Extension du salaire garanti: le gouvernement revient sur son engagement

La période de salaire garanti en cas d'incapacité de travail ne passera finalement pas à deux mois, a annoncé lundi le ministre de l'Emploi, Kris Peeters (CD&V). La décision était passée inaperçue la semaine dernière, en marge des annonces du gouvernement autour de son budget et le fameux tax-shift, ou "virage fiscal". Mais l'équipe de Charles Michel y a finalement renoncé : ce sera donc un mois, pas plus. Cette mesure aurait dû entrer en vigueur le 1er janvier 2016.

À l'heure actuelle, un employé en incapacité de travail touche son salaire durant un mois à charge de l'employeur, avant de passer sur la mutuelle. Une période qui ne durait que deux semaines pour un ouvrier. Dans le cadre des discussions – déjà tendues entre patrons et syndicats – sur le rapprochement du statut ouvrier-employé, il avait donc été décidé que ouvrier comme employé pourrait toucher deux mois de salaire durant leur période d'incapacité.

Cette mesure était même inscrite dans l'accord de gouvernement. Cela aurait permis, disait l'accord, de "responsabiliser les employeurs". Sauf que les employeurs ont aussitôt dénoncé la mesure estimée à un milliard d'euros.

L'entrée en vigueur de cette extension du salaire garanti avait été reportée de 2015 à 2016. Et est finalement supprimée : on en restera à un mois de salaire garanti. La confirmation, un peu gênée, est venue du cabinet du ministre de l'Emploi et vice-Premier ministre Kris Peeters (CD&V), désormais muet sur le sujet.

"Nouveau coup dur pour les travailleurs"

"L'extension du salaire garanti ne sera pas appliquée. Il en a été décidé ainsi la semaine dernière", annonce sobrement le cabinet de Kris Peeters. Et de renvoyer pour d'autres commentaires à la ministre des Affaires sociales Maggie De Block (Open VLD), qui, elle aussi, botte en touche.

Le gouvernement assure juste que les employeurs seront "responsabilisés" d'une autre manière. Une nouvelle gifle pour le CD&V et Kris Peeters, s'efforçant d'afficher une coloration plus "sociale" que certains de ses partenaires de gouvernement. Encore raté....

Quoi qu'il en soit, les entrepreneurs applaudissent, et les syndicats dénoncent. La CSC a qualifié cette volte-face de "nouveau coup dur pour les travailleurs" et dénonce : "L'extension du salaire garanti était le seul point positif pour les employés dans l'accord de gouvernement".

"Certainement pas d'un cadeau pour les employeurs"

Le Syndicat Neutre pour Indépendants (SNI) est sans surprise loin de tenir le même discours, et évoque une "décision très raisonnable" de la part du gouvernement. "Cette mesure aurait conduit à moins d'engagements, selon une étude de l'organisation des entrepreneurs indépendants. Un gouvernement qui mise tout sur la création d'emploi ne pouvait que rejeter cette mesure", indique le communiqué du SNI.

Enfin, du côté de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), on assure qu'il ne s'agit "certainement pas d'un cadeau pour les employeurs". Le directeur général de la FEB, Bart Buysse, estime que "cela évite une augmentation néfaste du coût salarial qui aurait eu un impact négatif sur la compétitivité des entreprises et donc sur la croissance et l'emploi."

"La hausse du coût salarial se serait élevée à plus de 800 millions d'euros", souligne la FEB. Cet élargissement à deux mois aurait en outre menacé les recrutements et l'attitude des employeurs en matière d'emploi, en particulier vis-à-vis des travailleurs à la santé plus faible ou des plus âgés, estime encore la Fédération.

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