Enquête PISA 2019 : 4 questions à la spécialiste belge pour mieux comprendre les résultats

Dominique Lafontaine, professeure en éducation de l'Université de Lièges, analyse les résultats de l'enquête PISA
Dominique Lafontaine, professeure en éducation de l'Université de Lièges, analyse les résultats de l'enquête PISA - © RTBF

Dominique Lafontaine est professeure en sciences de l’éducation à l’Université de Liège. Elle fait partie de l’équipe de recherche chargée de la mise en œuvre et de l’analyse des résultats des enquêtes PISA pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle analyse pour nous quelques aspects de la dernière livraison de l’enquête PISA et des performances des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les élevés francophones sont-ils si mauvais que cela en lecture ?

Il y a eu une amélioration en 2009 et 2012 qui ne s’est malheureusement pas confirmée en 2015 et 2018, puisqu’on a plutôt régressé par rapport cette situation mais sans toutefois revenir à la situation la plus négative des années 2000. On reste tout de même en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE. Du moins si on prend les résultats dans leur globalité. Car sur les tâches d’évaluation de la lecture qui s’intéressent plus spécifiquement aux compétences de lecture digitale, nos élevés sont comparativement meilleurs. Et dans ce cas, les résultats sont similaires à la moyenne des pays de l’OCDE. Donc sur ce qui est le plus moderne dans PISA, nos élèves ont plutôt de meilleurs résultats que sur des tâches d’évaluation plus traditionnelles.

Est-ce que les jeunes n’ont plus le goût de la lecture ?

Le tableau est nuancé si on regarde les informations par rapport à l’intérêt ou au type de lecture. On voit que les pratiques traditionnelles sur supports papier ont tendance à diminuer. Ce n’est pas qu’en Communauté française, c’est une tendance lourde qu’on observe partout. Les pratiques changent. On voit que les jeunes ont tendance à lire l’actualité en se tournant essentiellement vers les supports numériques mais ils n’ont pas l’idée que lire sur supports numériques, c’est aussi lire. Donc quand on leur demande s’ils lisent beaucoup, ils oublient d’intégrer dans leur temps de lecture la lecture sur supports numériques. Donc il y a un recul des pratiques de lecture traditionnelles sur papier mais qui concerne essentiellement la lecture d’informations sur des journaux ou magazines papier. Les jeunes lisent l’information essentiellement sur des supports numériques.

Par rapport à la lecture de livres, il y a une petite diminution de la lecture de livres mais ce n’est pas une diminution radicale qui permet de soutenir des affirmations du style "les jeunes d’aujourd’hui ne lisent plus de livres". Cette évolution-là est beaucoup plus lente que pour la lecture d’informations.

Est-ce que les élèves flamands sont toujours loin devant les Francophones ?

Ils restent devant dans le classement mais les différences de performances se sont réduites avec le temps. Dans le domaine de la lecture, la différence entre la Communauté flamande et la Communauté française n’est plus que 15 points. Sur une échelle comme PISA, ce n’est pas grand-chose. Dans l’enquête de 2012, la Communauté française a eu des résultats quasi identiques à ceux de la Flandre aujourd’hui. Les différences sont donc nettement moins importantes. Malheureusement, ce n’est pas parce que la communauté française progresse. C’est surtout parce que la Flandre régresse.

Pourquoi le Pacte pour un enseignement d'excellence ne semble pas avoir d'effet sur les résultats de l'enquête? 

Les résultats de cette enquête PISA s’inscrivent dans des tendances déjà observées par le passé. On ne peut voir aucun effet du Pacte dans les résultats de l’enquête et je pense qu’il faudra attendre relativement longtemps pour avoir un effet des mesures ciblées dans le Pacte sur les résultats PISA. Le calendrier prévu pour le Pacte pour un enseignement d’excellence prévoit une mise en œuvre progressive et échelonnée des mesures (ndlr: pendant au moins 15 ans). Ce n’est donc pas une surprise puisque rien n’a vraiment changé (ndlr : dans le système scolaire) entre 2015 et 2018. Tous les changements programmés dans un calendrier bien précis par le Pacte n’ont pas commencé ou n’ont pas pu produire leurs effets. Le fait que les responsables du système éducatif ont quelque part mis sur pause, pour dans le cadre des travaux du Pacte, prendre le temps de poser un diagnostic approfondi et penser dans la cohérence et le long terme les actions qui devaient être prises a pour résultat que finalement le système a peu bougé entre 2015 et 2018. Si rien ne change de très marquant dans le système éducatif, il n’y a pas d’évolution dans les résultats. C’est un processus logique. En 2021, pour la prochaine enquête PISA, je ne pense pas qu’on verra non plus des évolutions qui seraient dues à des mesures spécifiques du Pacte.

 

Journal télévisé 13H

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