Enseignement : c'est parti pour une rentrée hors du commun dans le supérieur

Une rentrée dans l'enseignement supérieur hors du commun
Une rentrée dans l'enseignement supérieur hors du commun - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Quelque 210.000 étudiants de l’enseignement supérieur reprennent aujourd’hui le chemin de leurs auditoires.

Code Jaune

Hautes écoles ou universités, cette rentrée se fera sous "le code jaune", avec une batterie de mesures sanitaires à respecter : port du masque obligatoire, désinfection des mains, sens de circulation fléchés dans les bâtiments et distanciation physique. Un maximum de cours seront donnés en présentiel. Les établissements supérieurs sont ainsi invités à réduire de 25% la présence physique de leurs étudiants dans leurs locaux. Des cours à distance devront donc être maintenus. Le présentiel est toutefois vivement préconisé dans les directives de la ministre de l’enseignement supérieur pour les étudiants de première année pour qui le passage du secondaire au supérieur nécessite bien des adaptations, ainsi que pour les étudiants qui entrent dans leur dernière année de bachelier ou de master. C’est donc une nouvelle année académique hors du commun en raison de la crise du Covid-19.

Mais l’expérience acquise lors de l’année académique précédente, chamboulée par la pandémie, devrait aussi permettre d’envisager cette rentrée particulière.


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"On aborde cette rentrée plus sereinement, explique Isabelle Gerardy, ingénieur et professeur de physique nucléaire et médicale à la Haute Ecole "ISIB" à Bruxelles, justement parce qu’on a dû faire plein d’adaptations dans les derniers mois de l’année académique précédente, on sait qu’on est capable de se réinventer, pour trouver des solutions innovantes pour permettre aux étudiants d’avancer dans leur cursus". La manière d’évaluer les étudiants lors des examens a, elle aussi, dû être adaptée, "de quoi faire évoluer les pratiques pédagogiques, assure Karin Van Loon, directrice de l’ISIB qui forme des ingénieurs industriels.

La Fef fait de la précarité étudiante une priorité

Pour Chems Mabrouck, la présidente de la Fef, la Fédération des étudiants francophones, cette rentrée et ce retour au présentiel, même s’il reste partiel, est une bonne chose, surtout quand on sait que 60% des étudiants étaient insatisfaits des cours à distance. "J’espère toutefois que les directions ont suffisamment anticipé, les établissements doivent être prêts à passer à un code couleur plus foncé et des mesures sanitaires plus strictes si nécessaire". Autre préoccupation de la Fef : les inégalités que la pandémie a creusées parmi les étudiants. " Notre grande priorité, cette rentrée, c’est la précarité étudiante", explique Chems Mabrouck. "Un étudiant ne devrait pas travailler pour pouvoir étudier, l’enseignement doit être un droit". Il faut renforcer les aides au logement, des choses doivent aussi être faites pour l’aide aux transports, et puis diminuer les coûts directs, comme les coûts d’inscription."


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Les grands chantiers à venir

Il n’y aura pas d’autres bouleversements que ceux imposés par la crise sanitaire pour cette nouvelle année académique. Les grandes réformes envisagées par le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles sont sur le métier pour les semaines et mois à venir.

Le décret paysage

La ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR) a ainsi annoncé qu’elle déposera début octobre sur la table du gouvernement un projet de réforme du "décret paysage", un décret important puisqu’il a remodelé fondamentalement, il y a 5 ans, le paysage et le fonctionnement des études supérieures.

Mais ce décret paysage a aussi engendré des effets pervers, comme l’allongement des parcours des étudiants, une plus grande précarisation de ceux-ci et il a aussi considérablement augmenté la charge administrative pour les établissements d’enseignement supérieur. Jusqu’ici, la ministre a juste fait savoir que les étudiants de première année seront à l’avenir invités à réussir plus que les 45 crédits actuels (sur 60) pour être autorisés à suivre des cours de deuxième année.

Pour la Fédération des étudiants francophones, revoir le nombre de crédits nécessaires ne suffira pas. Il faut s’attaquer aussi, explique Chems Mabrouck, au taux d’échec et à ses causes : les inégalités sociales "et on sait que quand un étudiant est obligé de travailler en même temps, il a moins de chance de réussir". Rendre l’étudiant seul responsable n’est pas correct. "Il faut financer massivement l’aide à la réussite, la repenser. Il faut rendre le parcours de l’étudiant plus lisible, il faut des socles pédagogiques qui soient clairs. Cela va aussi permettre de lutter contre cet allongement des études".

La formation initiale des enseignants

C’est l’autre grand chantier sur la table du gouvernement. La réforme aurait dû entrer en vigueur dès cette rentrée, mais le gouvernement l’a retardée d’un an, afin d’en évaluer notamment l’impact budgétaire. Cette réforme est une des pierres angulaires du Pacte pour un enseignement d’excellence. Cette réforme doit faire passer de 3 à 4 ans la formation des enseignants, mais également leur assurer une revalorisation du métier, y compris barémique. Mais dans la version actuelle, revue et corrigée, le projet s’est attiré les foudres des organisations syndicales. Et notamment (ce n’est évidemment pas le seul point dans ce dossier très technique) parce qu’il prévoit de reporter en 4e année l’essentiel des stages. Pour les syndicats, "l’allongement de la formation initiale des enseignants ne peut se réduire à l’ajout d’une année de pratique. Une réelle articulation entre théorie et pratique doit se faire dès la première année et tout au long de la formation. Et puis, soulignent les organisations syndicales, les écoles risquent d’être demandeuses de ces stagiaires de 4e année pour faire face à la pénurie, au risque de dévoyer les stages. Il serait inacceptable que, pour des raisons de pénurie, on remplace les enseignants manquants par des étudiants en cours de formation", comme ils l’indiquaient récemment dans un communiqué commun.

Chems Mabrouck s’inquiète aussi. "Il ne faut pas, dit la présidente de la Fef, que les stagiaires servent à combler la pénurie d’enseignants qui existe aujourd’hui en Fédération Wallonie Bruxelles. Cela fait un an que la Fef demande à la ministre un décret qui encadre ces stages. "Il faut mettre des balises sur l’encadrement d’un étudiant pendant cette période de stage, sur les conventions, sur les coûts mais aussi sur la question du harcèlement, un étudiant sur 3 est victime de harcèlement sur son lieu de stage. Aujourd’hui on ne peut pas dire aux étudiants, vous allez avoir plus de stages, mais ne pas les protéger".

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