En 2010, Bart De Wever dézinguait une mission royale et provoquait sa fin brutale

"C’est avant tout la conséquence de la démarche brutale du président du PS Paul Magnette. Son "J’en ai marre", c’était du jamais vu pour nous et je pense pour le Roi aussi. […] Avant que Koen Geens aille voir le Roi, Paul Magnette a fait sa sortie. Une sortie médiatisée, brutale pour nous. C’est vraiment du jamais vu."

Cieltje Van Achter, la vice-présidente de la N-VA, n’avait pas de mots assez durs pour qualifier les sorties médiatiques de la semaine dernière du patron du PS, qui ont précipité la fin de mission de Koen Geens. Quelques jours plus tard, la présidente du Sénat Sabine Laruelle (MR) et le président de la Chambre Patrick Dewael (Open Vld) ont été mis en selle par le roi Philippe. Qu’un président de parti siffle la fin d’une mission royale, ce n’est certes pas commun. Mais avant Paul Magnette, un certain Bart De Wever avait fait de même, en 2010.

Contexte

13 juin 2010, la N-VA et le PS sont premiers partis respectivement au nord et au sud du pays. Bart De Wever est nommé informateur le 17 juin, Elio Di Rupo devient préformateur le 8 juillet. 7 partis sont autour de la table : le PS, la N-VA, le CD & V, le cdH, sp.a, Ecolo et Groen !. De quoi, sur le papier, réaliser une réforme de l’Etat. Après moult péripéties (souvenez-vous du déjeuner au restaurant étoilé Bruneau), Elio Di Rupo jette l’éponge. Albert II nomme Danny Pieters (N-VA) et André Flahaut (PS), respectivement président du Sénat et président de la Chambre.

Nous sommes le 4 octobre 2010, et les "médiateurs royaux" (c’est leur titre officiel) sont au travail depuis un mois. Les deux hommes sont censés mettre la mise sur pied d’un gouvernement avec les deux vainqueurs du scrutin du 13 juin : la N-VA au nord, le PS au sud. Les discussions ne sont guère productives, jusqu’au 4 octobre où Bart De Wever organise une conférence de presse. Tous les médias sont là, et comme Paul Magnette et son "J’en ai marre" en Une du Standaard, Bart De Wever prend bien soin de s’exprimer dans la langue de l’autre communauté pour que son message passe.

"Patauger", "jeu enfantin", "compteurs à zéro"

"Nous devons oser effacer le tableau, mettre les compteurs à zéro, essayer de démarrer une nouvelle histoire. […] Je suis disponible si on estime que c’est souhaitable. […] Nous faisons marche arrière. Cette histoire est au bout, reconnaissons-le. Arrêtons de patauger. Il n’y a pas de temps à perdre. Et si on veut me faire porter le chapeau, tant pis. Moi, je refuse de participer à ce jeu enfantin."

À peu de chose près, les propos de Bart De Wever ne sont guère différents, en 2010, de ceux de Paul Magnette, en 2020, lors de cette Saint-Valentin dont se souviendra longtemps Koen Geens…

Dans la foulée, le lendemain, Danny Pieters et André Flahaut sont déchargés de leur mission. Danny Pieters est très clair sur les raisons de cette fin abrupte de cette mission royale : "Nous avons pu vérifier hier que la situation est actuellement bloquée. Et qu’à la suite de notre médiation, il n’a pas été possible de trouver une solution." Comme pour le PS en 2020, la N-VA débranche la prise d'une mission royale en passant par les médias...

Les réactions ont fusé après cette démission. Et parmi celles-ci, un certain Paul Magnette (voir le sujet JT ci-dessous) qui déclare : "Bart De Wever fait exploser la négociation sur de purs prétextes et même sur des mensonges." Notons également que pour le président du CD & V de l’époque, Wouter Beke, un gouvernement sans la N-VA était "exclu" : "le signal électoral a été très clair. Les francophones veulent le PS au gouvernement, les Flamands ont donné un mandat à N-VA pour former un gouvernement."

Quelques jours plus tard, Bart De Wever est nommé "clarificateur" pour une très courte mission, qui échouera. Il faudra attendre le retour des libéraux d’abord et la décision du CD & V, en juillet 2011, d’accepter de monter dans un gouvernement sans la N-VA pour que la situation change, qu’un accord institutionnel sur BHV soit réalisé et qu’un gouvernement soit formé, après 541 jours de crise politique. En 2020, bis repetita placent ?

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