Emir Kir a été exclu du Parti socialiste

Emir Kir ...
Emir Kir ... - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La décision de la commission de vigilance du PS bruxellois est tombée dans la nuit de vendredi à samedi, sur les coups d'1h15 du matin : "La Commission juge qu’il y a eu rupture du cordon sanitaire et qu’il y a eu un manquement de vigilance aux conséquences graves, de la part de ce mandataire expérimenté[Emir Kir], dans la connaissance et dans l’enquête préalable et préparatoire portant sur les appartenances politiques des membres de la délégation de l’Association des Villes et des Communes de Turquie (TBB ) qu’il a reçue le 04 décembre 2019 alors qu’elle était présente à Bruxelles du 2 au 5 décembre."

Le communiqué du PS bruxellois précise qu'un appel est possible dans les 30 jours. "A défaut d’appel dans le délai prescrit, la décision devient définitive" selon l'article 79, paragraphe 12 (et non pas 2, comme le mentionne le communiqué du PS bruxellois). Emir Kir est donc bel et bien, et avec effet immédiat, exclu du PS, sauf s'il fait appel : "L’appel suspend les effets de la décision, sauf si celle-ci a indiqué que la sanction était immédiatement applicable" précise les statuts du parti socialiste.

Comment le PS en est-il arrivé là ?

Voilà qui doit clore la polémique amorcée le 5 décembre 2019, lorsque le bourgmestre de Saint-Josse a reçu une délégation de 6 maires turcs, dont deux sont membres du MHP (un parti nationaliste considéré comme étant d’extrême droite et proche de l’organisation des Loups Gris). Suite à cette rencontre, un militant du parti socialiste, Jeremie Tojerow, a déposé plainte contre le bourgmestre de Saint-Josse auprès de la commission de vigilance du parti socialiste.

Alors que les critiques, y compris au sein du PS, se faisaient de plus en plus fortes, Emir Kir a tenté une courbe rentrante ce mardi 14 janvier. Sur Twitter, il écrivait : "Je réaffirme sans ambiguïté qu’il s’agissait d’une erreur d’appréciation de ma part. A l’avenir, je ferai preuve de plus de vigilance."

Si des questions se posent sur la sincérité de ces regrets (Kir ne reconnaît pas que le MHP est un parti d’extrême droite), le fait de prendre des sanctions a provoqué une véritable déchirure au sein de la fédération bruxelloise du PS, avec des avis très partagés.

Les tenants d’une sanction lourde évoquaient les dérapages à répétition du bourgmestre, qui a déjà rencontré précédemment des maires d’extrême droite turcs ou encore qui a brillé par son absence lors d’une commémoration du génocide arménien (contesté par la Turquie) sans être sanctionné. Bref, pour eux, la barque était trop chargée pour que Kir s’en sorte une nouvelle fois avec une simple remontrance. Paul Magnette et Ahmed Laaouej, respectivement patron du PS et patron de la fédération bruxelloise du PS, ont tous deux condamné la rupture du cordon sanitaire par Emir Kir, c’est aussi une question de crédibilité pour le parti. Cela dit, aucun ne s’est prononcé sur la sanction à infliger, précisant que la commission de vigilance du parti statue en toute indépendance.

Un poids électoral à double tranchant

Mais face aux détracteurs, Emir Kir a aussi pu compter sur quelques soutiens, comme le président du Parlement bruxellois Rachid Madrane ou l’échevin ixellois Bea Diallo. Si au sein du PS l’élément ne sera pas mis en avant, Emir Kir est tout de même à considérer comme un poids lourd électoral. Aux dernières élections communales, il a obtenu la majorité absolue à Saint-Josse-ten-Noode. Et aux élections fédérales de 2019, il a atteint 18.500 voix de préférence, c’est le quatrième score en voix de préférence pour la circonscription de Bruxelles capitale.

A l’heure où les négociations pour la formation d’un gouvernement fédéral sont en cours et où chaque siège compte, ce n’est pas anodin. Mais apparaître comme un parti prêt à bafouer ses principes pour des votes, c’est aussi au final, risquer de perdre encore plus de voix. Le comité de vigilance du PS bruxellois a choisi les principes : Emir Kir n'est plus membre du parti socialiste.

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