Eugène Ernst (CSC-Enseignement): "Le temps politique et le temps de l'école sont difficilement conciliables"

Alors que les élections approchent, c'est aussi la fin d'une législature. L'heure est aux bilans alors que les réformes de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles ressemblent toujours à de grands chantiers. Pacte d'excellence, tronc commun, allongement de la formation des professeurs: Eugène Ernst, secrétaire général de la CSC-Enseignement était l'invité de Matin Première ce lundi.

"Je pense que l’école ne sait pas se porter mieux d’un coup de baguette magique. Je pense que cette législature a été l’occasion de lancer de grands chantiers", salue le syndicaliste. Pour lui, "beaucoup de réformes" sont en cours mais les effets ne sont pas encore très perceptibles. "Dans les esprits, pas mal de choses ont déjà évolué", souligne-t-il toutefois.

Le tronc commun pour "combler les différences"

La réforme principale reste sans doute le tronc commun, annoncé depuis de nombreux mois et qui ne cesse de faire l'objet de concertations. Pour Eugène Ernst, il s'agit d'une initiative positive : "En tout cas tous les pays qui ont lancé le tronc commun montre que la différence entre des enfants issus de milieux différents, s’amenuisent." Des différences toujours perceptibles, d'autant que le syndicaliste pointe l'école, estimant que son rôle d’ascenseur social n'est plus aussi bien rempli qu'auparavant. "Être à l’école dans les années 60-70, c’était la possibilité d’un avenir meilleur. Il faut reconnaître que dans les années 80, la différence pour un enfant issu d’un milieu favorisé ou défavorisé est devenue notoire", indique-t-il.

L’objectif est de faire en sorte que les jeunes soient concentrés sur les apprentissages de base

Selon lui, l'allongement d'un tronc commun jusqu'à la troisième secondaire est une mesure destinée à palier ce manque d'égalité entre les élèves. "L’objectif est de faire en sorte que les jeunes soient concentrés sur les apprentissages de base pour leur permettre de découvrir le monde extérieur pour petit à petit faire des choix en connaissance de cause et assurer la suite de la scolarité", rappelle cet ancien professeur.

Incertitude

Pourtant, l'avenir du Pacte d'excellence s'annonce incertain. Les libéraux ont toujours refusé le tronc commun, ce qui pourrait mettre la mesure en sursis durant la prochaine législature. "Le temps politique et le temps de l’école sont difficilement conciliables, regrette Eugène Ernst. Je pense que le grand mérite de la procédure lancée est d’envisager les choses au-delà d’une législature."

Le syndicaliste avoue tout de même ses craintes, si le tronc commun était amené à ne pas être mis en place dans les années à venir. "Le pacte est le résultat d’une concertation. Comme dans toute concertation, il y a des concessions qui sont douloureuses. Mais aujourd’hui, sortir de ce schéma, c’est prendre un risque. Il y a toute une série d’équipes qui sont en route, qui s’investissent pour l’école de demain. Si demain, on doit leur dire que tout ce qu’ils ont fait est par terre, ce sera un acte de démobilisation de beaucoup d’enseignants."

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