Elio Di Rupo: ma vie depuis les élections

Pour les rituelles "images de l'année", on attendra en toute logique fin décembre. Mais le calme de l'actualité estivale nous incite à vous proposer déjà une rétrospective en images: "Ma vie depuis les élections". Après le Premier ministre Charles Michel, voici le tour du président du PS, Elio di Rupo. 

Rappelons-nous il y a un an et demi. La Belgique attendait la Coupe du Monde. Et son Premier ministre était un tacticien.

Ainsi vint la mère de toutes les élections, le 25 mai 2014.

Pour Elio Di Rupo, ça n’avait pas été une campagne électorale comme les autres.

Depuis toujours, c’est-à-dire depuis 1999, comme président du Parti socialiste, il s’y occupait de l’électorat francophone et des libéraux du sud, pour en dire du mal, beaucoup et fort, et partout et toujours. Ici, il avait les yeux fixés vers la Flandre. Il était Premier ministre sortant, et sa reconduction dépendrait de la droite du nord du pays.

Il s’était organisé, depuis près d’un an, dans presque toutes les communes du Hainaut, une tournée de rock-star où il fendait les foules, recevait des fleurs, embrassait les enfants. Il était la Belgique. Davantage que Mathilde, plus que Marc Wilmots. Presque comme Stromae et au moins autant que Vincent Kompany. 

Il y défendait, d’une salle polyvalente à l’autre, son gouvernement, le papillon, qui avait dit-il "sauvé le pays", au prix d’une complexe sixième réforme de l’Etat et de mesures socio-économiques (sur l’index, sur les pensions, sur le chômage, déjà) pas très franchement socialistes.

Son rôle traditionnel, celui de pourfendeur très franchement socialiste de la droite libérale, il l’avait prêté à Paul Magnette, qui faisait bien ça, c’est-à-dire rudement.

Oh, parce qu’il le fallait bien presqu’autant que par habitude, Elio Di Rupo avait bien eu quelques méchancetés à l’endroit du MR. Et encore : c’était parce qu’il accusait les réformateurs de "faire des mamours" à la N-VA. Ce dont le MR se défendait mordicus. On sait ce qu’il advint de cette défense, pas formulée par hasard en latin.

19 mai 2014 : les "mamours" du MR à la N-VA

Mais qu’importe. Elio Di Rupo, sauveur de la nation, filait fort doux avec ses adversaires non nationalistes flamands, fussent-ils de droite et francophones.

Car le sort d’Elio Di Rupo et de son parti dépendait moins des résultats et de l’attitude du CD&V, voire de l'Open-VLD, que de ceux de son parti. Ceux-ci furent médiocres, ceux-là furent corrects. Et vice-versa. Son parti perdait 7% dans sa province, le Hainaut. Et lui y perdait 20 000 voix de préférence. C’était dur. Mais il fallait attendre. Attendre que les partis flamands de son gouvernement le rappellent. Il attendit.

Il attendit encore.

Puis il attendit encore.

Et puis il entendit que le CD&V négociait avec la N-VA.

Alors il n’attendit plus. Et paf.

Il assura ses arrières. Avec le cdH et le FDF, bien contents.

5 juin 2014 : tu parles, Charles

Il croyait avoir isolé Charles Michel. Et c’était vrai.

Il ménageait un bon ministère à tous les socialistes notables, de Magnette à Demotte, de Marcourt à Onkelinx, si elle en voulait. Elle n’en voulut pas. Comme lui, en fait.

Car il espérait encore. Donc il attendit encore un peu. Il fallait attendre que Charles Michel n’ose pas aller seul au gouvernement fédéral, attendre que le CD&V n’ose pas inviter le seul MR au gouvernement fédéral, attendre, en gros, que la situation pourrisse avec le temps, à la belge. Il n’avait vexé que le MR, après tout. Avec les Flamands, il continuait à filer doux.

15 juin 2014 : avec Kris Peeters au Doudou

Il avait coincé Charles Michel parce que celui-ci n’avait pas encore osé s’aventurer dans une coalition qu’on n’osait même pas encore osé appeler kamikaze. Et c’était vrai. Elio Di Rupo pensait qu’il ne l’oserait jamais. D’ailleurs, Charles Michel insistait, auprès des socialistes, pour qu’ils renient leur tout frais pacte régional avec le cdH et le FDF. Non, définitivement non, il n’oserait jamais. Le PS allait revenir dans le jeu fédéral.

Elio Di Rupo pouvait continuer à prendre les libéraux francophones de haut.

19 juin 2014 : l’énième menace

Il pouvait aussi garder à la boutonnière son pin’s noir-jaune-rouge. C’était la Coupe du Monde, et les Diables Rouges gagnaient. Non, définitivement non, les séparatistes flamands ne pouvaient pas composer le gouvernement belge à leur droite mesure.

7 juillet 2014 : en Diable noir jaune rouge

Et puis si. Ils le firent. La N-VA ne plia pas. Le CD&V y alla. Et Charles Michel le fit. En kamikaze, en suédois. Seul francophone au milieu de trois grands flamands.

La Belgique avait été éliminée de la Coupe du Monde, et la tactique d’Elio Di Rupo avait échoué. Daniel Van Buyten, qui n’était pas politologue, l’avait bien dit : "Fait chier, putain !"

Il fallait se trouver une autre tactique, et Marc Wilmots était libéral. Après deux ans de catenaccio belgicain, Elio Di Rupo choisit alors l’offensive à outrance. Le temps d’un accord de gouvernement, le prudent gardien de but se transforma en fougueux ailier. Gaucher. Et vindicatif.

10 octobre : Elio contre les usurpateurs

C’est tout juste si d’une minute à l’autre le chef du gouvernement n’est pas devenu commandant de guérilla. Comme le général Alcazar et le général Tapioca dans Tintin et les Picaros. Le gouvernement qui s’installait n’était pas celui de tous les Belges, puisque celui qui avait sauvé tous les Belges n’en faisait pas partie. Le gouvernement Michel était un exécutif fantoche. Il fallait le faire tomber. Et puisqu’il fallait le faire tomber, il allait tomber. On allait voir ce qu’on allait voir.

Mais avant ça, quand même, il fallait boucler l’opération de repli.

Le bourgmestre et président de parti empêché, qui ne les avait que formellement délaissés, allait récupérer ses pleins exercices.

A Mons, à la veille d’une année capitale et culturelle, on aurait espéré garder un Premier ministre, surtout celui que l’empêchement avait promu bourgmestre. Mais tant pis, chacun fit avec.

13 octobre 2014 : retour à Mons

Au Boulevard de l’Empereur, au terme d’un quart de siècle de gouvernement, on aurait préféré éviter l’opposition. Mais personne ne s’en plaint. Car personne, chez ceux dont les plaintes auraient pu compter, ne fut délaissé dans ce grand repli. Sauf Laurette Onkelinx. Mais elle avait choisi de ne pas devenir ministre-présidente bruxelloise.

21 novembre 2014 : retour au Boulevard

Et Laurette Onkelinx se disait que le gouvernement Michel n’allait pas passer l’hiver. Pas possible !

Ses mesures étaient trop dures. Les syndicats étaient trop remontés. Le peuple était dans la rue.

Ca ne pouvait pas durer. La suédoise allait s’effondrer, et les socialistes allaient émerger des barricades pour revenir à leurs cabinets.

Elle pensait comme Di Rupo, mais encore plus fort.

On allait voir ce qu’on allait voir, quoi. On vit que la "coalition des droites" avait emporté le combat. On vit que les syndicats n’avaient pas bonne presse. On vit qu’ils rentrèrent très craintivement dans le rang.

Dans ces rangs-là justement, Elio Di Rupo, qui les avait délaissés depuis qu’il sauvait la Belgique, vit autre chose. Il vit que le PS n’était plus le favori du monde du travail. Il vit qu’on le pointait méchamment du doigt, et pas seulement les dockers anversois, lorsqu’il rejoint les 120 000 manifestants de l’historique rassemblement syndical du 6 novembre 2014. Il vit que le mouvement de grève fit pschitt.

Il vit que Charles Michel allait passer l’hiver au 16. Et le printemps. Et l’été.

Il vit, aussi, que son image avait terni.

Il vit qu’il devait faire quelque chose pour redresser la barre.

Alors, il s’excusa d’avoir sauvé la Belgique.

6 janvier 2015 : le cœur qui saigne

Il regretta ce que ça avait coûté, aux chômeurs, aux pensionnés, aux salariés. Il le fit avec emphase. On s’en moqua méchamment. On lui dit qu’il regrettait surtout ce que ça lui avait coûté, à lui, à savoir son pin’s noir jaune rouge. Il aurait pu le faire en criant, en pleurant, en susurrant ou en se taisant, on l’aurait moqué.

En fait, Elio Di Rupo n’était plus cru.

Il croyait avoir la fameuse patte de lapin que Guy Thijs avait refilé à Marc Wilmots.

En fait, Bart De Wever et Charles Michel lui avaient refilé le valet de pique.

Depuis, la carte lui colle à la peau comme le sparadrap du Capitaine Haddock dans L'Affaire Tournesol. 

Chacune de ses initiatives est désormais perçue, au mieux comme un caprice, au pire comme un mensonge.

Il fait d’un chef-lieu endormi de province une capitale européenne, amenant des millions d’euros d’investissements publics et privés, et des centaines de milliers de touristes : "C’est un caprice", dit-on.

24 janvier : Mons 2015

Il promet que, de retour au pouvoir, son parti reviendra sur la hausse à 67 ans de l’âge légal de la pension : "C’est un mensonge", dénoncent les mêmes.

16 mai : le retour de la pension à 65 ans

Il rassemble parti, mutualités et syndicat socialistes contre un "gouvernement antisocial", ressuscitant une Action commune qui avait souffert de décennies d’exécutifs à participation socialiste : ils n'y croient pas.

23 mars 2015 : le retour de l’Action commune

Perdant patience, il s'énerve sur une presse prétendument à la solde de la droite.

C’est surtout le signe que le communicant-né a perdu le contrôle de sa com’.

Et, cause et effet, les bonnes faveurs des médias.

11 mai : "La faute aux médias"

Et, cause et effet (bis), les bonnes grâces des sondeurs d'opinions. 

21 mai 2015: l'empereur des sondages vacille

On allait donc voir ce qu’on allait voir. On vit surtout que ce qui devait arriver n’arrive pas toujours.

Elio Di Rupo, dont l’étoile a pâli à force d’être trop exposée, va devoir un peu rester dans l’ombre.

Pour préparer la prochaine Coupe du Monde, celle de 2018 et des élections communales.

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