF … et de la N-VA dont les ministres appliquent scrupuleusement le contenu ! Certaines huiles nationalistes l’affirment sous cape que voilà bien la preuve que cette loi de financement était mal fagotée et compliquée à mettre en œuvre.

Mais surtout, le PS peut difficilement critiquer ce " manque à gagner " pour les Régions puisque c’est lui qui aura veillé à maintenir des marges de manœuvre suffisantes pour le Fédéral mener ses politiques de crainte que les Régions (et surtout la Flandre) ne prennent trop d’autonomie et assèchent financièrement le niveau fédéral.

Concertation

La dernière réforme de l’Etat fait beaucoup reposer son bon fonctionnement sur le Comité de Concertation, le lieu où se retrouvent les six gouvernements du Royaume et où aucun n’a la préséance sur l’autre.

Mais ce qui n’a pas été prévu c’est que l’on y soit obligé de s’entendre ! Jusqu’ici, le fait d’être présent politiquement à différents niveaux de pouvoir garantissait bon an mal an la cohésion et le fonctionnement de l’usine à gaz institutionnelle belge. Ce n’est plus le cas. Wallonie et Bruxelles ont été mis devant la réalité des chiffres sans ménagement et même en Flandre, le ministre-président N-VA Geert Bourgeois ne l’a appris que tardivement. Mais en gardiens sourcilleux de l’orthodoxie budgétaire, les nationalistes encaissent le coup sans rechigner.

Mais au-delà de la rigueur budgétaire, il conviendra de retenir que chacun désormais travaille dans son coin, bien loin de la loyauté fédérale ou du fédéralisme de coopération. Le modèle belge est bel bien grippé.

 

Philippe Walkowiak

@PhWalkowiak

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