Faut-il arrêter d'exporter des armes de guerre ?

Depuis l’affaire Khashoggi, la question de l’exportation d’armes à l’Arabie saoudite est remise sur la table. Et comme à chaque fois, le même dilemme revient : faut-il arrêter d’envoyer les armes produites sur notre territoire vers un pays qui ne respecte pas les Droits de l’Homme ? Ou devrions-nous plutôt privilégier notre économie et la sauvegarde de 10.000 à 15.000 emplois ?

Dimanche passé, le ministre-président wallon Willy Borsus (MR) a évoqué l’arrêt de toute exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite. Une idée soutenue par le Vice-premier ministre Alexander De Croo (Open Vld). Selon lui, c’est l’aspect humanitaire qui doit primer sur cette affaire et il s’appuie sur un paradoxe : "d'un côté, nous investissons pour adoucir la souffrance des Yéménites, et de l'autre on continue, côté wallon, à consacrer de l'argent à cette guerre dans laquelle l’Arabie saoudite est impliquée. Nous ne pouvons devenir la bouche d'égout de l'Europe sur le plan de l'autorité morale". 

Lors du débat de mercredi soir sur le plateau d'À Votre Avis, une solution envisagée a été de se désengager vis-à-vis de l’Arabie saoudite, au niveau de l’exportation d’armes et de l’importation de pétrole. Mais cette option serait synonyme de catastrophe pour les employés de la FN Herstal. D’après Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB, 30 % des employés perdraient leur emploi. "Pour un certain nombre de travailleurs, dans l’industrie d’armement en Wallonie, il y aura au moins un tiers des personnes qui se retrouveront sur le carreau. Je veux bien construire des casseroles, des vélos ou tout ce qu’on veut. Mais c’est 5 000 familles, en Wallonie, qui perdent du jour au lendemain leur emploi".

Prendre ses distances, mais ne pas s'arrêter

C’est pour cette raison que selon Nicolas Tzanetatos (MR) député Wallon, il n’est pas question de cesser toutes productions d’armes en Belgique mais il faut cependant s’efforcer à les limiter en écartant les entreprises des régimes problématiques. "Il faut de l’émancipation, faire en sorte que notre industrie de l’armement puisse se défaire des marchés sensibles, voire très sensibles dans le cas de l’Arabie saoudite", dit-il. "Je suis tout à fait d’accord sur l’aspect éthique et respect des Droits de l’Homme, mais pour des raisons d’emploi, je ne partage pas cette position qui vise à stopper la production d’armes et leur vente vers l’ensemble des pays. Ce sont 15.000 personnes qui n’ont rien demandé et j’ai du mal à croire que malgré leur expertise, on va les sacrifier parce que la Wallonie, seule, a décidé de respecter les règles que tout le monde devrait respecter".

Des armes belges aux mains des terroristes

Ce débat a tourné autour des pôles de l’éthique, du socio-économique et aussi de la sécurité. À ce niveau-là, Georges Dallemagne (député fédéral cdH) et Valérie Michaux, porte-parole d’Amnesty International mettent en garde sur la possession et l’utilisation d’armes belges par des groupes terroristes. "Amnesty International a sorti un rapport qui date déjà de 2015 et qui faisait état des stocks d’armes des groupes armés État Islamique, dans lesquels on a retrouvé des armes belges. Il y avait bien des FAL de la FN aux mains des groupes islamiques. C’est une réalité, elle est documentée, on a tracé ces armes et aujourd’hui, il y a de fortes suspicions que des armes de la FN se trouvent aussi dans le sud du Yémen parce que les Émirats Arabes Unis, en coalition avec l’Arabie saoudite au Yémen, étaient un pays exportateur de la Belgique".

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