"Elio Di Rupo, c'est notre Barack Obama" (Philippe Van Parijs - UCL)

"La logique électorale conduit chacun des partis entrant en compétition les uns avec les autres à faire des promesses électorales aux dépens de l’autre communauté, qui leur fait gagner quelques voix de leur côté", indique Philippe Van Parijs. "Mais ceux qui ont le malheur de gagner les élections se retrouvent avec ces promesses à la table des négociations et doivent, forcément, largement y renoncer et donc soit perdre la face, soit faire perdre la face à leurs interlocuteurs."

Malgré les innombrables difficultés et rebondissements, la crise politique a tout de même accouché d’une nouvelle réforme de l’État. L’idée de circonscription fédérale ne fait pas partie du compromis final mais, rappelle Philippe Van Parijs, "il a été décidé qu’une commission parlementaire traiterait de l’idée. (…) À mes yeux, il vaut mieux aussi une circonscription fédérale bien conçue qu’une circonscription fédérale mal conçue et décidée à 3 heures du matin."

Pour casser la logique "bipolaire", l’invité de Bertrand Henne propose la création d’un forum national pour "qu’avant les élections, tout au long de la législature, les politiques des deux parties du pays aient un incitant à aller s’exprimer de l’autre côté du pays, à essayer de comprendre ce qui est important pour la population de l’autre côté du pays. Et expliquer aussi pourquoi ce qu’ils proposent est dans l’intérêt de tous et pas seulement dans l’intérêt de leur propre partie du pays."

La scission du pays? "Jamais"

Avec la présence de la N-VA dans les rangs de l’opposition et les projets pharaoniques que doit mettre en œuvre le gouvernement Di Rupo, le calme pourrait n’être que provisoire. "Cette réforme de l’État n’est de toute manière pas la dernière. Notre fédéralisme continuera à évoluer", annonce le philosophe. "L’ensemble du gouvernement actuel vivra sous la menace d’une montée encore plus grande de la N-VA."

Malgré les difficiles épisodes politiques de 2011, Philippe Van Parijs reste convaincu qu’une scission de la Belgique n’arrivera jamais. "Pas parce qu’il y a un amour sous-jacent des Flamands pour les Wallons et inversement mais en raison de Bruxelles. Ni les Flamands ni les Wallons ne veulent quitter la Belgique sans Bruxelles. Et ni les Wallons ni les Flamands ne peuvent quitter la Belgique avec Bruxelles."

Le philosophe de l’UCL se réjouit aussi de l’arrivée d’un francophone au 16 de la rue de la Loi et de la réaction plutôt favorable de la rue flamande. "Elio Di Rupo, c’est un peu notre Barack Obama, le gars qui n’avait pas exactement un avenir très prometteur quand il avait deux ans d’âge. C’est aussi quelqu’un qui est un homosexuel déclaré. C’est un socialiste. Et néanmoins, il y a une forme d’acceptation de la légitimité de ce gouvernement dans l’ensemble du pays. Même si en Flandre, on regrette que ce soit lui qui soit Premier ministre." Un Premier qui, note Philippe Van Parijs, doit encore faire plus d’efforts pour améliorer la qualité de son néerlandais.

Printemps arabe: l'avenir sera turbulent

En dehors de nos frontières, c’est la vague de révoltes, communément appelée "Printemps arabe", qui a marqué de son empreinte l’année 2011. Si Philippe Van Parijs salue le mouvement et notamment sa mise en place, innovante, via les réseaux sociaux, il souligne qu’il faut à tout prix éviter que les élections, plus libres qu’auparavant, ne mènent à l’émergence d’un nouveau régime d’oppression. "L’avenir de ces régions restera extrêmement turbulent", glisse-t-il.

Le mouvement des Indignés inspire également beaucoup d’espoir à l’invité de Matin Première. "S’il y a de l’indignation, c’est qu’il n’y a pas de résignation à toute une série d’injustices qui règnent dans nos pays. Mais la faiblesse du mouvement, qu’ont rapidement pointée les organisations plus structurées, ce sont les limites du message."

S’il y a des Indignés, c’est évidemment à cause de la crise économique et financière qui frappe actuellement le globe et particulièrement l’Europe. En fin d’entrevue, Philippe Van Parijs porte un regard avisé sur cette crise, ses causes et ses conséquences. Et indique que l’Union européenne devrait prendre exemple sur les États-Unis et la collaboration que l’on peut y observer entre États. "En Europe, si on veut stabiliser le système, on ne pourra pas échapper à une redistribution à travers les frontières des États, sans précédent dans l’Histoire de notre continent."

PIAB avec Bertrand Henne

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