Enseignement et développement numérique : les écoles francophones sont-elles bien outillées ?

La crise sanitaire a plus que jamais mis à l’avant-plan la nécessité pour les écoles d’intégrer la technologie dans leurs méthodes d’apprentissage. Mais comment cela se met-il concrètement en place ? Les moyens sont-ils suffisants ? Les élèves bénéficient-ils d’un équipement et d’un encadrement adéquat ? Et les professeurs, comment s’y retrouvent-ils ?
C’était le sujet de l’émission CQFD de ce mercredi, en compagnie de 2 invités : Julien Nicaise, administrateur général du réseau Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) et Thierry Geerts, directeur général de Google Belgique.

Une stratégie numérique pour l’éducation

Elle est en place depuis 2018 en Fédération Wallonie Bruxelles, et définit les objectifs poursuivis pour l’enseignement obligatoire en Fédération Wallonie Bruxelles. Cette stratégie identifie 5 axes d’action. Le premier entend définir les contenus et les ressources numériques au service des apprentissages. Le deuxième vise à accompagner et former les enseignants et les chefs d’établissement. Il s’agit ensuite de définir les modalités d’équipement des écoles. De partager, communiquer et diffuser. Et enfin, cinquième axe : développer la gouvernance numérique.

Des objectifs sans doute un peu flous, listés comme tels. Mais qui apparaissent bien nécessaires quand on analyse concrètement la situation. Le sud du pays est à la traîne. "Ces 10-15 dernières années, on n’a pas pris le train en marche", concède Julien Nicaise, de Wallonie Bruxelles Enseignement. La pandémie de Covid-19 a agi comme un accélérateur du développement numérique dans les écoles. Mais aussi comme un zoom sur certaines difficultés et inégalités.

La Fédération Wallonie Bruxelles à la traîne

Jetons un œil aux études PISA et TALIS, qui -pour faire bref – évaluent et comparent à l’international les acquis en matière d’enseignement. Attention, les derniers résultats datent de 2018. Donc d’avant la crise sanitaire. C’est important de le signaler, car la crise a évidemment accéléré le développement numérique, notamment à l’école.

En attendant, dans ces chiffres de 2018, le bulletin de la Fédération Wallonie Bruxelles n’est pas très bon. L’étude PISA révèle que le sud de la Belgique se différencie de la moyenne OCDE sur tous les indicateurs du développement du numérique. Et l’écart avec la Communauté flamande est encore plus flagrant. Le nord du pays est nettement mieux équipé que le sud. Que ce soit en nombre d’appareils, en puissance et performance de ceux-ci, ou en qualité de connexion internet.

Exemples :
-En moyenne, dans les pays de l’OCDE, 90% des élèves déclarent avoir la possibilité d’utiliser à l’école, un ordinateur connecté à Internet. Ils ne sont que 78% en FW-B.
-Avec en moyenne 43 minutes par jour d’utilisation d’Internet à l’école, la FW-B se situe largement sous la moyenne OCDE qui est de 74 minutes. C’est également moins qu’en Flandre : 67 minutes
-Encore un chiffre, provenant cette fois de l’étude TALIS : en FW-B, 19% des enseignants du premier cycle du secondaire déclarent
laisser fréquemment les élèves utiliser les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) pour des projets ou des travaux en classe. La moyenne OCDE est là, à 53%.

Des solutions ont été apportées. Comme par exemple la plateforme "Mes outils numériques" de la Fédération Wallonie Bruxelles, lancée en novembre. Elle propose de l’aide pour équiper les jeunes. A l’école et à la maison. 10 millions d’euros ont été débloqués pour l’achat de 20 000 ordinateurs. Des plateformes de création de contenu et de communication ont également été crées. Parmi elles, Happi (pour Hybridation des apprentissages interactifs), un outil gratuit développé en 3 mois et disponible depuis août 2020. Le réseau Wallonie Bruxelles Enseignement a développé sa propre plateforme, en open source. Il s’agit de WBeschool. Il existe en outre des plateformes disponibles sur le marché privé.

Et les données personnelles dans tout ça ?

L’utilisation de ces outils pose évidemment la question de la sécurité informatique et de l’utilisation des données personnelles. Et l’on parle là aussi bien des informations concernant les élèves, que de celles concernant les enseignants évidemment. Si du côté de la Fédération Wallonie Bruxelles on assure respecter le Règlement Général sur la Protection des Données (le fameux RGDP) dans les outils proposés, on met aussi en garde les écoles qui utilisent des plateformes privées derrière lesquelles se retrouvent les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Pour Thierry Geerts, le patron de Google Belgique, "Si on fait une erreur sur le RGPD, on a 4 milliards d’amende. De plus, on n’utilise pas ces données. Ce ne sont honnêtement pas des informations très intéressantes au niveau commercial. Il faut démystifier cela, car cela ralentit la digitalisation de l’enseignement francophone."

Ici se pose aussi la question de l’éducation des élèves aux outils du web. Pour cela, le budget et le temps consacré sont encore limités. Or, au-delà des données personnelles, il y a aussi – par exemple – les fake news, qui représentent de grands enjeux.
 

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté de l’émission à revoir ci-dessous :

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