Faut-il interdire le smartphone à l'école?

Faut-il interdire le smartphone à l’école ?
Faut-il interdire le smartphone à l’école ? - © Tous droits réservés

Les smartphones sont dégainés de plus en plus tôt dans les écoles et dans les cours de récré… C’est une réalité. Alors faut-il lutter contre ce phénomène ? Pour certains, il faut interdire purement et simplement son utilisation dans l’enceinte de l’école. Pour d’autres, c’est une fausse bonne idée. Dans Soir Première, on en a parlé avec Michel Ruisseau, directeur du collège Saint-Benoît Saint-Servais, et avec Jean-François Guillaume, professeur de sociologie de l’éducation à l’ULiège.

A l’école Saint-Servais, on a pris une décision stricte : interdire les téléphones dans l’établissement. Comme l’explique son directeur Michel Ruisseau, cela a été décidé suite à un constat : "Nous remarquions qu’il y avait un déficit au niveau du lien social. La cour ne permettait plus la création de ce lien social tellement les élèves étaient sur leur téléphone. Ils étaient dix alignés sur un banc, et ils ne se parlaient pas. C’est un non-sens".

Des discussions ont alors été entamées en conseil de participation, impliquant le pouvoir organisateur, professeurs, parents, et élèves, pour arriver à une conclusion : "Finalement, on a décidé de tenter l’expérience. Alors les débuts ne furent pas simples. Il y a eu de l’opposition, de la résistance. Mais aujourd’hui, force est de constater qu’il n’y en a presque plus. On avait convenu de faire une première évaluation au bout d’un an, pour savoir si on continuait ou pas. Et il a été décidé de poursuivre en ce sens, avec toutefois des accommodements".

"Un combat perdu d’avance et inutile"

Le sociologue Jean-François Guillaume n’a pas la même vision que le directeur Michel Ruisseau : "L’interdire purement et simplement, c’est un combat perdu d’avance, et inutile. Le téléphone, il est là. Plus de 95% des jeunes en possèdent un. C’est un objet du quotidien, et on voit qu’il a une série de fonctions. Selon moi, l’école doit aussi être un endroit où on apprend à s’en servir. Même si, bien sûr, l’approche ne sera pas du tout la même avec des élèves qui entrent en première année de secondaire qu’avec des élèves de rhéto".

Attention, pour lui, l’idée n’est pas de laisser tout faire : "Il faut établir des règles, une sorte de modus vivendi dans lequel chacun va trouver sa part. Ces règles doivent être trouvées suite au dialogue, et doivent permettre de tendre vers une utilisation rationnelle et avertie. Car certaines utilisations ne dépendent pas du Règlement d’une école. Je pense par exemple au fait de se prendre en photo et de les publier sur les réseaux sociaux. Ça, ce n’est pas l’école qui l’interdit, ce sont des dispositions qui valent pour la société dans son ensemble. Il faut apprendre à l’élève à faire le tri. Un sms à un pote, ce n’est pas la même chose que poster une vidéo gênante du prof de math sur Facebook".

Pour Michel Ruisseau, cette prévention peut se faire même dans les écoles où téléphones sont interdits : "L’un n’est pas indissociable de l’autre. En termes de prévention, on collabore aussi avec des acteurs qui travaillent sur ces notions-là. On parle de l’utilisation du gsm à l’école. Ce n’est pas un sujet tabou".