"En Belgique, l'aide au développement fait partie des variables d'ajustement budgétaire"

L'OCDE, l'Organisation de Coopération et de Développement Economique, a publié son rapport sur l'aide au développement. Globalement, l'aide au développement atteint un peu plus de 146 milliards l'année passée. Cette aide stagne : on est loin de l'objectif international de 0,7% du Revenu National Brut. L'aide consacrée par la Belgique stagne : notre pays consacre 0,45% du RNB contre 0,49% l'année précédente. Interrogé sur La Première, le secrétaire général du Centre national de coopération au développement CNCD-11.11.11, Arnaud Zacharie, estime que "c'est trop peu. D'abord c'est une baisse quand même significative, moins de 8% de baisse d'une année à l'autre, en 2016 et 2017. La tendance est clairement à la baisse, si on regarde depuis 2010. En 2010, la Belgique avait quasiment atteint le fameux objectif de 0,7% du RNB, qui est l'objectif international, on était à 0,64. Depuis lors, il y a eu des coupes successives d'année en année, qui s'accélèrent d'ailleurs au fur et à mesure du temps. On a compté que ça faisait 30% de baisse depuis 2010 de manière cumulée".

"En Belgique, l'aide publique au développement fait partie des principales variables d'ajustement budgétaire", regrette-t-il. "Déjà en début de législature, il y avait un plan de coupe prévu et augmentant de manière exponentielle jusqu'en 2019. Mais lors des contrôles budgétaires, il y a eu des coupes additionnelles, et donc finalement la plus importante a eu lieu entre 2016 et 2017, donc 8% au total. Mais à l'intérieur de cette enveloppe de l'aide publique au développement, la part qui allait aux ONG était tout particulièrement touchée".

"Artifice comptable"

Pour le CNCD-11.11.11, la première bénéficiaire de son aide au développement, c'est la Belgique elle-même: "Il faut savoir que dans les comptabilisations de l'aide, il y a des critères qui sont définis par l'OCDE, justement, et les pays donateurs, de manière un peu bizarre, peuvent comptabiliser en aide au développement les frais de prise en charge des demandeurs d'asile durant leur première année dans les pays d'accueil, en l'occurrence en Belgique. Il y a une légère baisse entre 2016 et 2017 de cette part des frais d'accueil prise en compte par l'aide publique au développement belge. Mais ça continue de représenter près de 15% de l'aide belge en 2017. Evidemment, ce sont des financements qui sont absolument nécessaires, mais qui ne sont pas des moyens financiers qui sont disponibles pour financer des programmes de développement dans les pays partenaires. C'est un peu un artifice comptable qui permet de valoriser ça en aide publique au développement. Donc non seulement l'aide belge est en baisse de 8%, mais en plus, la Belgique fait partie des 9 pays dont les frais d'accueil des demandeurs d'asile représentent plus de 10% de l'aide totale, donc un peu plus de 14% au niveau belge. C'est ce qu'on appelle nous, dans les ONG, l'aide fantôme. Il y a l'aide réelle, celle qui est là disponible en cash pour financer les programmes et les projets de développement dans les pays partenaires, et puis il y a tous ces artifices comptables qui permettent de valoriser de l'aide au développement qui en fait n'arrive pas dans les pays en question. Donc, non seulement la Belgique fait partie des mauvais élèves en baisse dans l'aide en général, mais en plus elle fait partie aussi des mauvais élèves qui comptabilisent une part significative d'aide fantôme dans son aide totale".

Seuls cinq Etats membres de l'Union européenne atteignent, voire dépassent l'objectif de 0,7%. Ce sont les pays scandinaves, le Danemark, la Suède, la Norvège, le Royaume-Uni et le Luxembourg. "L'Allemagne et les Pays-Bas sont quasiment à 0,7%, cela veut dire que les meilleurs élèves de la classe, c'est un peu l'Europe du Nord-Ouest. Maintenant, ce qu'il faut pointer comme positif dans l'aide belge au développement, c'est le fait qu'elle est, en tous cas pour près de moitié, destinée aux pays les plus pauvres" dit-il aussi.

Pour Arnaud Zacharie, "l'aide au développement ne sera pas suffisante à elle seule pour financer les objectifs de développement durable, il y a toute une série d'autres sources de financement du développement. Maintenant la moindre des choses, c'est de mobiliser ce fameux 0,7% parce que 0,7% de nos richesses, ce n’est finalement pas grand-chose. À l'échelle mondiale, on est à 0,31, donc on n'est même pas à la moitié, et même au niveau de l'Union européenne, là on est sous la barre des 0,5. La solidarité internationale, c'est aussi participer à la stabilisation de notre voisinage, donc c'est dans notre intérêt également" conclut-il.

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