Failles dans la sécurité nucléaire: "Il y a de quoi être inquiet pour la sécurité de nos citoyens"

Sécurité nucléaire: "Il faut prendre la menace de cyberattaques au sérieux"
Sécurité nucléaire: "Il faut prendre la menace de cyberattaques au sérieux" - © Tous droits réservés

Un audit pointe du doigt de nombreux manquements dans la façon dont Electrabel assure la sécurité de ses documents classés confidentiels, voire secrets.

L'audit a été remis à l'opérateur le 4 juin 2016 en vue d'un contrôle de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). Il porte sur les cinq unités en charge du secteur nucléaire: Corporate Production Nucléaire, Corporate Security, Electrabel Corporate Nuclear Safety Department (ECNSD) et les sites de Doel et de Tihange.

Il y a de quoi être inquiet

Un audit qu'a pu consulter le coprésident du groupe Ecolo Groen, Jean-Marc Nollet et qui l'alarme. "J’ai remis hier soir le document au président de la Commission sécurité nucléaire parce que j’estime qu’il y a, derrière cela, de quoi être inquiet pour la sécurité tout court de nos citoyens. Si Electrabel ne maîtrise pas ces informations, ne maîtrise pas qui possède les informations, notamment les plans des centrales en matière de sécurité, il y a de quoi être inquiet".

Et de préciser: "Et si on regarde  l’ensemble des points de l’audit qui sont problématiques, on se rend compte qu’en fait que rien n’est maîtrisé en termes de cybersécurité, que ce soit la conservation des données, que ce soit l’accès aux données, que ce soit le cryptage, la destruction aussi des données, il y a même des sous-traitants qui possèdent les plans à l’insu d’Electrabel, ce qui veut dire que la maison-mère ne maîtrise même pas où l’information est diffusée et où l’information circule".

Le danger, effectivement, c’est que des personnes mal intentionnées puissent entrer en possession de plans de sécurité des centrales, de codes d’accès

Information qui pourrait donc tomber dans de mauvaises mains, selon lui. "C’est le danger, effectivement, que des personnes mal intentionnées puissent entrer en possession de plans de sécurité des centrales, de codes d’accès. Je ne peux pas m’empêcher de faire le lien avec l’interview que Gilles de Kerchove a donnée il y a quelques semaines. C’est le patron en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme, au niveau européen. Il a dit que, selon lui, d’ici 5 à 10 ans, des terroristes auraient pour projet d’entrer en possession de la capacité de contrôler à distance les centrales nucléaires".

Ce qui effraie particulièrement le député d'opposition c'est que tout semble hors contrôle. "Aujourd’hui, on voit au détour de cet audit qu’en fait il y a beaucoup trop de failles et que c’est effectivement de l’ordre du possible. Je ne dis pas que c’est fait bien entendu. Je dis que c’est de l’ordre du possible. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu remettre cet audit immédiatement dans les mains du président de la Commission de telle sorte qu’on puisse auditionner et Electrabel, mais aussi le gendarme du nucléaire parce qu’une de mes grosses surprises, c’est de voir aujourd’hui que l’Agence fédérale du contrôle nucléaire est assez absente, est assez démunie".

Aujourd’hui, c’est la question de la rentabilité, du bénéfice d’Electrabel qui est prioritaire. Eh bien, il faut changer de philosophie

Jean-Marc Nollet demande urgemment que le gouvernement prenne des mesures. "Ce que je demande, c’est que le gouvernement fédéral protège les citoyens, qu’il garantisse qu’au détour de cet audit, qui est maintenant révélé, tout soit fait pour que la cyber sécurité soit réinstallée sur les centrales nucléaires belges le plus vite possible. C’est une demande que je formulerai tout à l’heure auprès du ministre de l’Intérieur. Je demande que l’Agence fédérale, le gendarme du nucléaire, procède à un audit extrêmement complet".

Et il s'adresse également à Electrabel. "Je leur dis 'réinstallez un service informatique complet en Belgique, dans nos centrales nucléaires, et arrêtez de délocaliser'. Ce service est sous-traité pour partie en Inde, pour partie au Maroc. Il y a encore une partie, bien sûr, en Belgique. Je demande que les services informatiques soient complètement réinstallés chez nous. Il faut changer de philosophie en la matière et je terminerai peut-être par là. Aujourd’hui, c’est la question de la rentabilité, du bénéfice d’Electrabel qui est prioritaire. Eh bien, il faut changer de philosophie. Il faut ré-inverser et revenir avec la question de la sécurité des citoyens au-delà des questions de rentabilité".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK