« Euh, het, deuh, de digitalisering van euh… » : quand les politiques francophones se mettent (ou pas) au néerlandais

Le secrétaire d’Etat à la digitalisation, Mathieu Michel, a fait l’effort de s’exprimer en néerlandais lors de son audition devant les députés de la Chambre. Dans un extrait repris sur Twitter, le néerlandais est hésitant et, au nord du pays, certains n’ont pas hésité à le relever dans les commentaires sur les réseaux sociaux. Un exemple qui en rappelle d’autres.

Si certains hommes politiques francophones, dont certains ont exercé des fonctions ministérielles s’expriment couramment ou quasi couramment dans la langue de Vondel et sont capables de débattre efficacement avec leurs homologues du nord du pays ou d’être interviewés en néerlandais par les médias flamands, d’autres ont plus de difficultés, même après avoir pris des cours intensifs.

Des critiques des internautes

La séquence se retrouve aisément sur les réseaux sociaux, on y voit le nouveau secrétaire d’Etat à la digitalisation, le MR Mathieu Michel, répondre aux députés de la Chambre aux questions posées sur la politique qu’il entend mener. Une séquence d’un peu plus d’une minute, à laquelle des sous-titres en néerlandais ont été ajoutés, contribuant à mettre en évidence le faible niveau de néerlandais de l’interlocuteur. 

Si l’objet de ce tweet, était avant tout de s’interroger sur le point de vue du secrétaire d’Etat sur le rôle des médias sociaux dans le débat politique, force est de constater que les commentaires suscités par la séquence portent au moins autant sur les connaissances linguistiques de Mathieu Michel.

 " Wel een vlotte prater ", ironise Jan Coppens à propos du niveau de bilinguisme. " Die ondertiteling vind ik geweldig ", souligne " Roeland " qui trouve les sous-titres fantastiques ou encore " Als je het NL zo slecht spreekt, blijf dan FR praten (volg zo snel mogelijk een taalbad) ", réagit un autre commentateur, Patrick Vansteenkiste, pour qui mieux vaut s’exprimer en français lorsqu’on parle aussi mal le néerlandais et s’empresser de faire une immersion linguistique.

 

Mathieu Michel réagit à la polémique

Le principal intéressé, le Secrétaire d'Etat Mathieu Michel, a réagi à cette polémique.  Pour lui, l'extrait diffusé sur les réseaux sociaux n'est pas représentatif de l'ensemble de son intervention à la Chambre : "On extrait une minute trente d'une présentation qui a été faite dans les deux langues et pour laquelle c'était pour moi important de répondre aux députés néerlandophones en néerlandais. C'est un respect qu'on doit aux amis néerlandophones que d'essayer de répondre de la meilleur façon aux questions qui  sont posées en néerlandais", estime Mathieu Michel.  

Quant à son niveau de Néerlandais, le Secrétaire d'Etat estime qu'il n'est pas mauvais. Il serait juste "rouillé".  "J'ai toujours été en néerlandais fort. J'ai fait des stages en néerlandais, il y a une vingtaine d'années.  Je ne suis pas inquiet par rapport à mon néerlandais.  Le fait que ces dernières années, en tant que Président du Brabant Wallon,  on ne s'exprime pas régulièrement en néerlandais, effectivement, je suis peut-être un peu rouillé", ajoute Mathieu Michel. "Après trois heures, chercher ses mots en néerlandais, dans une langue que je n'ai pas utilisé ces dernières années, je ne trouve pas cela étonnant", ajoute-t-il. 

Le Secrétaire d'Etat explique qu'il fera "l'effort de se remettre en condition" pour rendre son néerlandais plus fluide.

Notons, que notre rédaction a contacté d'autres membres francophones du nouveau gouvernement, mais il n'ont pas souhaité s'exprimer sur le sujet du bilinguisme.  

Le niveau de néerlandais des personnalités politiques francophones pose souvent question

Ce n’est pas nouveau, la connaissance du néerlandais par les représentants politiques francophones fait souvent l’objet d’observations, surtout au nord du pays. Il y a une petite dizaine d’années, un quotidien flamand dressait un hit-parade des nouveaux ministres francophones de l’époque et évaluait leurs connaissances du néerlandais. 

A ce petit jeu, c’était le ministre cdH, Melchior Wathelet Jr qui s’en sortait le mieux, au coude à coude avec ses collègues Paul Magnette (PS) et Didier Reynders (MR). D’ailleurs, ces derniers ont toujours été de " bons clients " des médias du nord du pays, invités régulièrement à débattre et à s’exprimer, par exemple, sur les plateaux des chaînes de TV.

Lorsqu’Elio Di Rupo a été pressenti pour le job de Premier ministre, déjà, les médias du nord du pays se penchaient sur sa connaissance du néerlandais et estimaient que le niveau n’était pas, à l’époque, suffisant. Pour le journaliste politique de la VRT, Yves Borms, ce n’était " pas évident de faire une interview avec M. Di Rupo parce qu’il sort difficilement de ses mots ". Et à la question " a-t-il le niveau pour participer à un débat télévisé ? ", la réponse était claire : " Non, je ne pense pas ".

Dans la même séquence, un autre commentateur politique de la VRT, Johny Vansevenant, faisait le parallèle avec Guy Verhoofstadt qui, lorsqu’il est devenu Premier ministre, avait un faible niveau de français.

Dans cette autre séquence du Journal Télévisé, un autre ministre francophone, Michel Daerden, s’essaye au néerlandais à la tribune du Sénat. L’exposé sur le Livre blanc des pensions, le Wit boek, n’est pas des plus limpides. 

Notons cependant, qu’à l’époque, les commentaires portaient davantage sur les interrogations quant à l’état d’ébriété soupçonné du ministre que sur ses connaissances linguistiques.

Le niveau de néerlandais du Premier ministre, Elio Di Rupo, interpellait également son rival montois, pas encore Président du MR, Georges-Louis Bouchez.  Un tweet que l'observateur de la vie politique Michel Henrion ressort alors qu'aujourd'hui, c'est un secrétaire d'Etat MR, Mathieu Michel, dont le niveau de néerlandais fait l'objet de remarques.

Les Politiques, grands adeptes des cours d’immersion linguistique

Lorsque des personnalités politiques francophones accèdent à des fonctions ministérielles, surtout au niveau fédéral, il est d’usage qu’ils suivent des cours pour perfectionner leur niveau de néerlandais. Cette pratique s’est quasi généralisée ces 20 dernières années avec des résultats, certes variables. Un établissement de Spa s’est spécialisé dans des cours en immersion linguistique. Les ministres francophones y vont pour améliorer leurs connaissances du néerlandais.

Des néerlandophones, comme Jan Jambon, l’ont aussi fréquenté pour apprendre le français. Ils y passent souvent une semaine, à raison d’une soixantaine d’heures passées à pratiquer la langue de l’autre partie du pays. Elio Di Rupo, Paul Magnette ou Didier Reynders sont passés par là. Avant eux, d’autres, comme Bart De Wever ou l’ancienne ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem sont passés par là.

Il est à noter que, si souvent l’on s’interroge sur la connaissance qu’ont les personnalités francophones du néerlandais, il est plus rare qu’au sud du pays, on épingle les faiblesses en français des politiques néerlandophones.

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