Escape game électoral : quand les jeunes se mêlent de politique

Ils ont à peine 20 ans, n’ont voté qu’une fois. Dans quelques années, ils seront avocats ou juristes. En attendant, avec leur professeur de droit, ils ont décidé d’expliquer le système belge, les élections locales, régionales, législatives, européennes à des rhétos. Le cadre a de quoi séduire. La salle d’apparat de l’université de Mons en jette. On se croirait au théâtre ou dans une salle de cinéma des années 50. Pour l'occasion, le lieu a été redécoré. Vieilles radios, cartes jaunies, loupes, coffres en bois… tout pour se croire dans une enquête policière. Un Cluedo pour de vrai… Mais sans cadavres ! Juste des énigmes politiques… Les étudiants de Bac en droit ont choisi d’intéresser les 6e secondaire à la politique en organisant un Escape Game… Entre jeunes du même âge (les étudiants de BAC ont 19-20 ans, les rhétos 18 !), le message passe bien.

Sherlock, Watson et les autres

Tous les détails ont leur importance, alors les étudiants en droit se sont déguisés. Comme pour mieux entrer dans leur rôle. Celui de « super connaisseur de la politique belge ». Certes leur professeur les a un peu poussés mais c’est avec plaisir qu’ils ont accepté le challenge et puis, on ne dit pas non à Madame Bourgaux !

Baptiste n’a que 19 ans. Il est en 1er année de droit. Comme Clarisse, il est convaincu de l’importance du vote, de l’obligation de vote. Tout chez lui fait déjà penser à un futur ténor du barreau. Le ton, le style, la posture. Un passionné pour qui « le vote ce n’est pas une obligation légale, c’est une obligation morale ! »

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Escape game électoral: quand les jeunes se mèlent de politique © Tous droits réservés

Obligation de formation

Tout au long de l’atelier les rhétos vont d’énigme en énigme. Les questions sont parfois simples, parfois plus techniques. Le système belge, avouons-le, assez complexe. Comment voter valablement ? Quelle différence entre un vote blanc et un vote nul ? Quelles sont les assemblées élues directement et quelles sont celles qui sont élues indirectement ? Tout y passe. Mais il n’y a pas de pression ni de stress. Le fait que des étudiants de 20 ans expliquent cette matière à des rhétos qui ont quasi le même âge fait passer la pilule électorale plus facilement.

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Escape game électoral: quand les jeunes se mèlent de politique © Tous droits réservés

Si les futurs avocats sont motivés c’est aussi parce qu’ils ont un professeur remonté à bloc. Anne-Emmanuelle Bourgaux est une pile électrique. Une passionnaria du droit qui n’a pas sa langue en poche. « Les électi ons ce n’est pas choisir entre le bien et le mal. On est tous confronté à des injustices, à des inégalités. Mais on ne met pas l’énergie qu’il faut pour y remédier. Pourquoi ? Par manque de temps et puis parce que c’est plus facile de laisser faire ! Ce qui est paradoxal c’est qu’on ne forme pas. Le gouvernement vous dit d’aller voter, c’est une obligation mais il ne vous accompagne pas. »

Un message que partagent les professeurs de l’Athénée de Mons venus participer avec leurs élèves à cet escape game. « En 4e et 5e secondaire, on étudie les différents régimes, absolutisme, totalitaire. En 6e, on simule des élections dans l’école, explique un professeur d’histoire. On peut faire venir des conférenciers en classe. C’est dans le programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais les arcanes du pouvoir et le système fédéral belge sont complexes. Bien souvent les parents (à moins d’être impliqués eux-mêmes) ne savent pas aider leurs enfants. »

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En 3 heures, par petits groupes, encadrés de Sherlock Holmes d’un jour, les rhétos ont « tâté » de la chose politique autrement que via un cours magistral donné par un professeur… qui n’est pas de leur génération, n’a pas les mêmes codes, le même langage. Et puis cerise sur le gâteau, au terme du parcours, comme les énigmes sont toutes résolues, un coffre au trésor attend les participants. Un coffre rempli… de bonbons ! Les portes de l’auditoire s’ouvrent. Satisfecit général… A quand la version pour les parents ?

Et la constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgaux de conclure : « Celui qui ne vote pas, perd le droit de se plaindre ! »

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