Elio Di Rupo (PS): "Je souhaiterai bon vent à Charles Michel mais..."

Elio Di Rupo (PS): "Je souhaiterai bon vent à Charles Michel mais..."
Elio Di Rupo (PS): "Je souhaiterai bon vent à Charles Michel mais..." - © Tous droits réservés

A l'entame de ses dernières 24 heures dans le costume du Premier ministre de Belgique, Elio Di Rupo était "l'Acteur" de Matin Première ce vendredi matin. Il a répété ses craintes par rapport aux mesures annoncées par la coalition suédoise et accusé le MR d'avoir trompé l'électorat francophone.

Ce samedi, Charles Michel prêtera serment devant le Roi comme Premier ministre. Il renverra alors Elio Di Rupo dans son bureau du Boulevard de l'Empereur, comme président du PS, ce dernier devant lui céder les clefs du 16 rue de la Loi.

Une passation de pouvoir dont le socialiste promet de s'acquitter sans esclandre mais non sans craintes.

"Je suis respectueux des institutions donc je lui souhaiterai bon vent (à Charles Michel, ndlr). Mais je ne peux m’empêcher de dire que c’est un gouvernement qui demande aux travailleurs de travailler plus pour gagner et qui fera très mal au citoyen tout en étant inefficace au niveau économique", a ainsi fait savoir le futur ex-Premier.

Habituellement, le chef du gouvernement dans le système fédéral est considéré comme "asexué linguistique". Autrement dit, le gouvernement fédéral doit être paritaire linguistiquement (et donc compter autant de ministres flamands que francophones) mais le Premier ne rentre pas (forcément) dans ce décompte, il est traditionnellement considéré au-dessus de la mêlée linguistique. Il s'agit là d'une disposition constitutionnelle.

La Constitution (art. 99) stipule en effet: "le Premier Ministre éventuellement excepté, le Conseil des ministres compte autant de ministres d'expression française que d'expression néerlandaise". Vous aurez noté le "éventuellement". Ce n'est donc pas une disposition contraignante. 

Or, le MR est le seul parti francophone du gouvernement. Il doit donc obtenir la moitié des portefeuilles du gouvernement, pour assurer la parité linguistique. Dès lors, il se chuchote que Charles Michel, bien que Premier ministre, aurait accepté de ne pas être considéré comme asexué linguistique et d'être comptabilisé dans le contingent francophone.

Une situation qu'a déplorée Elio Di Rupo, car selon lui, un Premier ministre "se doit d’être neutre et au-dessus de la mêlée. Le Premier ministre quand il devient Premier ministre devient celui de l’ensemble des Belges".

"Le MR a trompé l'électorat francophone"

Mais selon le bourgmestre de Mons, la trahison des libéraux vis-à-vis des francophones ne se situe pas là. 

"Le drame avec le MR, c'est qu'ils ont trompé l'électorat francophone", lance une énième fois le patron des socialistes francophones.

"Ils ont dit jamais avec la N-VA, ils sont avec la N-VA. Ils ont dit on ne touche pas à l’index, ils touchent à l’index. Ils ont dit, on ne touche pas à l’âge de la pension, ils touchent à l’âge la pension", énumère-t-il. Il en tire la conclusion que plus rien de ce que peuvent promettre les libéraux n'est digne de crédit désormais. "Objectivement, tout ce que racontent les libéraux est dans la lignée de ce qu’ils ont fait avec les électeurs donc cela n’a pour moi aucun crédit".

Il accuse en outre les libéraux de s'être laissés instrumentaliser par la N-VA et par Bart De Wever en particulier. "Bart de Wever a dit c’est la coalition dont je rêve. Il s’exprime comme s’il était Premier ministre. Cela m’inquiète beaucoup. On a le sentiment que le centre du pouvoir s’est déplacé du 16 à l’Hôtel de ville d’Anvers. Cela m’inquiète beaucoup", a répété le Premier ministre en affaires courantes, dans la foulée de ses déclarations de la veille sur le plateau de "Jeudi en prime".

"Les riches sont épargnés alors que la classe moyenne va trinquer"

On se souvient que l'ancien bourgmestre socialiste de Molenbeek, Philippe Moureaux, avait taxé Didier Reynders (MR) de "ministre des rupins". Et bien Elio Di Rupo n'est pas loin d'attribuer à la coalition suédoise le titre de gouvernement des rupins à en croire ses critiques acerbes des mesures annoncées par le nouvel attelage fédéral.

"Quand je vois le saut d’index, les gens vont perdre en moyenne 400€ par an. Sur une carrière, c’est plus de 25 000€", lance-t-il, dans le sillon de Benoit Lutgen (cdH) qui estimait à 500€ annuels pour les citoyens de la classe moyenne. Il souligne également le relèvement de l'âge de la pension de 65 à 67 ans, le court-circuitage de la concertation sociale et le fait que l'on annonce cinq milliards d'économies dans la sécurité sociale.

"Je crains que l’on va dépenser beaucoup d’argent et que cela sera inefficace totalement. C’est antisocial", lâche le patron du PS. "Par ailleurs, les riches sont épargnés alors que la classe moyenne va trinquer. Cela ne va pas", assène-t-il avant de qualifier la politique de ce gouvernement "d'archaïque".

Il y avait sans doute plus de gouaille dans la rhétorique de Philippe Moureaux. Mais le fonds de la pensée reste visiblement le même.

@julienvlass

 

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