Et si le PTB arrivait au pouvoir?

Depuis la publication d'un sondage donnant au PTB près de 25% des intentions de vote en Wallonie, la possibilité de voir ce parti s'imposer dans le paysage politique est sur toutes les lèvres. Une question se pose: que se passerait-il si le PTB s'imposait dans les urnes?

Réunis dans Débats Première, Didier Paquot (Union wallonne des entreprises), Thierry Bodson (FGTB wallonne) et Germain Mugemangango (porte-parole du PTB) ont abordé cette question. 

Avoir plus de Raoul Hedebouw à Bruxelles, ça ne va pas changer la donne

Germain Mugemangango s'est dit vouloir refuser tout triomphaliste face à ces chiffres encourageants. "Le véritable sondage, ce sera le jour des élections", déclare-t-il. Pour le porte-parole du PTB, arriver au pouvoir ne peut se faire qu'à un certain nombre de conditions. Tout d'abord, explique-t-il, "on voit que chez les personnes qui soutiennent le PTB, il y a une recherche de rupture avec une logique socio-économique qui ne met pas les intérêts de l'humain au centre. On veut qu'il y ait une remise en question de ce cadre. Ensuite, avoir plus de parlementaires PTB c'est bien, mais à côté de ça, il faut aussi un sérieux rapport de force au sein de la société. Avoir plus de Raoul Hedebouw à Bruxelles, ça ne va pas changer la donne. On invite aussi les gens à s'engager."

Face à lui, le directeur de la section économie de l'Union wallonne des entreprises se montre sceptique. Oui, annonce Didier Paquot, il y a une "inquiétude de voir arriver au pouvoir un parti qui conteste l'essence même du système qu'est l'économie de marché, qui prône un syndicalisme agressif, qui a fait des multinationales sa bête noir". Il relativise toutefois: "On ne va pas avoir des hordes d'entrepreneurs se diriger vers la Suisse ou le Luxembourg. Mais qu'il y ait une inquiétude suffisante pour qu'il y ait un frein du côté des entreprises étrangères. Après, entre programme et réalité,..." 

Multinationales et emploi

Les grandes propositions du PTB en Wallonie? Réduction du temps de travail, encadrement des loyers, création de logements sociaux, taxe sur les millionnaires , pré-pensions à 58 ans avec l'obligation de remplacer par les jeunes,... Des mesures nécessaires, pour Germain Mugemangango, qui affirme qu'en Wallonie la situation actuelle est loin du "discours 'tout va bien' que l'on entend". "Les gens se précarisent", ajoute-t-il, "même quand ils travaillent, ils ont des difficultés à terminer le mois". 

Le porte-parole du PTB en profite pour charger les multinationales: "Une économie donnant la clé aux multinationales, cela ne fonctionne pas. D'autant que sur ces dernières années, on voit que les principales internationales thésaurisent au lieu d'investir."

La richesse de la Wallonie a été alimentée par ces investissements étrangers

De son côté, Didier Paquot l'assure: "On créé de l'emploi net en Wallonie. C'est évident qu'il y a un décalage entre la croissance et ce que ressentent les gens, mais ce n'est pas les multinationales le problème". Il ajoute: "Sur les 50 grandes entreprises industrielles, 40 sont étrangères. On ne va pas les mettre à la porte. D'autant que c'est dans ces multinationales que les salaires et les conditions sont souvent les meilleures. Il peut y avoir des faits dramatiques comme Caterpillar mais la richesse de la Wallonie a grandement été alimentée par ces investissements étrangers".

Germain Mugemangango n'en démord pas: "Ce sont les travailleurs qui créent la richesse, pas les entreprises. Le fait qu'une entreprise parte alors qu'elle fait des bénéfices , ce n'est pas normal. Elles doivent pouvoir garantir les emplois". C'est pourquoi, dit-il, "on n'est pas pour tout nationaliser, mais pour réguler l'économie". 

Le porte-parole du PTB reçoit du soutien du côté de Thierry Bodson, porte-parole de la FGTB. "Nous avons toujours défendu l'idée d'un portage momentané", souligne-t-il, "il faut que le public puisse prendre en main l'activité d'une entreprise à partir du moment où elle est structurante pour l'activité économique de la région. "

Partage de richesses

Pour Germain Mugemangango, le véritable débat se situe principalement autour d'une question: comment répartir le partage de richesses? "Un pouvoir d'achat plus élevé aura un impact sur les PME," annonce-t-il. 

Partager la misère

Une fois encore, le représentant de l'Union wallonne des entreprises se montre sceptique: "On peut augmenter le pouvoir d'achat de deux façons: augmenter les salaires de façon individuelle ou augmenter la masse de l'emploi. Je crois que dans le cas de la Wallonie, on a surtout besoin de l'augmenter via la masse de l'emploi global parce qu'il y a énormément de chômage. Il est important de créer de l'emploi, donner confiance aux entreprises pour se créer, se développer. La répartition de la richesse a toujours été un problème mais le tout est de créer la richesse avant de la répartir".

Face à la proposition de réduire le temps de travail, Didier Paquot est également dubitatif: "Partager le temps de travail, c'est partager soit la richesse soit la misère. Dans le cas de la Wallonie, ce sera partager la misère. Pour une réduction du temps de travail efficace, il faut que les gens soient interchangeables et que cela ne coûte pas aux entreprises. Ce qui n'est pas possible si on maintient les salaires".

"Toutes les propositions de la FGTB à ce sujet ne mettent pas à mal la compétitivité des entreprises", répond Thierry Bodson.

Le PTB accepterait-il une coalition avec le PS? 

Quels que soient ses résultats dans les urnes, le PTB va-t-il vraiment pouvoir et vouloir arriver au pouvoir dans un système de coalition? Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne, y est grandement favorable. Il martèle: "Si en 2019, il y a possibilité d'une alliance à gauche (Ecolo, PTB, PS), il faut essayer de mettre en place une telle coalition. En politique, il y a des moments qui peuvent ne pas se représenter. Quand on voit Olivier Chastel dire qu'il est possible de faire en Wallonie ce qu'ils font au fédéral, cela suscite une grande peur chez nous à la FGTB."

Une fiscalité qui gommerait plusieurs inégalités

Il ajoute: "Ensemble, MR et cdH abandonneront des mesures qui étaient sur la table avec l'ancien gouvernement PS-cdH. Si les trois partis PS-Ecolo-PTB arrivent au pouvoir, je pense qu'il y aurait une possibilité d'avoir une fiscalité qui gommerait plusieurs inégalités parce qu'elle entraînerait une progressivité sur d'autres revenus que celui du travail."

Cette coalition PS-Ecolco-PTB, Germain Mugemangango ne la balaie pas d'un revers de main. Mais il assure qu'"il faut une remise en question sérieuse de ces partis et qu'il faut également un moment social. Sans cela, ça servira juste à faire l'appoint du cdH et du MR."

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