Les tweets engagés d'Emmanuel André ou lorsqu'un scientifique de haut vol affiche publiquement ses opinions

Emmanuel André et ses tweets engagés: petite revue.
Emmanuel André et ses tweets engagés: petite revue. - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Emmanuel André et ses sorties à caractère politique sur Twitter, cela n’est pas récent. Quelques jours après avoir soutenu les manifestants bruxellois de "Black Lives Matter", l’ancien visage de la lutte contre le coronavirus avant de prendre en charge le traçage, s’est une nouvelle fois fait remarquer sur le réseau social. Jeudi, le chercheur de l’Université de Louvain a répondu à la ministre de la Santé Maggie De Block. En cause : un rapport de l’OCDE sur la gestion de la crise sanitaire et la place peu envieuse attribuée de la Belgique. Sa gestion est qualifiée de "mauvaise".

Pour Maggie De Block (Open vld), "les chiffres ne disent pas tout", a-t-elle écrit sur le réseau social. Ce à quoi Emmanuel André a rétorqué, en néerlandais : "Les chiffres ne disent pas tout, mais ils disent tout de même quelque chose. Nous ne pouvons pas tout nier si nous voulons tirer des leçons de nos erreurs." Une manière de recadrer la ministre, épinglée à plusieurs reprises depuis le début de l’épidémie. Son tweet est liké plus de 600 fois et retweeté plus de 160 fois.

On l’a dit : ce n’est pas la première prise de position publique hors coronavirus du spécialiste en maladies infectieuses. Le dimanche 7 juin, quelques heures après la manifestation bruxelloise contre le racisme et les violences policières – qui se terminera en scènes de pillages – Emmanuel André vole au secours des participants et des autorités ayant toléré le rassemblement sur la place Poelaert, en plein déconfinement.

"Si le n’existait pas", tweete-t-il, "10.000 personnes n’auraient pas du rappeler à que nous sommes tous égaux. A ces personnes, je demande de respecter strictement les gestes barrières pendant 15 jours et de continuer leur combat toute leur vie." Rien ne l’oblige à s’exprimer sur la question, le débat est déjà assez vif entre politiques. Mais les propos de ce désormais acteur de la société civile, qui semble vouloir apporter un peu de hauteur, sont salués. Preuve : plus de 3000 likes et 1000 retweets.

Emmanuel André a-t-il toujours été prompt à commenter l’actualité, avant que son visage ne s’invite régulièrement à la télévision pour parler Covid-19 ? Petit tour de son fil. Ouverture du compte le 5 octobre 2018. Le premier tweet porte sur la situation en République démocratique du Congo et s’adresse à Denis Mukwege qui reçoit ce jour-là le prix Nobel de la Paix. Emmanuel André écrit : "Les habitants du Sud-Kivu en RDC ont subi 20 années de guerre. Maintenant, ils méritent la paix. Félicitations à Denis Mukwege."

Emmanuel André connaît bien le virus Ebola et sa propagation dans la région à la même période. A l’époque, c’est un thème qui revient souvent dans ses tweets.

Emmanuel André partage et commente des articles et des événements en lien avec sa discipline. Mais il dévie parfois pour expliquer que les problèmes sanitaires peuvent être provoqués par des problèmes sociaux. Le 18 décembre 2018, il gazouille, en relayant une étude publiée dans le magazine scientifique The Lancet : "Dans les pays riches, les pauvres sont infectés par les pathogènes les plus graves. Combattre la pauvreté est donc bon pour votre santé."

Le 13 avril 2019, nouvelle prise de position engagée pour le virologue. Il écrit : "Il ne devrait plus être acceptable d’avoir deux normes de soins : une pour les patients en situation de ressources limitées et une autre pour ceux des pays où les ressources sont plus facilement disponibles." Il relaie ce jour-là le contenu d’une étude scientifique sur le virus Ebola en RDC.

Le 26 avril 2019, l’homme à la barbe, aux propos mesurés, cite Donald Trump. Il se déclare d’accord "pour la première fois" avec le président américain qui invite ses concitoyens à se faire vacciner de la rougeole. Il ponctue son tweet d’un hashtag #vaccineswork (les vaccins fonctionnent). Une réponse au courant anti-vaccination qui gagne de plus en plus d’adhérents.

Le 6 mai 2019, Emmanuel André prend cette fois position pour les migrants et sort de sa réserve de scientifique, à la manière de son confrère Marc Van Ranst, cible du Belang. Il parle d’un débat "révulsant" en cours à Bruxelles. "L’extrême-droite répand la crainte que les migrants répandent des maladies infectieuses. Les migrants ne sont pas plus prompts à développer des maladies, ni à les répandre. Mais des problèmes peuvent survenir en raison des faibles conditions sanitaires et sociales que nous leur imposons."

Le 24 juillet 2019, il reprend un article de Libération, qui parle de l’arrivée de Boris Johnson à la tête du gouvernement britannique. "Voir cet enfant gâté, qui ment comme un enfant, à l’idéologie aussi molle qu’un caramel par temps de canicule, aux portes du pouvoir, donne le sentiment aux partenaires de Londres d’assister au déclin de l’empire britannique", cite le spécialiste.

Fin 2019, Emmanuel André aborde les questions environnementales. Le 4 décembre, il écrit : "Partout dans le monde, les plus pauvres souffrent du mauvais air." Quelques jours plus tard, il retweete un spécialiste qui reprend la Une du Time consacré à Greta Thunberg, personnalité de l’année et icône de la jeunesse pour la sauvegarde de la planète.

Début 2020, le coronavirus a déjà quitté la Chine pour arriver en Europe. Les tweets d’Emmanuel André sont presqu’exclusivement consacré à cette nouvelle maladie. Le 23 janvier, il critique le confinement strict chinois. "Intégrer les personnes au travers d’une communication plus douce et des recommandations plus accessibles aurait un meilleur impact", observe-t-il. Mais c’était avant la mi-mars et le confinement total (ou presque) de la Belgique, confrontée elle aussi à la pandémie de coronavirus.

Au fil des jours et des semaines, la notoriété d’Emmanuel André va croître, avec sa nomination au poste de porte-parole interfédéral pour la lutte contre le coronavirus. Ses prises de position sont davantage suivies et ses tweets partagés à l’image de celui du 31 mai dernier dans lequel Emmanuel André s’exprime pour la première fois sur le mouvement Black lives matter. "Mes frères Africains et mes amis qui avez des racines en Afrique, je suis en colère lorsque vous avez à endurer ici et ailleurs des souffrances et de la stigmatisation."

Ou encore celui de ce mercredi 17 juin, lorsqu’il marque sa solidarité avec les femmes victimes de racisme et/ou sexisme sur les réseaux sociaux. Résultat : 805 likes.

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