Fin des évacuations d’Afghanistan : le gouvernement doit rendre des comptes au parlement, selon le député cdH Georges Dallemagne

Le pont aérien qui a permis à la Belgique d’évacuer quelque 1400 Belges de Kaboul depuis la prise de la ville et du pays par les talibans a vécu. Le gouvernement fédéral a en effet décidé hier soir de mettre un terme aux évacuations. L’exécutif devrait s’en expliquer cet après-midi à la Chambre, ce que souhaite ardemment l’un des membres de la commission affaires extérieures, Georges Dallemagne, invité ce jeudi de Matin Première. Le député fédéral se déclare "choqué" par l’impréparation des évacuations et "préoccupé" par le manque de consultation du parlement.

Menace terroriste "imminente" à Kaboul

Le chaos règne à l’aéroport de Kaboul depuis le début des opérations d’évacuations menées par de nombreux pays en tête desquels les Etats-Unis. Les Afghans voulant fuir le nouveau régime des talibans se sont rués par milliers à l’aéroport dans l’espoir de monter à bord d’un avion. Mais depuis hier, les Etats-Unis et plusieurs de leurs alliés conseillent aux milliers de personnes massées aux abords de l’aéroport de quitter la zone en raison d’une "attaque terroriste imminente".

Ce matin encore, le secrétaire d’Etat britannique chargé des forces armées James Heappey a indiqué qu’une menace terroriste très sérieuse avait poussé Londres à déconseiller à ses ressortissants de rejoindre l’aéroport de Kaboul.

Les talibans, terroristes aux yeux de l’UE

Le député fédéral Georges Dallemagne attend des éclaircissements cet après-midi à la Chambre, tant sur la menace terroriste que sur les évacuations. "La menace terroriste montre bien que la situation en Afghanistan est loin d’être stabilisée par les talibans, que la menace de l’Etat islamique (EI, groupe terroriste Etats islamique, ndlr) est bien présente et que la menace d’Al Qaïda est bien présente. Ce n’est que le début du cauchemar et c’est très inquiétant", commente le député cdH.

Pour Georges Dallemagne, la Belgique ne doit pas reconnaître le gouvernement taliban, un groupe inscrit sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. "Ce serait un scandale par rapport à ce qu’ils sont. C’est un groupe terroriste qui entretient des relations et avec l’EI… mais aussi avec Al Qaïda, contrairement à ce que j’entends aujourd’hui. Un rapport du conseil de sécurité des Nations Unies qui date de juin dernier l’établit clairement. Il faut savoir à qui on a affaire." En d’autres termes, il faudra traiter avec les talibans tout en sachant à qui les Occidentaux ont affaire.

La fin du pont aérien

D’autres précisions du gouvernement fédéral sont attendues cet après-midi au Parlement à propos des évacuations elles-mêmes. 1100 Belges ont été "exfiltrés" de Kaboul depuis le lancement du pont aérien via Islamabad. Cinq vols ont encore décollé de Kaboul ce mercredi mais il s’agissait des derniers. Dès 21h30, le personnel de l’opération Red Kite et les personnes évacuées étaient rassemblés à Islamabad. Elles seront rapatriées en Belgique dans les prochains jours.

Si le député fédéral cdH salue le travail des militaires dans cette vaste opération de rapatriement des ressortissants belges, il s’inquiète aussi de ceux restés sur place : "Je m’inquiète pour les collaborateurs des Belges, pour les personnes vulnérables. J’ai été en contact avec plusieurs Belges qui m’ont dit qu’ils avaient là-bas des collaborateurs ou d’anciens collaborateurs, des femmes notamment, qui étaient menacés. On sait que les talibans patrouillent d’ores et déjà dans les rues de Kaboul et de plusieurs villes à la recherche d’Afghans qui ont collaboré avec les Américains, qui ont collaboré avec les forces de l’Otan […] Ces personnes sont en danger et nous les laissons derrière nous."

Les démocraties "en danger"

Depuis l’annonce du retrait effectif des militaires américains d’Afghanistan le 31 août et le départ de certains contingents, les talibans ont très vite pris possession du pays, ne rencontrant quasiment aucune résistance de la part des forces afghanes. Cette prise rapide du pays a surpris autant la population que les pays engagés en Afghanistan jusque-là ou les observateurs.

Le retrait américain au pas de course, avant le 20e anniversaire des attentats de New-York le 11 septembre prochain, n’était pas de l’intérêt des Européens selon Georges Dallemagne : "Les Européens auraient bien fait de travailler à une stratégie de sortie, un plan de sortie d’Afghanistan phasé, avec des conditions mais aussi avec des capacités et des moyens à la hauteur des exigences politiques. Ça n’a pas été le cas. Nous avons dû suivre l’agenda américain qui eux-mêmes suivent l’agenda des talibans […] C’est une humiliation pour la démocratie et c’est un affaiblissement de la démocratie dans le monde. Il y aura des répliques un peu partout dans le monde".


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Se qualifiant de pessimiste aujourd’hui, le député fédéral conclut : "Cette crise nous apprend plus que jamais à quel point il est important pour l’Europe d’avoir son autonomie stratégique, sa politique étrangère et de créer des liens avec les autres démocraties dans le monde. C’est une question d’ambition, de volonté. Les démocraties sont en danger dans le monde. Elles doivent se rassembler pour tenter de tenir la promesse que nos grands-pères ont faite au lendemain de la deuxième guerre mondiale, qui était de vivre dans un monde plus sûr où chaque homme, chaque femme pouvait vivre libre, dans la dignité. Cette promesse, il ne faut pas l’abandonner."

 

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