Exclusion scolaire: 2000 élèves rejetés pour des motifs parfois futiles

Chaque année, on compte environ 2000 exclusions scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Chaque année, on compte environ 2000 exclusions scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles. - © JONATHAN NACKSTRAND - IMAGEGLOBE

Plusieurs institutions actives dans le domaine de l'enfance lancent un cri d’alerte. Selon elles, l’exclusion scolaire n’est pas sans conséquences sur les droits de l'enfant. Et les motifs d'exclusion invoqués seraient de plus en plus futiles.

Chaque année, on compte environ 2000 exclusions scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour ces institutions, Il faut d'abord privilégier d'autres solutions alternatives au renvoi pur et simple.
il existe évidemment des renvois inévitables mais il faut être attentif à ce que l'élève ne reste pas trop longtemps sans école. Sans quoi son droit à l'instruction n'est plus respecté.

L'exclusion peut entraîner un retard de deux à trois mois

Le travail de Xavier-Polfliet (Service Droits des jeunes de Bruxelles) consiste précisément à accompagner des jeunes exclus de leur école pour les aider à en retrouver une autre. "On peut se retrouver avec un jeune qui n’est plus scolarisé depuis deux, voire trois mois. C'est déjà arrivé, avec toutes les difficultés que cela peut entraîner, comme la baisse de motivation du jeune et, au moment où il retournera à l'école, un retard accumulé ".

La grande difficulté: retrouver une école

Ce scénario est souvent la porte ouverte au décrochage scolaire, et si le processus dure si longtemps, c'est dû à la difficulté de retrouver une autre école. Pour Bernard Devos, délégué général aux droits de l'enfant, la question des options, notamment dans le secondaire est un grand obstacle. " Si on veut retrouver une école correspondant aux options que le jeune avait choisies, il est compliqué de pouvoir 'reprendre' en plein milieu de l'année. "

Responsabiliser l'école excluante

Le délégué général aux droits de l’enfant et d'autres services comme le service d'aide en milieu ouvert de Khaled Boutaffala plaident pour responsabiliser l'école excluante: "Nous préconisons que l'école excluante puisse mettre en place avec le jeune, un suivi pédagogique durant toute la période où il n'a pas encore retrouvé d'établissement scolaire."

Ils souhaitent aussi une meilleure collaboration inter-réseaux pour optimiser la recherche d'une école adéquate.

Des motifs d’exclusion de plus en plus légers

Un autre débat porte sur les raisons qui mènent unes écoles à exclure un élève. Plusieurs institutions actives dans le domaine de l'enfance, parmi lesquelles le délégué général aux droits de l'enfant et des services d'aide à la jeunesse dénoncent une banalisation de l'exclusion scolaire.

Si l'on s'en tient aux textes législatifs, renvoyer un élève devrait être une mesure exceptionnelle, en réponse à une faute grave. Dans la pratique pourtant, Bernard Devos, constate que ce n'est pas le cas."On assiste à un abaissement drastique du seuil de tolérance et de plus en plus d'exclusions définitives sont décrétées suite à la multiplication de petits faits, c'est vraiment très arbitraire et c'est inquiétant."

Xavier Polfliet précise que la loi prévoit que l'accumulation de petits faits mène effectivement à l’exclusion. Il partage pourtant le constat de Bernard Devos: les jeunes qu'il accompagne sont parfois renvoyés un peu vite". "On parle de bavardages, de chiquer en classe, de répondre aux professeurs, de se bousculer dans les rangs. "

Confier la décision de l'exclusion à un organe indépendant

Les défenseurs des droits des jeunes proposent aussi des solutions, comme confier la décision de l'exclusion à un organe indépendant. C’est la position de Khaled Boutafalla: "Quand un professeur est impliqué dans une situation avec un élève, il est clair qu'il ne peut plus conserver cette neutralité. Nous pensons qu'il en est de même pour la direction d'école qui est dans un conflit de loyauté éventuellement avec ses professeurs."

D'où l'idée d'impliquer d'autres acteurs internes et externes à l'école, pour les cas où l'exclusion semble s’imposer comme unique solution.

Daphné Van Ossel

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