Face à la polémique, Georges-Louis Bouchez précise: "L'Etat unitaire n'est pas ma position politique mais bien un idéal"

A-t-il bien pris la mesure de ses propos? S'attendait-il à ce que son interview passe inaperçue? Ou, au contraire, faut-il y voir - on en doute - un ballon d'essai dans le cadre de sa mission d'informateur royal? Quoiqu'il en soit, la sortie médiatique du président du MR et informateur royal Georges-Louis Bouchez focalise toute l'attention du monde politique.

Dans une interview accordée au magazine "Wilfried", le Montois déclare être "pour un Etat unitaire". Entendez par là la fin du modèle fédéral belge avec ses trois Régions et ses trois Communautés. Pour Georges-Louis Bouchez, "il faudrait tout remettre au niveau fédéral" car, explique-t-il, les régionalisations de compétences n'ont apporté rien de bon. Les propos sont lâchés... et ils font beaucoup de bruit dans un pays comme la Belgique où la plupart des élus appellent à des Régions fortes, et où le nord du pays aspire à une nouvelle réforme de l'état.  

Critiques de la N-VA

Le président de la N-VA Bart De Wever apprécie peu cette sortie médiatique. "Ce que Bouchez propose nous renvoie au 19ème siècle. Cela témoigne d'un manque de vision historique". Bart De Wever ajoute que l'unitarisme "fonctionnait quand les Flamands étaient des citoyens de second rang dirigés par d'autres qui ne parlaient pas néerlandais". Le bourgmestre d'Anvers ajoute que Georges-Louis Bouchez "a droit à son opinion, mais en tant qu'informateur il n'aide pas à faire avancer les choses".

Le chef de groupe des nationalistes flamands à la Chambre, Peter De Roover, va dans le même sens en affirmant que cette interview "va sans doute compliquer encore les négociations fédérales". 

Depuis plusieurs années, la N-VA plaide pour le confédéralisme. Ce modèle reposerait sur des Régions encore plus fortes avec davantage de compétences que ce qu'elles ont actuellement. La N-VA prétend que c'est la réponse nécessaire à une Belgique qui vote différemment au nord et au sud du pays. 

Réactions plus nuancées

La présidente de l'Open VLD, Gwendolyn Rutten, réagit de manière plus nuancée: "De nouvelles idées sur la façon dont la Belgique peut mieux fonctionner sont toujours les bienvenues. Comment faire en sorte que notre pays fonctionne mieux: c'est l'essence". Mais les libéraux flamands ne plaident pas pour un changement de modèle institutionnel. Ils appellent néanmoins à une meilleure coopération entre les différentes Régions.  

Du côté du CD&V, le président Joachim Coens, lui aussi informateur royal, estime que "Georges-Louis Bouchez démontre par ses déclarations que le gouvernement fédéral devra en tous cas mener un débat approfondi sur le renouveau de la gouvernance. Le thème est à l'agenda". Le CD&V plaide lui aussi pour le modèle fédéral avec des Régions fortes. 

Le président des jeunes CD&V et candidat malheureux à la présidence du parti, Sammy Mahdi, relève que "plus d'un électeur sur cinq du Vlaams Belang soutient cette vision unitaire. Les élections de 2024 seront extrêmement excitantes. Mais d'abord, ne faut-il pas former un gouvernement fédéral?

C'est ce que demande également le ministre wallon Jean-Luc Crucke du MR: "L'urgence est de former un gouvernement fédéral". Avant d'ajouter qu'"on peut discuter de tout et se poser les bonnes questions. Y a-t-il encore des compétences qui doivent être transférées vers les Régions?". A l'inverse de son président de parti, Jean-Luc Crucke plaide lui pour "quatre Régions fortes pour un pays fort" car souligne-t-il, "on a régionalisé dans ce pays car cela ne fonctionnait pas".

"Pas ma position politique, mais un idéal"

Interrogé ce matin sur La Première, Georges-Louis Bouchez tempère la portée de ses propos. "Ce n'est pas ma position politique mais un idéal. Je sais qu'il n'est pas la réalité, et il n'entre pas en ligne de compte quand je négocie des accords politiques". L'informateur royal ajoute d'ailleurs que "cela n'a rien à voir avec la mission actuelle".

Voilà pour la précision, certainement bien utile, même si elle ne mettra sans doute pas fin rapidement à la polémique soulevée.

 

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