Elio Di Rupo sur l'exclusion du chômage: « C’est une mauvaise mesure que je regrette »

En retrait des médias depuis quelques semaines, Elio Di Rupo, ex-Premier ministre et président du Parti socialiste revient à la charge. D’abord en promettant au gouvernement actuel les voix du PS s’il retire les mesures d’exclusion du chômage entrées en application. Dans la foulée, il relance l’idée d’un impôt sur la fortune, souligne la politique humaniste de la région wallonne et plaide en faveur d’un pouvoir d’achat élevé qui relancera l’économie. La réaction du MR n’a pas traîné.

Depuis le 1er janvier, on ne parle que de ça : l’exclusion des chômeurs poussés à s’inscrire dans les CPAS. Une décision très critiquée mais qui fut prise par le gouvernement Di Rupo. S’il dit assumer la mesure, Elio Di Rupo en attribue toute la paternité aux libéraux : « C’était une demande 100% libérale, proposée par l’Open VLD et soutenue par le MR. C’est une mauvaise mesure que je regrette. Que le gouvernement actuel cesse de dire que c’est la faute de Di Rupo. Changez la mesure et vous aurez les voix du parti socialiste ».

Pour l’ancien Premier ministre, cette décision devait inciter les jeunes à trouver du travail et l’on s’aperçoit aujourd’hui que cet objectif n’est pas atteint : « Par humanité il faut changer cette mesure. »

« J’ai le cœur qui saigne »

Le président du PS s’en prend aussi au manque de moyens financiers libérés – pour l’instant) pour aider les CPAS à financer cette politique : « Il était prévu que le fédéral libère des moyens supplémentaires aux CPAS pour accompagner les personnes exclues. Pour l’instant dans le budget ce n’est pas prévu. » Mais surtout, Elio Di Dupo appelle la majorité actuelle à faire marche arrière.

Reprenant une expression chère à Jean-Luc Mélenchon, le président du PS déclare : « J’ai le cœur qui saigne quand je pense à ces milliers de jeunes qui cherchent mais ne trouvent pas d’emploi et qui vont être exclus. Je n’en dors pas. Le but était de les aider à entrer dans le monde du travail. Et cela ne s’est pas fait. »

A propos de la réforme fiscale que dit vouloir lancer le gouvernement, Elio Di Rupo s’enflamme : « Comment soutenir une piste dont on ne sait rien sauf qu’elle fait un saut d’index, porte la pension à 67 ans, change les méthodes de calcul des retraites de manière dramatique et augmente les accises sur le diesel. Le reste est un écran de fumée. Cela fait 30 ans que j’entends les libéraux vouloir faire une réforme fiscale. Si on ne donne pas aux gens un pouvoir d’achat suffisant nous aurons une croissance économique encore plus faible. »

Le retour de l’impôt sur la fortune

Elio Di Rupo relance l’idée d’un impôt sur la fortune demandé depuis 1985. « C’est possible, les autres partis font de l’idéologie et refusent de toucher à ceux qui ont des gros moyens financiers. On veut demander quelques milliers d’euros par an à des gens qui ont 1,250 million d’euros. Ce n’est pas la fin du monde. » Et d’invoquer le FMI et les économistes qui, depuis plusieurs mois, voient dans cet impôt sur la fortune l’expression d’une justice sociale qui s’impose.

Le pouvoir régional a de l’humanité

Interrogé sur les mesures, elles aussi pénibles, prises par les Régions, Elio Di Rupo défend le gouvernement de Paul Magnette : « Il n’y a pas de modification structurelle comme au niveau fédéral. 80 à 90% des efforts de la région wallonne ne touchent pas les citoyens. On prépare 7300 places de crèche, 1700 places pour personnes âgées, 30.000 places dans les écoles. Et un contrat d’insertion pour les jeunes qui va les soulager des mesures prises par le fédéral. Nous sommes dans un tout autre univers. On fait des efforts mais la Région a de l’humanité »

Réaction du MR : « On n’en revient pas »

Ces déclarations d’Elio Di Rupo ont provoqué la réaction de Denis Ducarme, chef du groupe MR à la Chambre. Selon lui, « II est effarant d’avoir un Premier ministre du gouvernement qui a pris ces mesures et qui, une fois président de parti dans l’opposition, critique ces mêmes mesures qu’il a pu porter comme Premier. On n’en revient pas ». Denis Ducarme évoque les socialistes flamands, et leur ministre de l’Emploi de l’ancien gouvernement Monica De Coninck « qui continue à dire que c’était une mesure nécessaire ». Et le parlementaire libéral de renvoyer la patate chaude au gouvernement wallon. « Ce qui manque en la matière c’est l’accompagnement adéquat des régions, des mesures de réinsertion qui doivent être prises par les régions. Mais au-delà de cela, si, en politique, on faisait tout ce que ce monsieur Di Rupo vient de faire par rapport à une telle mesure, cela signifierait que, finalement, on n’assume pas grand-chose de ce que l’on a fait. »

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