Fact-checking: Charles Michel, l'arroseur arrosé?

Le Premier ministre ne cite pas les mêmes statistiques à la Chambre et sur le plateau du JT
Le Premier ministre ne cite pas les mêmes statistiques à la Chambre et sur le plateau du JT - © DIRK WAEM - BELGA

Ce lundi, lors de son discours de rentrée à la Chambre, Charles Michel a lancé un appel à la vérification des faits. Pour le Premier ministre les "fake-news" constituent aujourd'hui un risque pour le débat démocratique. Et il faut les combattre. 

Stimulés par cet encouragement ministériel à montrer (encore) plus de rigueur journalistique (mais surtout alertés par une source à l'ONSS), nous avons voulu vérifier certaines déclarations de Charles Michel. 

Jobs, jobs, jobs! Le Premier ministre affirme que 219 000 emplois ont été créés sous cette législature. Les adversaires du gouvernement répliquent souvent qu'il s'agit là d'emplois à temps partiel, de poste d'intérimaires ou de saisonniers.

Sur le plateau du JT sur la Une, Charles Michel répond à cette remarque souvent formulée par l'opposition. "L'opposition ne conteste pas que des jobs sont créés, mais prétend que ce ne sont pas des jobs de qualités."  Pour le Premier ministre, ces nouveaux emplois ne sont pas que des emplois précaires. Et Charles Michel s'appuie sur des statistique attribuées à l'ONSS (Office national de Sécurité sociale). "J'utilise les statistiques officielles du département de l'ONSS. Il n'y a pas plus officiel que cela", tient à préciser Charles Michel. "L'ONSS indique que le rapport entre le nombre d'emplois à durée déterminée et à durée indéterminée est exactement le même qu'au début de la législature."

Or, l'ONSS dit que l'Office n'a jamais disposé de ce chiffre. "L'ONSS n'est pas en mesure de dire combien de personnes sont employées aujourd'hui sous contrat à durée déterminée ou indéterminée" nous indiquent le service communication et le service statistique.

Distraction devant les caméras

Soyons de bon compte, le premier ministre qui a étayé son discours de rentrée avec de nombreuses statistiques provenant de sources différentes n'a pas commis la même erreur à la Chambre que sur le plateau du JT.

Pour attester de la qualité des emplois créés, Charles Michel évoque devant les députés la proportion d'emplois à temps partiel par rapport aux emplois à temps plein qui "est exactement la même qu'en 2014". Ici encore, le premier Ministre cite des chiffres de l'ONSS qui confirme cette fois la statistique. L'ONSS se montre même un brin plus optimiste puisque la proportion de temps partiels par rapport aux temps pleins étaient de 23,8% au deuxième trimestre de 2014 et s'élève à 23,6% au deuxième trimestre de 2018.

Par ailleurs, Charles Michel cite Eurostat en expliquant que "seuls 7,8% des Belges disaient exercer un temps-partiel contre leur volonté". Ces chiffres se vérifient également et sont, une fois encore, un peu plus optimistes dans les derniers chiffres publiés par Eurostat qui fixe à 7,6% le nombre de Belges qui exercent un temps-partiel contre leur volonté.

Alors comment expliquer que le premier ministre attribue cette statistique à l'ONSS et qu'il ne cite pas les mêmes données à la Chambre et sur le plateau du JT? Nous avons contacté le cabinet du Premier ministre qui parle d'une confusion entre deux données liée à la distraction.

Pour être tout à fait complets, le Premier ministre a aussi déclaré sur le plateau du JT que son gouvernement avait crée 219 emplois sous cette législature (au lieu de 219 000). Ici aussi, nous partons du principe que sa langue a fourché...

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK