Éoliennes wallonnes: vous les voulez petites, grandes ou pas du tout?

Éoliennes wallonnes : vous les voulez petites, grandes ou pas du tout ?
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Éoliennes wallonnes : vous les voulez petites, grandes ou pas du tout ? - © Tous droits réservés

"Faut-il installer des centaines de nouvelles éoliennes en Wallonie ?", demandait Olivier Maroy à ses invités dans Mise au point ce dimanche midi. Difficile d’obtenir une réponse dépassionnée à un sujet pourtant juste technique de prime abord. Surtout quand s’y mêlent l’invective et les accusations.

Le cadre éolien wallon, une carte des implantations possibles, vivement critiqué par les communes comme par les citoyens, a été temporairement retiré pour mieux revenir sous une autre forme. Pourquoi tant de turbulences ? Les éoliennes constituent-elles une vraie alternative ou, au contraire, une mauvaise solution ? Quels sont leurs avantages et leurs inconvénients ? Où les installer ? Quel est le coût réel et qui va payer ? Les énergies renouvelables vont-elles faire baisser ou augmenter la facture d'électricité des citoyens ? Certaines de ces questions reflètent des inquiétudes objectives (le coût) ou subjectives (nimby), d’autres des positions idéologiques.

Fawaz Al Bitar conseiller chez Edora (la fédération des énergies renouvelables) tente en ouverture de débat de baser la discussion sur ce qu’il considère comme des faits : "Les éoliennes sont une des technologies les plus efficaces, capables de couvrir à elles seules un quart de l’objectif climatique de 2020." Il insiste aussi sur la création d’emplois locaux qu’elles suscitent.

Pour le lobbyiste Luc Rivet, porte-parole de "Vent de raison", une organisation farouchement anti-éoliennes qui se déclare "informelle", c’est par contre "la fausse bonne idée : les éoliennes ne réduisent pas les émissions de CO2 car elles nécessitent la présence de centrales thermiques pour compenser leur intermittence. Le bruit qu’elles produisent est dramatique. Elles ruinent les riverains : leurs biens immobiliers se dévaluent." "Elles coûtent aussi très cher" ajoute-t-il, et de prophétiser une dette éolienne pire que la dette photovoltaïque.

Un développement raisonnable

"Assurer 20% d’énergie verte d’ici 2020 est un engagement wallon vis-à-vis de l’Europe. Et l’éolien, c’est la moitié du renouvelable électrique (3800 GWh). C’est aussi la technologie la plus aboutie et la moins chère", conteste le ministre wallon de l'Aménagement du territoire Philippe Henry. "3800 GWh, c’est 750 éoliennes dont 250 déjà installées, dit-il. C’est un développement très raisonnable par rapport à d’autres pays."

Mais pour Claude Eerdekens, député wallon PS et bourgmestre d'Andenne, "c’est effarant !" Il s’en prend aussitôt à Fawaz Al Bitar, qu’il "ne considère pas comme un expert sérieux, mais comme le militant d’une cause, payé pour représenter un point de vue", et aux ministres wallons Henry et Nollet qui ont selon lui "mis en place ce bastringue". Et de rappeler que la cheffe de cabinet du ministre Nollet est l’ancienne patronne d’Edora, tout en citant les chiffres des subsides accordés à Edora concernant les emplois verts par exemple. "Subsides accordés pour des travaux qui ont été réalisés !" rétorque Fawaz Al Bitar, qui ne voit pas bien le rapport avec le débat en cours.

Carlo Di Antonio, ministre wallon des Travaux publics y revient, lui, en mentionnant que les 250 moulins actuels font déjà problème. Il ne remet pas en cause l’objectif d’énergie renouvelable, mais assure "qu’il sera très difficile d’en imposer 500 de plus car communes et citoyens se sont exprimés contre". Il vient avec une proposition alternative d’éoliennes plus petites le long des autoroutes.

Le gouvernement "responsable" de la hausse des prix de l’énergie

Jean-Luc Crucke, député wallon MR et bourgmestre de Frasnes-lez-Anvaing appelle à un moratoire. "L’électricité est plus chère en Wallonie que partout ailleurs à cause de la fuite en avant, d’une position idéologique d’un gouvernement tout en entier qui a signé une déclaration de politique régionale et qui n’est plus capable de faire marche arrière sur ce qu’il a annoncé".

Il insiste pour mettre sur la table ce que coûte l’électricité aux citoyens et aux entreprises à cause d’une "fuite en avant". Jean-Luc Crucke craint qu’une deuxième bulle semblable à celle née des spéculations photovoltaïques, se mette à grossir à l’ombre des grands moulins wallons. "La rentabilité n’est pas connue, demain si on continue ainsi, c’est 4 milliards que cela coûtera au contribuable", menace-t-il. "Un coût catastrophique pour les ménages et les entreprises, dont les coûts explosent. La faute à la façon dont le ministre de l’énergie a mal géré."

Philippe Henry s’étonne "qu’on parle de moratoire pour une filière industrielle en développement, selon Agoria". Le débat très vif s’enflamme ensuite à propos de la valse-hésitation de la carte éolienne, retirée ou non selon les points de vue, sur les 30 000 ou 3000 lettres de protestations de riverains, du temps perdu par les communes pour l’établissement de cette carte… "Préféreriez-vous que tout cela ait été secret", observe le ministre Henry ?

Pour Claude Eerdekens, l’exemple vient de France : "Là, c’est EDF, c’est-à-dire la puissance publique qui construit les éoliennes, alors que chez nous par le biais du mécanisme insensé des certificats verts, ce sont les citoyens et les entreprises qui les financent via leur facture d’énergie, deuxième feuille d’impôts, et paient les bénéfices fabuleux des promoteurs éoliens, dont l’âpreté est extraordinaire."

"Les CV représentent 1% de la facture, ce n’est pas ça qui la fait gonfler", rétorque Fawaz Al Bitar, "le système a été généreux pour les pionniers dont certains ont fait de l’or en barres et d’autres se sont crashés, mais actuellement la rentabilité n’est certainement pas à deux chiffres." Philippe Henry renchérit : "On a l’impression fausse que les augmentations des prix de l’énergie sont dues au renouvelable qui est en train de se développer. C’est en fait parce que les prix des énergies fossiles augmentent et qu’on a démarré trop tard la conversion. Il faut aussi bien se dire que nos modes de consommation vont devoir changer !"

Carlo Di Antonio rejoint Philippe Henry pour affirmer que l’éolien est le moins cher des renouvelables, mais il est contre les grands mâts de 150 m et précise la proposition alternative de petites éoliennes : tous les poteaux d’éclairage des autoroutes seraient remplacés peu à peu par des éoliennes à axe vertical supportant aussi un éclairage, autoalimenté par l’éolienne. "Il y a 60 000 poteaux qui doivent de toute façon être remplacés et en leur substituant année après année de petites éoliennes, on arrivera au même résultat que celui des 500 grandes éoliennes, certes pas pour la date de 2020 ; mais qu’importe si on le fait sur des terrains publics avec de l’emploi local." "Je soutiens cette proposition", remarque Philippe Henry "mais elle est complémentaire du grand éolien car d’abord on ne peut pas arrêter la filière et ensuite cette solution ne sera pas prête à temps."

Une éolienne ça produit combien de jours par mois ?

"6 jours" selon Vent de raison, "90% du temps" selon Edora. Guerre de chiffres et de définitions. 6 jours c’est le taux de charge, c’est-à-dire l’équivalent du nombre de jours de production si l’éolienne avait tourné à pleine puissance. 90%, c’est le temps que l’éolienne produit, à des puissances variables. Et au lieu d’expliquer cela à l’auditeur, on choisira l’échange de jargon et d’invectives, peu convaincantes d’un côté comme de l’autre. Luc Rivet ricane, condescendant, Claude Eerdekens s’inquiète pour les menaces de blackout et le congélateur des ménagères. Un blackout qui nous pend sous le nez cet hiver "parce qu’on a trop soutenu par les certificats verts les sources d’énergie intermittentes", dit-il.

Les nuisances : des "études d’incidence truquées"

D’après Fawaz Al Bitar, "il faut des normes de bruit en règle par rapport aux normes OMS, or les prescriptions wallonnes sont beaucoup plus sévères encore et les sondages, comme les mesures, montrent qu’une grande majorité des riverains trouvent le bruit acceptable." Mais pour Luc Rivet, "les études d’incidence sont truquées notamment par le cabinet CSD, ami du ministre, et inféodé à l’industrie éolienne, les parcs éoliens sont en dépassement des normes : la norme actuelle est 40 dBa et ils veulent passer à 43, ce qui représente 50% d’augmentation du bruit, et cela parce que tous les parcs sont en dépassement."

Patrick Bartholomé

 

Olivier Maroy avait invité :

Philippe Henry, ministre wallon de l'Aménagement du territoire - Ecolo

Carlo Di Antonio, ministre wallon des Travaux publics - CDH

Claude Eerdekens, député wallon PS et bourgmestre d'Andenne

Jean-Luc Crucke, député wallon MR et bourgmestre de Frasnes-lez-Anvaing

Luc Rivet, porte-parole "Vent de raison"

Fawaz Al Bitar, conseiller chez Edora (Fédération des énergies renouvelables)

 

 

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