Exclusion de l'autre: la Belgique francophone fait de la résistance

Le projet de loi sur les visites à domicile par des policiers secoue notre société. Il existe différents clivages face à une partie de la population ultra mobilisée contre ce projet de Theo Francken. Mais du côté francophone, il est impossible de faire parler des partisans de ce texte. Ce qui n’étonne pas Pierre Verjans, politologue à l’ULg. "Nous sommes, en Belgique francophone, dans une situation où le discours d’ouverture aux autres est plus important que le discours de fermeture aux autres. Pour simplifier, on peut dire que dans les sociétés on est tendu aussi entre une logique plus inclusiviste, permettant aux autres de rentrer, et une logique plus exclusiviste, qui réserve donc la domiciliation et éventuellement le vote et la citoyenneté à certaines catégories de population."

Pas d’extrême droite organisée et stable en Belgique francophone

Il suffit de rencontrer des gens pour réaliser, comme l’a dit Theo Francken mardi au Cercle de Lorraine, que beaucoup de monde soutient ce texte. Comment expliquer du coup que personne ne parvienne, hors du champ politique, à exprimer ces idées-là ? Pour Pierre Vergans, ce phénomène est difficile à expliquer. "C’est un peu la même nature de questions que celle de l’inexistence d’une extrême droite organisée en Belgique francophone. Alors que dans les pays voisins elle existe, il n’y a pas en Belgique francophone une extrême droite organisée et stable". Elle existe pourtant partout ailleurs: en France, aux Pays-Bas, en Allemagne depuis peu et en Flandre depuis longtemps. Seule la Belgique francophone y échappe.

Pour le professeur de l’ULg, l’explication principale réside dans le fait que la société civile est irriguée par des gens qui pensent que l’autre est aussi important que le groupe fermé et qu’il faut être perméable aux influences. Ce serait une réalité en Belgique depuis une trentaine d’années. "Quand on voit les groupes d’extrême droite qui se sont constitués, en France, le Front national c’est 1974, le Vlaams Belang c’est 1979, on voit qu’il y a en Belgique francophone une résistance à ce phénomène."

En revanche, constate Pierre Verjans, il existe un soutien populaire qui apparaît dans les sondages d’opinion: " La semaine dernière, Le Soir a publié la répartition par parti des opinions favorables à Theo Francken, Jan Jambon et Bart de Wever, on a vu que dans certains partis de gauche il y avait des gens sensibles et favorables à cette position très autoritaire, très autoritariste de ces leaders-là. On suppose que ce n’est pas le discours qui les séduit, mais plutôt cette position justement sur l’axe autorité et liberté ".
La discrétion de ces gens ouverts à plus d’autorité ne disposent généralement pas expliquent le professeur, des grandes clés d’analyse pour comprendre l’histoire du monde. " Il ne faut pas oublier que l’histoire des migrations est une histoire complexe. Une histoire qui demande à être étudiée pour être bien comprise. Et les gens qui n’ont pas toutes ces clés-là ont plutôt tendance à dire ‘ On en a assez des étrangers’ . Souvent d’ailleurs, ce sont les derniers groupes d’arrivés qui ont tendance à fermer la porte derrière eux pour être sûrs de rester dans l’ensemble."

Le clivage des partis

Le clivage qui s’est créé il y a quelques jours au MR existe, aussi dans d’autres familles politiques, commente Pierre Verjans. Mais pas toujours avec la même force. " Dans certains partis, cela npeut pas se dire tout haut. Chez Écolo, par exemple, ça ne se voit pas. Mais au PS, cela se dit de temps en temps. Au CDH, ça se dit et ça se pratique de temps en temps, et au MR, c’est clair que maintenant un autre pôle vient de réapparaître dans la ligne du libéralisme et du Moyen-Âge, de gens qui défendaient les libertés à la fois des villes et en même temps des citoyens des villes contre l’intrusion de l’exécutif."

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