Nucléaire: les Verts jugent illégales les pratiques comptables d'Engie

Les écologistes pointent du doigt les prévisions d'Engie dans le secteur nucléaire, à deux jours de la publication des résultats 2015 de la maison-mère d'Electrabel. Dans son document de référence 2014, accompagnant l'an passé les chiffres annuels, le groupe tient compte d'une prolongation de l'énergie atomique en Belgique au-delà de 2025. Pour écolo, Engie serait ainsi dans l'illégalité

La loi de sortie du nucléaire de 2003 prévoit l'arrêt de cette production d'énergie en 2025 et établit un calendrier d'arrêt des centrales. Celui-ci a été revu sous la législature précédente, avec la prolongation de Tihange 1, et sous cette législature, avec la prolongation de Doel 1 et 2. L'échéance de 2025 n'a toutefois pas été modifiée et, à entendre certains partis de la majorité, elle ne le sera pas.

Dans un passage du "document de référence 2014", Engie envisageait un scénario bien différent. "Le groupe considère, tout comme en 2013, qu'une production d'origine nucléaire demeurera nécessaire pour assurer l'équilibre énergétique de la Belgique au-delà de l'horizon 2025. Le calcul de la valeur d'utilité tient donc compte d'une hypothèse de prolongation de 20 ans de la durée d'exploitation des réacteurs de la seconde génération", est-il écrit.

Engie évaluait l'an passé, avant la prolongation de Doel 1 et 2, le risque de dépréciation lié au scénario d'arrêt en 2025 à 4,4 milliards d'euros et à 1 milliard d'euros en cas de prolongation de 10 ans de la durée de vie des réacteurs de la seconde génération (Tihange 2 et 3 et Doel 3 et 4) suivie de la disparition de la composante nucléaire.

Maquillage des comptes?

Ecolo voit dans cette façon de faire une surévaluation injuste vis-à-vis des actionnaires, une valorisation qui ne tient pas compte de la loi et un manque de respect de l'Etat belge qui a établi un agenda de sortie du nucléaire. Pour Jean-Marc Nollet, la manière dont Engie établit ses comptes est tout simplement illégale: " Engie ne respecte pas la loi. La loi, aujourd’hui, est très claire. Elle a encore été confirmée il y a quelques mois. Les centrales nucléaires de Doel 3, Doel 4, Tihange 2 et Tihange 3 fonctionnent pendant 40 ans, 40 ans point barre. C’est ce que dit la loi. Mais dans ses comptes, dans son bilan, Engie valorise ses centrales les plus récentes à hauteur d’un fonctionnement de 60 ans. C’est-à-dire qu’ils dégagent avec ça une valeur supérieure de 4 milliards et demi à la valeur réelle si on devait respecter la loi. C’est en ce sens, oui, que nous accusons Engie de maquiller ses comptes pour mieux dissimuler le désastre financier qu’est le nucléaire aujourd’hui".

Simples hypothèses?

Les responsables d'Engie nient toute manipulation des comptes. Ils parlent d'hypothèses établies à fin 2014. Pour les fiscalistes interrogés par la rédaction de la RTBF, il ne faut pas confondre l'amortissement, donc le droit comptable, et la possibilité pour une entreprise de valoriser des actifs à partir d'une hypothèse. Dans ce cas, estimer que certaines centrales seront encore nécessaire après 2025 ne serait contraire ni au droit comptable, ni à la loi qui prévoit l'arrêt de ces centrales.

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