Face à la crise sanitaire, les commerçants se réinventent : nouveaux marchés, produits adaptés, clients diversifiés

Le confinement peut avoir de lourdes conséquences pour les commerçants : moins de clients, moins de demandes, quand ce n’est pas le magasin qui est tout simplement fermé. Alors pour tenter de maintenir son commerce à flot, il faut parfois se tourner vers une nouvelle clientèle, adapter ses produits, revoir sa stratégie commerciale… Une nécessité pour limiter la perte de chiffre d’affaires. Nous sommes allés à la rencontre de trois commerçants qui essaient de faire face à la crise, chacun avec sa solution.

"J’ai dû adapter la taille de mes pâtisseries"

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Marie Van Cangh dans son atelier "Mapâtisserie" à Limelette dans le Brabant wallon © Laurent Henrard

Notre première rencontre nous emmène à Limelette dans le Brabant wallon. C’est là que nous découvrons l’atelier de Marie "Mapâtisserie". A peine ouvrons-nous la porte que nous sentons la bonne odeur des pâtisseries. "Ceci, c’est pour une commande particulière. C’est une dame qui commande chaque année un kilo de speculoos", explique Marie en nous montrant une grande plaque de biscuits qu’elle prépare.

Marie Van Cangh a ouvert sa pâtisserie il y a deux ans. Ancienne cadre dans le secteur pharmaceutique, elle s’est reconvertie dans un domaine qui lui tient à cœur. "J’ai toujours fait de la pâtisserie depuis que je suis toute petite", déclare-t-elle en souriant. Alors, après une formation en boulangerie-pâtisserie, Marie a investi le garage de la maison familiale pour le transformer en atelier culinaire.

Jamais elle n’aurait imaginé vivre une année si compliquée. La crise sanitaire, le confinement, les interdictions de réunions familiales ont eu une conséquence immédiate pour son commerce : "Mon business c’est entre autres les ménages qui commandent un gâteau pour un anniversaire mais c’est aussi beaucoup de mariages, de communions, de grosses fêtes. Tout cela évidemment est à l’arrêt. On a donc essayé de se recentrer sur monsieur et madame tout le monde qui ont eu, pendant le confinement, envie de se faire plaisir. Les mélocakes, les macarons, les petites choses".

Fini donc les pâtisseries de grande taille. Marie a dû revoir ses modes de production et cela n’a pas été simple. "Au premier confinement, je faisais deux Javanais, deux Misérables, trois Merveilleux. Ça prend beaucoup plus de temps que de faire trois grands gâteaux pour un mariage. En chiffre évidemment, c’est autre chose. Mais au moins, j’ai travaillé. Et ça m’a rendu heureuse", précise cette pâtissière.

Mais à quoi doit-elle s’attendre pour les prochaines semaines ? Comment se dérouleront les commandes pour les fêtes de fin d’année ? "C’est une bonne question", nous répond Marie en souriant, avant d’ajouter : "Je ne sais toujours pas si je vais pouvoir faire des bûches, des bûches de 5 personnes, de 10 personnes. Y a personne qui a la boule de cristal. Ni vous. Ni moi. Sans doute que je devrai faire des gâteaux plus petits. C’est pas un secret. Mais les boîtes à bûches se commandent au mois de septembre. Donc mes boîtes à bûches, elles sont commandées, elles sont prêtes. J’ai des grandes boîtes à bûches".

"Un magasin en ligne, ce n’est pas la même chose qu’un magasin physique"

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Stéphanie Roisin dans sa boutique de vêtements de seconde main "La Ritournelle" à Schaerbeek © Laurent Henrard

La satisfaction de pouvoir continuer à travailler malgré le confinement, c’est ce qui anime aussi Stéphanie Roisin, gérante du magasin de vêtements de seconde main "La Ritournelle" à Schaerbeek en Région bruxelloise. Au moment où nous la rencontrons, cette jeune commerçante de 35 ans est occupée à emballer des paquets. "Je prépare les commandes qui ont été passées hier sur le site internet de la boutique", nous explique-t-elle.

Considéré comme non essentiel, le commerce de Stéphanie est fermé depuis le début du confinement. Interdiction pour elle d’accueillir des clients dans son magasin. Alors elle a lancé une plateforme en ligne pour vendre ses articles. "C’est très difficile de s’en sortir juste avec un webshop, nous explique-t-elle. J’ai aucune connaissance en webdesign ni en référencement, ni en photo. C’est aussi un autre métier prendre des photos des articles. Il y a beaucoup de travail à faire, mettre en ligne, aller livrer les commandes, et puis aussi tout le packaging qu’on met en place, les cartons, les papiers, les petits mots. Toutes des petites choses qui ont un coût et qu’on n’a pas quand on a un commerce général. Ce n’est pas la même chose et il faut se réinventer si on veut survivre à cette crise".

Retraits en magasin ou livraisons chez les clients, Stéphanie ne compte pas ses heures. Normalement à cette période, elle réalise une grosse partie de ses ventes. "Je dois être à 50% de pertes par rapport à mon chiffre d’affaires habituel", déclare-t-elle.

"On a complètement changé notre stratégie commerciale"

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Samuel Languy, l’un des cofondateurs de la brasserie "En Stoemelings" à Laeken © Laurent Henrard

Trouver de nouveaux clients, c’est aussi le défi de la brasserie bruxelloise "En Stoemelings". Samuel Languy, l’un des cofondateurs de cette brasserie née il y a cinq ans, nous attend derrière le bar. "On est un peu en activité réduite car, habituellement, on a une production qui se rapproche de 1500 hectolitres à l’année. Pour vous donner une idée, c’est 8000 bouteilles de 33 cl qui vont sortir chaque semaine de la brasserie. Donc il y a quand même une certaine cadence", nous dit, sans une certaine fierté, ce jeune entrepreneur de 30 ans.

Les bars, les cafés, les restaurants représentent 50% de la clientèle de cette brasserie. Alors depuis la fermeture de l’horeca, Samuel et son équipe ont dû chercher de nouveaux partenaires. "Après le premier confinement, on a complètement changé notre stratégie commerciale. On a plus visé les supermarchés, et tous les magasins, soit les petits magasins, les petites épiceries, les night shops. La deuxième décision, c’était de relancer vraiment le e-shop, de mettre de l’effort dedans, de l’effort de communication, un peu de budget marketing".

La crainte pour les prochains mois

Un peu plus loin, des collaborateurs s’activent autour de la chaîne d’étiquetage. Les bouteilles se suivent sur le tapis roulant qui les emmène. La brasserie compte 8 travailleurs. "Aucun d’entre nous n’a été mis au chômage lors de ce deuxième confinement", nous explique Samuel. "On s’en sort mais quand même avec des difficultés. On va avoir recours à des crédits spéciaux de la région car on ne peut pas passer notre année comme ça. On n’est pas rentable. Mais bon, ce sont des petites pertes. On a vraiment réussi à éviter la catastrophe", lâche-t-il avec soulagement.

En revanche, la crainte est pour l’avenir : "Au premier confinement, on avait l’été qui arrivait. On se disait que ça allait aller avec les terrasses, qu’il y allait y avoir quelque chose, un engouement. Là, on est quand même en hiver. On va arriver sur janvier-février. Pour nous, c’est toujours des mois qui sont les plus ternes du point de vue des affaires".

Pendant que nous discutons, un autre employé charge des caisses de bouteilles dans une camionnette. "Nous nous sommes aussi lancés dans la livraison" explique Samuel. Notre regard est alors attiré par le t-shirt de l’employé. Une inscription bien visible apparaît sur le dos de son t-shirt : "Het is ça va !". Tout un symbole en cette période ! "Eh oui, il faut garder espoir", nous glisse Samuel.

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Une phrase symbolique au dos du t-shirt de cet employé de la brasserie © Laurent Henrard

La réadaptation des commerces non essentiels : JT du 02/11/2020

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