Examen du CEB:  "Nous sommes encore dans une culture du résultat et de l'échec"

Pour Ghislain Maron, ancien directeur, ce jeudi n’est pas anodin, c’est le jour du Certificat d’Etudes de Base.
Pour Ghislain Maron, ancien directeur, ce jeudi n’est pas anodin, c’est le jour du Certificat d’Etudes de Base. - © Tous droits réservés

En Fédération Wallonie-Bruxelles, 58 000 écoliers du primaire sont soumis, à partir d’aujourd’hui, à l’examen du CEB. Un examen identique pour tous, basé sur la culture belge de la réussite et de l’échec. Est-la meilleure manière d’évaluer les connaissances? Le système est-il inégalitaire ? Existe-t-il des alternatives? Ghislain Maron, ancien directeur d’école à Ohain et président de l'association inter-réseaux des directions d'écoles, évoque l’organisation du CEB avec le recul qu’autorise le retrait de la vie professionnelle.

Pour Ghislain Maron, ce jeudi n’est pas anodin, c’est le jour du Certificat d’Etudes de Base, mieux connu sous l'acronyme de CEB. Depuis 7h00 ce matin, les questionnaires sortent de leurs enveloppes scellées pour être soumis aux écoliers. Un marathon qui durera 4 jours exactement. 4 jours de pression sur les enfants, mais aussi sur leurs parents.

Contrairement aux épreuves du secondaire de l’an passé, le CEB n’a jamais connu de "fuites". Des indélicatesses limitées à des cas individuels, assure Ghislain Maron: "En secondaire, c’était nouveau. Dès qu’il y a pression, il y a des envies de pouvoir dévoiler certaines choses, d’aider certains élèves ou de montrer l’iniquité du système en dévoilant des choses sur les réseaux sociaux."

Mais l’enseignement a appris de ses erreurs. Des mesures ont été prises, comme le contrôle accru exercé au moment de l’ouverture des "sacs" renfermant les épreuves. Un Procès-verbal doit maintenant certifier que les épreuves étaient encore scellées au moment de la distribution. Et une épreuve bis est prévue en cas de suspicion de fraude, accessible grâce à un code à insérer sur un site internet.

Utile le CEB?

Le CEB unique et commun à tous est-il la garantie d’un examen égalitaire? Pas sûr. Pour Ghislain Maron, il est important de réfléchir au système des  évaluations. " On y consacre une temps important au détriment de l’apprentissage. On doit y réfléchir et c’est ce que l’on fait au niveau du pacte de l’Enseignement (le pacte d’excellence). Nous sommes encore dans une culture du résultat et de l’échec. D’autres systèmes, nordiques notamment, réputés plus performants que le nôtre, privilégient une évaluation continue de l’apprenant. " 

Un CEB de bas niveau ?

Pour certains, le niveau du CEB est trop bas, comparé à celui d’une classe de 4ème primaire. Mais l’ancien directeur met en garde contre la volonté d’une trop forte sélection. "Le diplôme du CEB est un moment important et un sésame minimum pour obtenir un emploi. Serait–il important que 20% des élèves soient relégués ? Dans notre système scolaire qui coûte cher, 20% des jeunes Bruxellois et 15% des jeunes Wallons sortent sans avoir une formation leur permettant de trouver un travail. C’est un échec de notre enseignement qui doit être revu."

Le pacte d’Excellence: participatif et volontaire

Ce que l’on appelle le pacte d’Excellence est un lieu de réflexion sur base volontaire. Un lieu que fréquente Ghislain Maron: "L’important dans ce pacte est de mener une réflexion globale sur l’enseignement plutôt que sur des mesurettes. Quand on parle de la durée de la journée ou du redoublement, cela doit s’intégrer dans un contexte global. Tout est dans tout. Je m’intéresse beaucoup au travail en maternelle qu’il faut faire évoluer. Le ‘jardins d’enfants’ était vécu comme une garderie. Aujourd’hui, on voudrait renforcer l’obligation scolaire, au moins à partir de 5 ans, pour réduire les inégalités sociales. Un autre aspect important est le travail des directions d’écoles. Le directeur n’est plus l’instituteur en chef, il doit gérer le social, l’affectif, les mamans, les marchés publics, la santé, la sécurité… C’est un tout autre domaine. Et on est seul pour faire tout cela."

Les derniers conseils de l’ancien directeur s’adressent aux écoliers: "bien dormir pendant les quatre prochains jours, bien boire à la récré pour alimenter le cerveau et prendre le temps de bien lire les questions avant de répondre."

 

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