Engie affiche un déficit d'1,5 milliard et plonge la Belgique dans l'incertitude de son approvisionnement en électricité d'ici 2025

Engie affiche un déficit d'1,5 milliard et la Belgique plonge dans l'incertitude de son approvisionnement en électricité d'ici 2025
Engie affiche un déficit d'1,5 milliard et la Belgique plonge dans l'incertitude de son approvisionnement en électricité d'ici 2025 - © JONAS D'HOLLANDER - BELGA

Le géant énergétique français Engie a annoncé avoir plongé dans le rouge en 2020, sous le coup d’une dépréciation de 2,9 milliards d’euros sur ses actifs nucléaires en Belgique. La perte nette du groupe a atteint 1,5 milliard en 2020, contre un bénéfice de 1 milliard en 2019.

Pour l’économiste de l’ULB, Eric de Keuleneer, le groupe énergétique n’avait pas vraiment le choix : " Les règles comptables les obligent à évaluer, à leur juste valeur, leurs actifs et leurs plus-values enregistrées par le passé en Belgique et ils ne peuvent plus beaucoup justifier ces valeurs étant donné l’échéance d’exploitation des centrales nucléaires belges aujourd’hui fixée à 2025. "

 

Engie affiche noir sur blanc son retrait du nucléaire en Belgique

 

La nouvelle n’est pas une surprise. Elle confirme l’annonce faite au personnel en novembre dernier d’arrêter la filière nucléaire en Belgique, information qui avait rapidement fuité, à l’époque, dans la presse. Pour Patrick Hendrick, professeur en aéro-thermomécanique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), le message est encore plus clair qu’en novembre : " Ici, il s’agit d’un bilan annuel écrit noir sur blanc."

Damien Ernst, professeur en électromécanique à l’ULiège résume ainsi la situation :" Ils tournent la page du nucléaire. Ça va être difficile, au sein du groupe, d’imaginer une prolongation du nucléaire. Le dialogue avec la ministre fédérale de l’Energie est très difficile sur ce point. Le retour en arrière sera difficile. "

Et pourtant Patrick Hendrick en est persuadé, si la Belgique décide de prolonger finalement son nucléaire au-delà de 2025, Engie pourra toujours aller dans ce sens. Mais il ajoute : " Engie nous signifie ce que le gouvernement aura à mettre sur la table pour le faire. Je crois que le message est commercialement relativement clair. On ne peut pas leur reprocher de le faire car ils doivent maintenir des équipes au travail. "

 

Un projet de centrales au gaz au point mort

 

Le message du groupe Engie tombe à un moment particulièrement délicat. Depuis un an c’est-à-dire à peu près depuis le début de la crise du Covid-19, aucune décision ne se prend au niveau énergie en Belgique. Le dossier CRM est toujours au point mort. Ce mécanisme de rémunération de capacité (CRM) doit garantir la sécurité d’approvisionnement électrique de la Belgique, à l’avenir. Il permettra aux producteurs d’être rémunérés pour la mise à disposition d’une certaine capacité énergétique et donc, les rémunérer, en l'occurrence, pour construire de nouvelles centrales aux gaz.

Damien Ernst n’est pas très optimiste sur la date de construction de ces centrales au gaz : " La Belgique n’a toujours pas reçu le feu vert de la Commission européenne pour mettre en place ce mécanisme CRM de soutien. Le dossier est toujours dans les limbes. La crise du Covid-19 n’arrange rien. Elle retarde les commandes de la plupart des entreprises. Elle crée un retard de production de ces centrales. Après le feu vert de l’Europe, il y aura aussi un problème de permis avec les riverains à régler. Enfin, le prix de ces centrales va certainement être plus élevé que celui de 280 millions avancé par la ministre de l’énergie. Une étude de la CREG, (le régulateur fédéral des prix de l’énergie) fustige, d’ailleurs, le prix annoncé ".

 

Sans nucléaire mais aussi sans alternative

Patrick Hendrick estime que la situation est extrêmement risquée : "Nous n’avons actuellement aucune alternative au nucléaire. Le dossier CRM est au point mort. Et en quatre ans, nous ne pouvons pas passer d’une production d’énergie renouvelable en Belgique qui va passer de 15%-20% à 40%-50%, c’est impossible !

 

Selon cet expert, l’importation est une solution mais elle nous rend dépendants de ce que font les voisins et si elle nous aide à résoudre les pics de consommation, elle ne permet pas de compenser les 55% d’énergie provenant actuellement du nucléaire. Patrick Hendrick lance l’alerte : " Nous sommes en mars 2021, ça devient urgent de prendre des décisions. "

Le spectre d’une hausse du prix de l’électricité et le risque de black-out à nouveau d’actualité.

Il compare aussi notre situation avec celle de la France : " Les Français ont fait une analyse claire et précise et un plan d’investissement important pour prolonger 32 centrales. Ici, on laisse traîner les choses. Or, le problème est urgent. Plus tôt sera prise une décision, plus tôt une solution sera trouvée, moins cher cela coûtera aux consommateurs belges. "

 

Ces experts ont aussi constaté, récemment, une augmentation du prix du gaz. Par ailleurs, notre marché était jusqu’à présent bien approvisionné par l’importation de gaz américain. Il s’agit de la production du gaz de schiste auquel Joe Biden, le nouveau président américain, est farouchement opposé. Si cette production ralentit, à l’avenir, le marché de l’offre de gaz va se rétrécir. Selon Damien Ernst, le prix du gaz est reparti structurellement à la hausse. Or, le prix de l’électricité est calculé sur le prix du gaz. Il conclut : " nous pouvons nous attendre à une hausse de 30% du prix de l’électricité sur les marchés de gros.

Autre crainte de ces experts, et elle n’est pas mineure, un problème d’approvisionnement en électricité en Belgique qui fait resurgir le spectre d’un black-out.

 

 

 

 

Engie lâche le nucléaire belge: JT 18/11/2020

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