Face à l'afflux de bénéficiaires, les CPAS estiment être arrivés "au bout des possibles"

Face à l'afflux de nouveaux bénéficiaires et au manque chronique de moyens, les CPAS wallons sont "arrivés au bout des possibles", a estimé Luc Vandormael, le président de la Fédération des CPAS de Wallonie, mercredi, en marge de la présentation des grands enjeux de la rentrée pour les centres publics d'action sociale.

Au cours des 15 dernières années, le nombre de bénéficiaires du CPAS a bondi de 70% en Wallonie. Au 1er janvier 2021, 73.925 personnes y bénéficiaient d'un revenu d'intégration et 3484 d'une aide complémentaire. Sur la même période, le nombre de travailleurs des CPAS n'a progressé que de 18% à quelque 21.000 équivalents temps plein (ETP). Une situation qui risque d'empirer dans la foulée de la crise sanitaire et des inondations du mois de juillet, a prévenu le président de la fédération.

Nous sommes le dernier rempart social

"Cette progression constante nous pousse à nous interroger sur un modèle qui date des années '70. A l'époque, on comptait 8.000 minimexés en Belgique. Aujourd'hui, il y a plus de 77.000 bénéficiaires du CPAS rien qu'en Wallonie. Nous sommes le dernier rempart social. Après nous, il reste l'aide alimentaire et la rue. Mais avec les moyens actuels, on arrive au bout des possibles. On ne peut pas faire saigner une pierre", a-t-il averti.

"La Région fait sa part"

Forts de ces constats, les CPAS wallons plaident notamment pour la prolongation, jusqu'à la fin de 2022, des moyens fédéraux destinés à lutter contre les conséquences de la crise du covid ainsi que pour des mesures de soutien permettant aux plus fragiles d'affronter l'envolée des prix énergétiques.

Ils réclament également des mesures concrètes et budgétisées dans le cadre du plan fédéral de réduction des inégalités sociales et du plan wallon de lutte contre la pauvreté, qui devrait par ailleurs faire intégralement partie du plan de relance régional.


►►► En Wallonie et a Bruxelles, les CPAS peinent de plus en plus à remplir leur mission


Sans surprise tant le message est répété d'année an année, les CPAS appellent surtout à un renforcement de leurs effectifs. Une requête en partie entendue par le gouvernement wallon qui vient de débloquer 20 millions d'euros pour l'engagement, pour deux ans, de 270 ETP dans les CPAS les plus impactés par la crise sanitaire. Une autre enveloppe de 5 millions d'euros - sur le budget régional 2022 en voie de finalisation - a par ailleurs été prévue pour 50 ETP, là aussi pendant deux ans, dans les communes qui ont été fortement touchées par les inondations. "La Région fait sa part", a admis à ce propos Alain Vaessen, le directeur général de la fédération.

"On a vraiment l'impression d'être arrivé au bout d'un modèle"

Enfin, c'est à l'avenir du système actuel que cette dernière souhaite plus généralement réfléchir. "On a vraiment l'impression d'être arrivé au bout d'un modèle. Les CPAS passent de plus en plus de temps à remplir des tâches administratives. Nous devons repenser nos missions pour revenir aux fondements du travail social, c'est-à-dire un travail de terrain offrant un accompagnement individuel", a expliqué Philippe Noël, le vice-président de l'organisation. "Cette réflexion doit partir des besoins de la population, avec deux questions en fil rouge: quels revenus pour nos bénéficiaires et quels services de qualité proposer?", a ajouté son président.

Pour y répondre, un groupe de travail a été mis en place. Il devrait avancer une série de propositions à l'horizon 2024.

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JT 14/11/2020

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