Elio Di Rupo : "Ces êtres humains qui viennent dans nos pays, ne viennent ni pour le plaisir ni pour le soleil"

L’Italie est à l’honneur à l’occasion des 75 ans du traité belgo-italien sur le charbon, et de cette grande vague de migration qui en a résulté. Plusieurs dizaines de milliers d’Italiens étaient alors venus travailler dans les mines belges. Elio Di Rupo est un des représentants de cette immigration italienne d’après-guerre. Ses parents ont quitté les Abruzzes pour s’installer dans la région du Centre. Son père, qui était agriculteur, est devenu mineur. Il décédera alors qu’Elio Di Rupo avait un an, dans un accident de voiture. Sa mère qui ne savait ni lire ni écrire, élèvera seule ses 7 enfants. Elio Di Rupo se lança dans des études universitaires, et devint docteur en chimie. Mais la politique prendra ensuite progressivement de plus en plus de place : il devint bourgmestre de Mons, président du PS, Premier ministre, et actuellement il est ministre-président wallon.

Elio Di Rupo est né à Morlanwelz et comme fils d’immigré, il déclare qu’il "a toujours cette attache profonde avec toutes celles et tous ceux qui sont soit immigrés, soit fils ou petit-fils d’immigré. C’est clair que je n’oublie pas d’où viennent mes parents, la souffrance qui fut celle mon père : venir d’un lieu ensoleillé et devoir travailler à 700 mètres sous terre, parfois à genoux, pour extraire du charbon. Tout cela pour nourrir sa famille. Lorsqu’il est décédé, nous sommes restés dans des conditions très difficiles", se souvient-il, interrogé dans le Journal Télévisé.

Je reste très respectueux de la souffrance que les migrants ont connue en venant en Belgique

"Ce qui nous a sauvés, mes frères, ma sœur et moi, c’est l’amour de ma mère. Ma mère s’est retrouvée veuve, ne comprenant pas le français, et elle n’avait rien. Elle nous a quand même élevés et nous ne nous en rendions pas compte. Nous étions pauvres et en difficulté, et elle a réussi à le cacher par cet amour maternel. Je reste très respectueux de la souffrance que les migrants ont connue en venant en Belgique".


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Toutefois Elio Di Rupo dit qu’il n’a pas ressenti de discriminations dans son enfance. "La première fois que je me suis senti différent c’est lors de ma première campagne électorale. Les affiches qui représentaient mon visage ont été maculées, il y avait des croix gammées et des réflexions racistes. Là je me suis dit que certains ne me considéraient pas belge à l’instar d’autres".

Ces êtres humains qui viennent dans nos pays, ne viennent pas pour le plaisir ni pour le soleil. Ils viennent pour manger et pour nourrir leur famille

A propos des discriminations que ressentent certains étrangers, Elio Di Rupo souligne : "Il ne faut jamais oublier que tous ces êtres humains qui viennent dans nos pays, ne viennent pas pour le plaisir ni pour le soleil. Ils viennent pour manger et pour nourrir leur famille. Ils fuient la misère. Alors l’idéal est de les aider là où ils vivent, dans leurs propres pays. C’est pour cela que l’aide au développement est si importante".


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"La banalisation que l’on fait des personnes qui meurent en Méditerranée n’est pas acceptable. Ce sont des êtres humains qui tentent d’avoir une existence digne. A cet égard on doit avoir une grande générosité. Faut-il ouvrir toutes les frontières et laisser faire ? Je ne le pense pas. Mais il faut une politique de soutien dans les pays où se trouvent les migrants".

Au guichet, je crois que la personne qui sert ne doit montrer aucun signe, ni politique, ni religieux.

Le débat sur le port du voile dans les entreprises publiques est revenu dans l’actualité. "Il y a toujours eu beaucoup d’irrationnel et d’émotion sur ces sujets. C’est un débat dont on discute au sein de la famille socialiste. Quand j’étais président (du Parti socialiste) j’avais dit que, quand on est au guichet et qu’on est dans une position où on sert nos concitoyens, dans une administration, je crois que la personne qui sert ne doit montrer aucun signe, ni politique, ni religieux. Je crois que l’utilisateur du service public doit se sentir à l’aise avec le service public, qui est neutre. Ce sont des débats qui s’enflamment politiquement, je pense qu’il faut les résoudre dans le dialogue".

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