Extrême droite : faut-il renoncer au cordon sanitaire médiatique ?

Faut-il débattre avec l’extrême droite ? Oui pour PTB, dont le porte-parole Raoul Hedebouw assumait dans Le Soir ce mercredi, l’interview croisée entre les présidents du PTB et du Vlaams Belang en décembre, dont le cliché a créé la polémique au sud du pays. A l’ère des réseaux sociaux, faut-il repenser le cordon sanitaire médiatique ? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités : Charlie Le Paige, responsable du PTB à Charleroi, et Patrick Dupriez, président d’Etopia (Centre d’animation et de recherche en écologie politique).

Débattre avec le président du Belang, c’est le considérer comme un interlocuteur politique normal

Charlie Le Paige défend la ligne de son parti, le PTB, et balaye la polémique liée au cliché pris de Peter Mertens et Tom Van Grieken, invitant à aller relire l’interview politique : "le journaliste lui-même remarque à quel point il y a antagonisme entre les deux présidents". Pour le responsable du PTB à Charleroi, "il faut aller débattre en Flandre avec le Vlaams Belang pour la bonne et simple raison que le cordon sanitaire médiatique a déjà sauté côté néerlandophone depuis des années […] La question, c’est comment, comme homme politique de gauche, peut-on combattre une extrême droite banalisée côté néerlandophone ?". Et pour le PTB, il faut aller à la confrontation et offrir une réponse argumentée.

Pour Patrick Dupriez, débattre avec l’extrême droite reste une mauvaise idée. "Il faut certes aller lire cet article mais la photo, l’interview croisée est un message politique explicite et implicite plus fort que le contenu de l’article que peu de gens liront", estime le président d’Etopia, "et aujourd’hui, tout ce qui peut contribuer à légitimer les acteurs, les thèmes et les termes de l’extrême droite est mauvais pour notre démocratie. Donc débattre face à face avec le président du Vlaams Belang, c’est le considérer comme un interlocuteur politique normal, et ça c’est inacceptable".

Le PTB banalise le Vlaams Belang ? C’est plutôt l’inverse !

Cordon sanitaire médiatique

Le cordon sanitaire existe en Belgique depuis 30 ans, suite aux élections fédérales de 1991 rebaptisées le "Dimanche noir ", avec des résultats inédits pour le Vlaams Blok à l’époque. En politique, il vise à exclure les partis d’extrême droite de toute majorité. Le cordon sanitaire médiatique lui vise à ne pas donner la parole en direct à des partis d’extrême droite et concerne principalement les médias francophones. Au nord du pays en effet, les leaders du Vlaams Belang s’expriment régulièrement dans les médias. C’est d’ailleurs, selon les experts, une des raisons de leur score dans les urnes.

L’extrême droite monte aussi côté francophone

"En Flandre comme en France, depuis deux décennies au moins, les hommes et les femmes politiques des partis démocratiques débattent avec l’extrême droite, les médias l’accueillent, avec quels résultats ? Est-ce que ça a diminué les scores des partis fascisants ? Non", commente Patrick Dupriez. Pour l’écologiste, une rupture potentielle du cordon dans le sud du pays pourrait faire de nombreux dégâts, a fortiori à l’heure des réseaux sociaux ayant aidé l’extrême droite à imposer ses thèmes.

"Le cordon médiatique est une des armes à notre disposition pour lutter contre l’extrême droite et c’est une bonne chose", poursuit Charlie Le Paige, "malheureusement, il ne suffit pas pour combattre l’extrême droite". Le responsable du PTB à Charleroi constate que le terreau de l’extrême droite est loin d’être négligeable en Wallonie : "malgré le cordon médiatique, elle monte aussi du côté francophone et c’est un danger. Il ne faut pas sous-estimer le dégoût des gens qui est très fort, ainsi que la responsabilité des partis de gauche qui ont appliqué des politiques d’austérité", estime-t-il.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat ci-dessous.

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