Emmanuel André : "J'ai voulu me consacrer à un rôle plus actif, aussi pour répondre à un système trop lent"

Emmanuel André est passé en quelques semaines de scientifique qui travaillait dans son laboratoire de la KULeuven à "Monsieur Covid-19". Le visage des bonnes et des mauvaises nouvelles, c’était lui. A partir de la mi-mars, il devient, en effet, le porte-parole du centre interfédéral de lutte contre le coronavirus. Jour après jour, inlassablement, il donne les chiffres, explique la situation, répond aux questions. Et il traverse aussi les polémiques liées aux masques ou à la pénurie des tests.

Finalement, au bout de quelques semaines, il quitte son poste au sein du centre interfédéral de crise. Il va désormais s’attaquer à un autre dossier : le contact tracing.

Faible capacité de test

Pouvoir tester massivement et "élargir les critères pour pouvoir tester" un maximum de personnes, dès le départ c’est le combat d’Emmanuel André. Il est vrai qu’entre la pénurie du réactif pour effectuer les tests, et le fait que nous ne testions au départ que très peu, la polémique a enflé en Belgique.


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"Ce que je souhaite depuis le début de cette épidémie c’est que l’on puisse tester plus de personnes, pour être sûr de ne rater personnes : que ce soit les symptomatiques, les asymptomatiques, les personnes à risques et y compris l’entourage des personnes malades", insiste Emmanuel André.

Quant au tracing, "oui, dès le début on a vu que nous avions trop peu d’effectifs", ajoute-t-il.

Alors, le virologue décide de rentrer dans l’opérationnel. Agir. C’est pour cela qu’il prend en charge la mise en place du tracing dans la population, "pour que l’on se donne les moyens de mobiliser les ressources nécessaires pour faire ce travail qui est indispensable", argue le scientifique.

A-t-on loupé le coche ?

Pour le virologue, on aurait pu se préparer et bien avant. Oui, même avant les vacances de carnaval. Tant au niveau du testing que du tracing.

"Quand les premières personnes revenaient de Wuhan, de Chine […] la question s’était déjà posée de savoir qui on testait, les symptomatiques, les asymptomatiques… Et à ce moment-là on poussait vraiment pour pouvoir tester tout le monde", recontextualise Emmanuel André. Et d’ajouter, "d’ailleurs, le premier patient était asymptomatique".

Pour Emmanuel André, connaître dans la population quelles sont les personnes asymptomatiques aurait pu faire une vraie différence car elles allaient jouer un rôle important dans la propagation du virus.

Avec ce coche qu’il semble que l’on est loupé avec les personnes revenant de Wuhan, il semble d’autant plus incompréhensible que l’on n’ait pas testé massivement les personnes qui revenaient d’Italie au lendemain des vacances de carnaval.

Le tracing, ne pas commettre la même erreur

Alors voilà, désormais le pic est passé. Les chiffres continuent chaque jour de diminuer. On respire. On déconfine.

Enfin, pas Emmanuel André. Son nouveau cheval de bataille c’est le contact tracing, qui pour lui est la clé d’un déconfinement réussi. Et c’est aussi pour éviter de répéter les mêmes erreurs qu’il a quitté son poste au sein du centre de crise interfédéral de lutte contre le coronavirus.

"Quand j’ai voulu plus me consacrer à un rôle actif, de mise en place d’un système comme je l’ai fait ces derniers mois c’était aussi pour répondre à un système qui est trop lent à opérationnaliser des choses qui étaient nécessaires".

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