Fanny Dubois: "En maisons médicales, la première maladie c'est la précarité"

Fanny Dubois, présidente de la Fédération des Maisons médicales, était l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 19 septembre sur La Première. Elle aborde les réalités de terrain de médecins de première ligne et la gestion politique de la crise sanitaire.

Alors que les experts de tous bords ont aujourd’hui de plus en plus de mal à s’entendre sur la gravité de l’épidémie, sur les mesures à prendre et sur les discours à tenir, Fanny Dubois tient à attirer l’attention sur une réalité dont on parle finalement assez peu : la précarité grandissante en Belgique qui découle de la crise sanitaire. "Il n’y a pas que les risques de propagation dans la situation qu’on connaît, il y a aussi le risque de l’accroissement des inégalités sociales, des impacts psychologiques importants et, évidemment une certaine lassitude aussi à cause des réponses politiques qui ne sont pas toujours adaptées à ce qu’on vit aujourd’hui."

 

Des mesures suffisantes ?

En ce qui concerne la gestion politique, précisément celle de Maggie De Block, Fanny Dubois dénonce une certaine violence et un paradigme de contrôle plutôt que de confiance envers le secteur médical. "Elle a utilisé beaucoup d’argent des citoyens pour nous contrôler. Elle est entrée en guerre contre les maisons médicales et ça a évidemment impacté les patients, qui sont de plus en plus nombreux à demander à être soignés en maison médicale. Maggie De Block a considéré que c’était un secteur qu’il fallait mettre à mal. Elle a carrément déposé un moratoire. Elle défend une forme de marchandisation du système de soins de santé, aux dépens d’une médecine plus préventive et pluraliste, et qui prend en considération les dimensions sociales."

Des dimensions sociales qui sont pourtant plus essentielles que jamais, selon Fanny Dubois. "En maisons médicales on ne se concentre pas sur un discours hygiéniste, on essaie de prendre le patient dans sa globalité et il est évident qu’il y a eu des impacts sociaux graves à cette crise. Le médecin généraliste qui travaille en maison médicale, la première maladie qu’il côtoie, c’est la précarité. Et il doit assurer sa prise en charge. Et ça, c’est vécu de manière violente quand les responsables politiques n’ont pas l’air de s’en soucier."

 

Collaboration de crise

La crise du coronavirus a eu l’avantage, malgré tout, de révéler les forces et les faiblesses de notre système de soins de santé. Certains éléments réjouissent alors la présidente de la Fédération des Maisons médicales. "La réaction directe des autorités a été d’agir au niveau des gestes de préventions qui étaient jusqu’ici le malade de notre système. Avant cela, très peu de budgets étaient consacrés à la prévention. Toute la parcellisation de la politique de santé n’a pas de sens et la crise a permis que, tout d’un coup, on mette en œuvre ce qu’on réalise dans les maisons médicales mais à un niveau macro de la société."

Et quand elle jette un œil dans le rétroviseur, Fanny Dubois espère que le meilleur reste à venir. "On n’a jamais subi autant d’attaques que dans la législature passée. Je pense que ce n’est plus possible qu’on revive tout ça, on a démontré qu’on n’avait pas de grandes failles. On espère être désormais entendus comme on l’a été pendant la crise !"

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK