Faut-il opposer migration et Etat-providence?

Georges-Louis Bouchez face à Edouard Delruelle
Georges-Louis Bouchez face à Edouard Delruelle - © THIERRY ROGE

Dans une récente carte blanche, Bart De Wever, président de la N-VA oppose le maintien de le Sécurité sociale et l’accueil des migrants.

Pour Edouard Delruelle, professeur de philosophie à l’ULG et proche du PS, c’est un faux débat. "Si on examine les défis que posent les flux migratoires à l’Etat providence, on verra que ce ne sont pas les Soudanais ou les Syriens qui posent problème. Mais bien la dérégulation à l’intérieur d’une Europe néo-libérale et sans frontières. Ce sont les Roumains, les Polonais ou les Bulgares qui constituent les grands flux migratoires. Ils sont parfois chez nous comme clandestins ou faux indépendants. Ce qu’il faut, c’est construire une Europe sociale. ".

Le vrai défi : les travailleurs d’Europe de l’Est

Edouard Delruelle donne quelques chiffres pour appuyer sa position. " La migration , c’est 130.00 personnes qui rentrent en Belgique et 70.000 qui en sortent, soit  un solde de 58.000 personnes : c’est l’équivalent d’une ville comme Verviers . 60% d’entre eux sont des ressortissants européens : des Français des Hollandais, des Italiens et des travailleurs d’Europe de l’Est (12% de Roumains).  Les Syriens, les Soudanais ou les Irakiens… ne constituent que 15% de la migration (Maroc et Turquie 5%). Les demandeurs d’asile, c’est 35 personnes sur 10.000.  On ne fera croire à personne que cela menace l’Etat providence. "

" Il n’y a pas d’invasion mais… "

Ces chiffres, Georges-Luis Bouchez, secrétaire général du MR, les analyse différemment. Il y voit d’abord le résultat " de la politique de ce gouvernement et le fait d’une migration contrôlée. Nous voulons éviter le laxisme. Nous ne voulons pas que les faits s’imposent au droit, que des gens s’installent et exigent ensuite une régularisation. Il est inexact de dire qu’on peut venir d’un autre état européen sans ressources pour vivre en Belgique : il est possible d’expulser des gens sans ressources ".

C’est vrai qu’il n’y a pas d’invasion, comme voudraient le faire croire des partis extrémistes ou populistes ", reconnait Georges-Louis Bouchez. " Les déficits de le Sécurité sociale, les difficultés sur le marché de l’emploi ou en matière de logement ne sont pas dû à la migration.  Mais on ne va pas régler ces problèmes avec une immigration massive et sans contrôle. L’immigration ne crée pas le problème. Mais Bart De Wever a raison : elle fait peser un risque dans un pays aux équilibres fragiles. "

Georges -Louis Bouchez interpelle aussi la gauche sur les solutions et demande " combien de migrants il faudrait accueillir pour répondre à l ’idée humanitaire d’une certaine gauche ? "

L’occasion pour Edouard Delruelle de rappeler que " le PS ne réclame pas de régularisation massive. Le PS ne réclame pas la fermeture des centres fermés, et il a toujours refusé une immigration incontrôlée qui mettrait les travailleurs en concurrence entre eux.  Le PS est partisan d’un contrôle. Mais aujourd’hui il n’y a pas de contrôle : on voit bien qui construit nos bâtiments … L’avenir de l’Etat social doit se trouver au niveau européen. "

Georges-Louis Bouchez et Edouard Delruelle étaient interrogés par Arnaud Ruyssen dans Soir Première.

Le débat lancé par Bart De wever, qui oppose immigration et risques pour la sécurité sociale, était aussi au  coeur de Débats Première. Bertrand Henne recevait Guy Haarscher philosophe, professeur émérite de l’ULB et professeur au Collège d’Europe, et Sammy Mahdi, président des jeunes CD&V.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK