Coronavirus: est-il possible (et efficace) de rendre le vaccin obligatoire en Belgique ?

Pour certains politiques, il faut oser ouvrir le débat sur l’obligation vaccinale. Rudi Vervoort, président (PS) de la Région bruxelloise le disait vendredi, Georges-Louis Bouchez (Président du MR) le laissait entendre lui-aussi ce lundi, dans Matin Première. De son côté, Frank Vandenbroucke y voit "un débat surtout théorique"… Déclic a essayé d’y voir clair.

Commençons par noter que la vaccination obligatoire existe déjà en Belgique, pour un seul vaccin : celui contre la poliomyélite. Il est obligatoire depuis 1967 et ce sont les communes qui contrôlent le respect de cette obligation.

En cas de non-respect, vous recevez d’abord un premier rappel, puis un second. Si vous ne vous mettez toujours pas en ordre, vous recevez la visite d’un inspecteur d’hygiène qui vient vous expliquer l’intérêt de la vaccination, les raisons de l’obligation avec pour but de vous convaincre.

Si cela ne suffit pas encore, le dossier est transmis au parquet avec de possibles sanctions pénales à la clé, même s’il est très rare d’en arriver jusque-là.

Est-ce qu’on pourrait procéder de la même manière pour le Covid?

Cette obligation vaccinale est difficilement transposable comme telle, pour une première raison importante : Les différents vaccins contre le COovid ne sont soumis aujourd’hui en Europe qu’à une "autorisation conditionnelle de mise sur le marché". Ils restent, à l’heure qu’il est, dans une phase de suivi très rigoureuse qui doit leur permettre d’obtenir ensuite une "autorisation Complète de mise sur le marché".


►►► Le Covid Safe Ticket, dernier rempart avant le "lockdown dû aux non-vaccinés" ?


Tant que cette étape n’est pas franchie, difficile de rendre obligatoire les différents vaccins Covid. Selon l’Agence Fédérale du Médicament, aucun vaccin ne devrait recevoir cette autorisation complète avant début 2022. 

Et puis il y a un autre argument plus pragmatique évoqué par le ministre de la santé Franck Vandenbroucke : la difficulté à faire respecter une telle obligation.

Comment contrôler une telle obligation vaccinale ?

Pour qu’elle soit jugée proportionnée et conforme au respect des droits humains, il n’est pas question d’administrer le vaccin par la force, contre la volonté des intéressés. Le dispositif de mise en œuvre effective de l'obligation ressemblerait donc probablement à celui mobilisé pour la polio (rappels d’abord puis visites d’inspecteur d’hygiène pour convaincre)… et ne serait, du coup, pas très différent des stratégies actuellement mobilisées pour convaincre les sceptiques à se faire vacciner contre le Covid.

Par ailleurs, le passage par la case justice pourrait surcharger des parquets déjà bien engorgés sans compter les tensions vives que cela risquerait de susciter dans une société déjà largement clivée sur le sujet.

Le pass Sanitaire, une obligation déguisée ?

C’est sans doute pour toutes ces raisons-là que la plupart des états d’Europe occidentale préfèrent aujourd'hui utiliser l’arme du pass Sanitaire (Covid Safe Ticket) pour faire grimper leurs chiffres de vaccination. Dans certains cas, comme en Italie, l’utilisation de ce Pass a été tellement étendue qu’elle finit par s’apparenter à une obligation vaccinale généralisée qui ne dit pas son nom.

Aux motifs d’urgence et de pragmatisme, cette utilisation du pass gagne chaque jour un peu plus de terrain, chez nous aussi, sans qu’il y ait de vrai et large débat philosophique et éthique sur les implications de cette évolution sociétale qui pourrait bien perdurer au delà de cette crise.

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