Enseignement francophone: le Pacte d'excellence entre dans le monde réel

Le groupe central du Pacte pour un enseignement d'excellence s'est accordé jeudi, sur un vaste plan pour refonder, sur une période de 15 ans, le système éducatif francophone. Un document de 329 pages, fruit de deux ans de travail. Les représentants des professeurs, des syndicats et des associations de parents présentaient ce plan ce vendredi à 11H30. Ensuite, ils retourneront vers leur base pour en discuter le contenu.

"Il s’agit bien d’un projet d’accord qui sera présenté aux organisation. Il devra être confirmé par les organisations" a  expliqué le président du groupe de travail, Frédéric Delcor, dès avant la présentation du pacte. Globalement, le document revendique son ambition et préconise une réforme scolaire en profondeur en renforçant l'enseignement maternel qui devrait, à terme, compter sur un millier d'instituteurs supplémentaires.

Premier axe : savoir et compétences

Le pacte peut se diviser en trois axes. Le premier se décline en "Savoir et compétences". A savoir un tronc commun renforcé depuis la 3ème maternelle, jusqu’à la 3ème secondaire. Avec l’accent mis sur la maîtrise de sept domaines précis tels que la transition numérique, le parcours artistique, les langues modernes (deuxième langue dès la 3ème primaire). Cet axe prend aussi en compte le "rapport à l’évaluation" qui évolue pour remédier, au plus vite, aux difficulté de l’apprentissage.

Ce chapitre met aussi l’accent sur le renforcement de la qualité de l’enseignement maternel. En agissant, notamment sur la fréquentation régulière de l'établissement scolaire et un meilleur dialogue entre famille et école.

Deuxième axe: le gouvernement du système scolaire

Le second axe, celui de la gouvernance, doit faire évoluer les rapports entre l’administration et les écoles. Et mobiliser au mieux les enseignants au service des objectifs. "Miser sur les compétences des enseignants, c’est d’abord revoir l’organisation."

Est aussi prévu un dialogue entre les écoles. Des indicateurs permettront de voir comment les objectifs sont remplis. S’ajoutera un rôle d’accompagnement dans le chef des pouvoirs organisateurs avec des ressources nouvelles pour la mises en œuvre, et des contrats d’objectifs. Cela fait aussi place à un nouveau rôle pour l’inspection. En même temps, le groupe centre du Pacte prône le développement d’un modèle de l’éducation "basé sur les preuves"

La gouvernance concerne enfin le leadership du directeur d’école et la meilleure implication des nouveaux instituteurs dans la perspective d’une conception renouvelée du métier d’enseignant. "La réforme de la formation initiale est indispensable par rapport à ce que doit être l’enseignant de demain". D’où l’importance d’une stabilisation plus rapide des enseignants débutants. Le développement d’un enseignement collaboratif est aussi mis en avant.

Ce deuxième axe évoque encore le volume de formation continuée des enseignants. On passerait de 3 jours à 4 à 6 jours par an, et cela en dehors des moments où l’enseignant à la charge de sa classe. Des primes devront alors être prévues. Mais, de l’aveu même du président du groupe de travail, cet aspect financier doit être traité à un autre niveau de responsabilité.

La bonne gouvernance passerait aussi par une carrière moins plane (agent temporaire puis instituteur nommé) avec une catégorie d’enseignants expérimentés qui pourront accéder à de nouvelles fonctions au sein de l’école.

Le système d’évaluation des enseignants devra d’abord se faire de manière collective. "C’est d’abord l’équipe qui verra l’évaluation de la manière dont elle remplit les demandes, avec, ensuite des processus plus individuels."

La question d’une seule filière pour l’enseignement qualifiant (plutôt que deux actuellement) fait aussi partie de ce deuxième axe, avec une certification des élèves par unité d’apprentissage et non plus année par année. Au terme de la qualification, pour entrer dans l’enseignement supérieur, il faudra suivre une année de mise à niveau.  

Troisième axe : l’école inclusive

La conclusion du groupe central est que notre système scolaire actuel sépare trop les enfants selon leurs résultats, leur origine socio-économique ou leur profil. Le Pacte vise à mettre sur pied des stratégies pour lutter contre le redoublement (le réduire de 50% d’ici 2030) qui coûte 400 millions d'euros à la Fédération. En matière de décrochage, des moyens seront libérés en termes de remédiation. Dans les deux cas, le but est d’atteindre, au moins le niveau de la Flandre.

A propos des enfants à "besoins spécifiques", il est prévu de décloisonner l’école en maintenant plus d’enfants dans l’enseignement ordinaire. La solution, pour y arriver est de renforcer les mécanismes d’intégration. "L’école inclusive c’est aussi s’intéresser aux écoles qui rencontrent le plus de difficultés, en  leur octroyant plus de moyens. Ce sera le cas pour 50 établissements par an". Et ici encore, le but est de tendre vers le niveau atteint par la Flandre en matière de mixité sociale.

En enfin, le bien-être à l’école:  il faut davantage de place et d’investissement dans les infrastructures. Le bien-être passe encore par les rythmes scolaire (journée et année) et surtout la gratuité scolaire. "Le prêt scolaire devrait être gratuit en maternelle. Pour commencer" .

Dans la pratique

Le tronc commun sera rallongé d'une année, soit jusqu'en fin de 3e année du secondaire. Le choix de se préparer à des études supérieures ou de se former à un métier n’interviendra qu’à 15 ans.

Outre les cours généraux actuels, les élèves bénéficieront aussi de périodes orientées vers les compétences manuelles et technologiques.

Les épreuves certificatives du CEB (organisé en fin de primaire) et du CE1D (fin de 2e secondaire) seront remplacées par un CTC (certificat du tronc commun) en fin de 3e année.

Un nouveau calendrier

L’un des points "chauds" du futur pacte est le réaménagement du calendrier scolaire. Le principe retenu est que les vacances d'été seront (un peu) raccourcies pour permettre l'insertion d'une semaine de congés supplémentaire à la Toussaint ainsi qu'à Carnaval. Les "séquences d’apprentissage" dureront de 6 à 7 semaines.

Mais tout cela se fera lentement, très lentement. La mise en place du futur plan s’effectuera par phase. "Ce phasage a pour objectif que permettre aux enseignants de s’adapter au changement", a précisé la ministre Schyns lors de la présentation du document.

Un pacte de 300 millions d'euros 

Pour des raisons financières évidentes, les différentes réformes seront étalées dans le temps. Jusqu’en 2030. Car le coût d’un tel plan n'est pas anodin. Le chiffre d’un milliard, un moment évoqué semble excessif, mais les réformes devraient coûter entre 200 et 300 millions, avec, toutefois des effets retour.

La ministre Marie-Martine  Schyns a reconnu que les coûts pourraient être plus élevés au début de la mise en place des réformes, mais se réduiront par la suite. 

Selon le président du groupe de travail, le tableau budgétaire montre que toutes les mesures proposées sont soutenables "avec un impact total de 300 millions dont l’essentiel (250 millions) est financé par la réorientation de budgets actuels."

Ce que la base en dira…

Les différents négociateurs du Pacte vont à présent retourner vers leur base respective pour solliciter leur appui envers le compromis qui ne semble donc pas encore totalement scellé. Les conclusions finales devraient officiellement être remises au gouvernement de la Fédération dans le courant du mois de janvier.

La Fédération déjà sur la brèche

En attendant ces conclusions, des groupes techniques, rassemblant des membres des cabinets ministériels concernés, vont se réunir dès la semaine prochaine pour se pencher sur le calendrier de mise en place et de financement, a indiqué le ministre-président Rudy Demotte.

Le gouvernement entend aussi finaliser d'ici janvier les travaux sur la réforme de la formation initiale des enseignants et celle sur la formation en alternance.

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