Examen d'entrée en médecine: "La planification communiste, ça ne marche pas"

"On peut faire une planification, mais il faudrait augmenter de manière considérable le nombre de médecins qui pourraient soigner notre population", estime le ministre Marcourt.
"On peut faire une planification, mais il faudrait augmenter de manière considérable le nombre de médecins qui pourraient soigner notre population", estime le ministre Marcourt. - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Ce vendredi, près de 5000 étudiants passeront le premier examen d'entrée aux études de médecine au Heysel à Bruxelles. Un examen dont le ministre francophone de l'Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), ne voulait pas. Mais qu'il a fini par mettre en place. Contre son gré, assure-t-il. Sous la pression de la ministre fédérale de la Santé Maggie De Block (Open Vld). 

Pour le socialiste, invité de Matin Première ce jeudi, cet examen organise encore davantage la pénurie de médecins et il ne sera pas non plus pertinent de par le choix des matières. Reste que pour régulariser une série d'étudiants des années supérieures, il n'a, dit-il, pas eu d'autre choix que de céder à la volonté du fédéral.

"Du chantage"

"La Communauté française s'est retrouvée dans un chantage énoncé par le gouvernement fédéral, tempête le désormais ex-ministre wallon. En deux mots: 'Si vous voulez que l'on donne une attestation pour permettre aux étudiants de poursuivre leurs études de troisième cycle et devenir médecin généraliste ou spécialiste, vous devez faire un examen d'entrée'. Et c'est ce que nous faisons. C'est une obligation. C'est du chantage."

Ce vendredi, "des jeunes qui ont envie d'être médecin vont passer un examen dont on sait qu'il ne pourra pas déterminer si nous aurons de bons ou de moins bons médecins, puisque les critères de sélection à cet examen d'entrée ne portent pas sur des matières médicales".

Jean-Claude Marcourt salue le travail du jury "qui a fait ce qu'il a pu", mais déplore que chaque étudiant n'arrive pas avec les mêmes chances : "L'enseignement obligatoire est très discriminant; des gens ont une formation de qualité pendant 6 ans, d'autres ont moins d'atouts. Et, normalement, les études gomment tout cela".

"Un système complètement délirant"

Pour le ministre de l'Enseignement supérieur, ce nouvel examen d'entrée est un filtre, un de plus (un de trop ?), qui risque d'accentuer encore davantage la pénurie de médecins.

"Nous sommes dans un système complètement délirant. La planification communiste, ça ne marche pas. Mme De Block l'applique... C'est étonnant pour une libérale. Ç'aurait été M. (Raoul) Hedebouw (PTB, ndlr), je comprendrais… Mais ça ne marche pas."

"Ici, depuis toujours, on n'ouvre pas les yeux. Une enquête du journal Le Soir démontre que nous allons augmenter la pénurie. Les délais d'attente pour un certain nombre de traitements augmentent de manière importante. Il faut plus de médecins et on empêche nos jeunes qui résident en Belgique de faire des études de médecine. Et par ailleurs, nous importons des centaines de médecins, nous pillons – dans une sorte de post-colonialisme – des médecins d'Afrique du Nord, d'Europe centrale et orientale, voire d'Asie."

"Le mieux serait d'enfin avoir des chiffres..."

Alors, pour expliquer et comprendre la situation, Jean-Claude Marcourt souhaiterait connaître les besoins actuels de notre pays, et prendre des mesures en conséquence. "Le mieux serait d'enfin avoir des chiffres de planification médicale qui répondent aux attentes de la population. Il est clair que l'on peut faire une planification, mais il faudrait augmenter de manière considérable le nombre de médecins qui pourraient soigner notre population."

Élargissant le débat à la Santé publique, Jean-Claude Marcourt dénonce une "politique catastrophique" menée par la ministre Maggie De Block : "Réduction des budgets des hôpitaux, sécurité sociale, soins de santé, planification médicale… Je dirais qu'elle a tout faux. (...) Il faut arrêter cette politique de démolition de la sécurité sociale et de notre système de santé", martèle-t-il.

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