Examen d'entrée en médecine: les organisations étudiantes très critiques

Examen d'entrée en médecine: les organisations étudiantes très critiques
Examen d'entrée en médecine: les organisations étudiantes très critiques - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé ce mercredi matin l'avant-projet de décret instaurant, dès la rentrée académique 2017, un examen d'entrée pour accéder aux études de médecine et de dentisterie, et ce malgré les critiques des organisations étudiantes, peu enthousiastes.

Cet examen écrit sera organisé simultanément en septembre et uniquement en septembre dans les cinq facultés de médecine de la Fédération : UCL, ULB, ULg, UNamur et UMons.

Une seule chance

L'examen écrit sera organisé durant la première quinzaine de septembre. Cette date pose problème tant au Comité interuniversitaire des étudiants en médecine (CIUM) qu'à l'Union des Étudiants de la Communauté française (Unécof) car cela laisse entendre qu'une seule session sera organisée au lieu de deux (en juillet et en septembre) en Flandre. "Les étudiants jugent la proposition comme profondément injuste, la session de juillet pouvant servir à certains comme indicateur pour préparer leur session d'août et se focaliser sur leurs lacunes", souligne Quentin Lamelyn, président du CIUM.

L'aspirant étudiant n'aurait qu'une seule chance : pas moyen de représenter l'examen, il aurait été plus juste de proposer une épreuve en juin et une autre, de rattrapage, en septembre, estime Opaline Meunier, présidente de l'Unecof.

Problème de kot

"Cela place les étudiants dans une situation d'incertitude car ils ne sauront s'ils ont réussi que quelques jours à peine avant que les cours ne commencent", ajoute Opaline Meunier. L'association s'inquiète surtout pour le logement des étudiants. "Aucun étudiant en médecine ne va signer un bail pour un kot avant de savoir s'il est admis", souligne Opaline Meunier. "Et il sera impossible de trouver un logement de qualité et à un prix décent entre le 10 et le 14 septembre", ce qui place les étudiants en médecine et en dentisterie dans une situation d'inégalité, selon elle.

Le CIUM s'inquiète également pour les étudiants qui ne réussiraient pas leur première année en juin 2017 mais qui auraient acquis un certain nombre de crédits, notamment dans les sciences fondamentales. "Qu'adviendra-t-il de ces élèves? Devront-ils repartir de zéro?", s'interroge-t-il.

Un coût "excessif": 800 000 euros 

Par ailleurs, un budget de 800 000 euros est prévu pour l'organisation de l'examen d'entrée. "Cela nous semble excessif et nous exigeons un décompte afin de connaître précisément la manière dont cet argent sera utilisé", indique l'Unécof. "Si on a besoin de 800 000 euros juste pour louer le palais du Heysel, franchement il y a d'autres priorités. Les bourses d'études en ont bien besoin", s'exclame Opaline Meunier. Elle souligne que le budget pour l'organisation du test d'orientation non contraignant pour les étudiants en médecine, du même type que le projet d'examen d'entrée, n'est pas entièrement utilisé. "On utilise maximum 110 000 euros sur les 200 000 budgétés chaque année. Pourquoi allons-nous désormais vers 800 000 euros pour un test du même acabit?"

Risque de pénurie

La Fédération des Etudiants Francophones dénonce cette mesure "qui constitue une nouvelle attaque contre l’accessibilité des études et conduira à aggraver la pénurie de praticiens déjà avérée et qui, selon les prévisions de la commission de planification de l’offre médicale, se dégradera au cours des prochaines années".

Le texte présenté procède d’une triple injustice pour la FEF. "Premièrement, elle conduit à cristalliser les inégalités via un examen d’entrée qui accentuera les effets d’un enseignement obligatoire parmi les plus inégalitaires de l’OCDE. Ensuite, le mécanisme envisagé, la diversité des matières et l’imbroglio administratif ne manqueront pas de conduire - outre les coûts exorbitants, estimés à 800 000 € - à une situation aussi chaotique et discriminatoire, comme on l’a constaté lors de l’organisation du concours. En septembre, le délai imposé aux étudiants qui ne seraient pas sélectionnés pose d’ailleurs question dans la version actuelle du texte.
Enfin, d’après nos informations, le texte contient un mécanisme qui semble avoir été négocié sans transparence et qui accentuera le sous-financement de toutes les facultés. Ceci particulièrement à Namur et à Mons, des facultés pourtant importantes lorsque l’on a l’ambition d’offrir un enseignement accessible et de qualité en Fédération Wallonie-Bruxelles
."

Enfin, c'est le principe même d'un examen d'entrée qui dérange. "Pourquoi organiser un examen d'entrée alors qu'on manque de médecins et qu'on importe des médecins formés à l'étranger?", s'interroge Maxime Mori, président de la Fédération des étudiants francophones (FEF).

Sélection sociale

Quentin Lamelyn, président du CIUM, déplore en outre "une sélection qui s'annonce avant tout sociale, favorisant les classes les plus nanties qui ont accès à un enseignement secondaire souvent d'un bien meilleur niveau" et qui sont "en mesure d'offrir tout le soutien scolaire nécessaire à la réussite d'une telle épreuve".

Il regrette également que l'examen se centre sur la connaissance des sciences fondamentales, "un très mauvais indicateur de la réussite future et professionnelle des étudiants en médecine comme l'attestent de nombreuses études" et qui mènera à l'échec de "beaucoup de potentiels bons médecins (...) à cause de lacunes en mathématiques, physique et autres prérequis peu nécessaires au reste du cursus".

La certitude d'un numéro Inami

Pour de futurs étudiants en médecine en 6ème année secondaire en math-science à Jupille-sur-Meuse, cet examen semble pourtant une bonne chose, car cela leur donnera la certitude d'avoir un numéro Inami en sortant de l'université.

Certains préfèrent cependant l'examen en fin de première "pour voir de quoi il s'agissait et éventuellement changer d'avis", comme on peut l'entendre dans la séquence ci-dessous.

Les réserves des doyens

Les doyens des facultés de médecine ont été associés à cette décision. "Cette sélection à l'entrée se justifie politiquement pour permettre à tous les étudiants d'obtenir un numéro Inami", dit Dominique Van Pee, président du collège des doyens de faculté de médecine, mais il émet des réserves : il aurait été "plus raisonnable" de donner deux chances aux étudiants pour cet examen d'entrée. Il pointe aussi "le risque majeur de recours juridique" car l'examen n'est pas centralisé comme en Flandre, ce qui offre une meilleure sécurité juridique.

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