Fête du travail : pourquoi les partis politiques s'expriment le 1er mai ?

Microphone in front of audience
Microphone in front of audience - © Jasmin Merdan - Getty Images

La fête du travail du 1er mai est une journée traditionnellement occupée par des meetings politiques. En ce jour férié, plusieurs partis et syndicats célèbrent les travailleurs à travers une multitude de discours. Mais d’où vient cette tradition politique ? Et à quoi sert-elle ? On fait le point.

Ça vient d’où le 1er mai ?

La fête du 1er mai est d’origine socialiste et américaine. En 1886, les syndicats américains lancent un appel à la grève le 1er mai, jour du renouvellement des contrats de travail. Ils réclament une chose: fixer la durée d’une journée de travail à 8 heures. A l’époque, celle des ouvriers atteignait en effet les 10-12 heures. En réponse à cet appel, plus de 300.000 ouvriers débrayent à travers le pays et quittent leurs usines. Des incidents éclatent à Chicago et plusieurs grévistes sont tués par la police.

C’est en référence à cet événement que, trois ans plus tard, le 1er mai est choisi comme date de manifestation internationale des travailleurs par les partis socialistes et ouvriers européens. Ils visent ainsi à honorer les morts de Chicago, et à faire du 1er mai une journée mondiale en faveur du principe des "3X8". C’est-à-dire 8h de travail, 8h de repos et 8h de loisirs.

Une date progressivement politisée

Dès 1890, dans les pays occidentaux, le 1er mai est un jour chômé pour les travailleurs qui décident de s’y associer afin de réclamer la journée de 8h. "L’idée était de dire 'on arrête de travailler, quitte à perdre de l’argent'", explique Jean Faniel, directeur général du CRISP, le Centre de recherche et d’information socio-politiques. En Belgique, ce n’est qu’en 1921 que la journée de travail de 8h sera figée dans la loi pour toutes les branches d’activités. Malgré cette victoire, le 1er mai reste une journée de mobilisation et devient même férié en 1946. La date sert alors de journée symbolique pour célébrer les travailleurs.

Le 1er mai "est un jour avant tout syndical qui a toujours été un moment de mobilisation, de revendication. Cette date - symboliquement forte – a ensuite été progressivement politisée par les partis politiques," explique Jean Faniel.


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De par son origine, c’est une journée "plutôt de tradition socialiste-communiste", continue le directeur du Crisp. A l'international, "les chrétiens-démocrates n’y ont par exemple généralement jamais participé", explique Jean Faniel. Mais ces dernières années, continue-t-il, "on constate que l’extrême droite a une volonté de reprise des symboles de la gauche. En France par exemple, le Front National s’est emparé du 1er mai depuis très longtemps".

Une culture du travail réinterprétée

Du côté de la Belgique, la gauche avec le parti ouvrier belge "a commencé très tôt à faire du 1er mai une journée de revendication. Ce n’est que ces 20-30 dernières années que les libéraux belges ont décidé de s’en emparer". Parce que si les partis politiques célèbrent la même fête, leurs discours sont, eux, orientés différemment.

"Chez les libéraux, cette culture du travail est réinterprétée sous l’œil libéral", explique Jean Faniel. "On célèbre les gens qui travaillent, qui se lèvent tôt pour travailler, qui entreprennent des choses. Par rapport aux partis de gauche, il n’y a pas de discours de classe, du type travail contre capital". Par ailleurs, au-delà du discours de fond, "c’est aussi un moment de repositionnement face à d’autres partis" avec des références au contexte actuel, continue Jean Faniel. Cette année par exemple, le gros dossier des négociations interprofessionnelles a ainsi été au cœur des discours des différents partis.


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Jean Faniel note par ailleurs l’importance de la dimension festive du 1er mai, éclipsée en 2020 et 2021 à cause de la crise sanitaire. "C’est une journée de rencontres normalement," explique-t-il. Cette année, seul le PTB a délivré son discours en présentiel. Tous les autres ont été diffusés via Youtube ou Facebook.

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