Eliane Tillieux (PS): "Au Parlement, nous pouvons nous rassembler sur des textes très progressistes"

La député fédérale PS, Eliane Tillieux, était l'invitée de Matin Première ce mercredi. L’ancienne ministre wallonne de la Santé porte au parlement les questions éthiques au nom des socialistes. Et alors que la Belgique est sans gouvernement fédéral, le parlement, lui, travaille sur des questions éthiques et sociales. Une situation qui peu paraître paradoxale.

"La situation est celle d'un gouvernement minoritaire depuis près d'un an et démissionnaire, mais le parlement lui continue à travailler sur des questions éthiques et sociales et nous avons obtenu une majorité alternative hier sur le vote concernant l'euthanasie", explique Eliane Tillieux. En effet, une nouvelle proposition de loi supprime la durée de validité de la déclaration anticipée pour une euthanasie.

Mieux sans gouvernement ?

"C'est vrai que, lorsqu'un parti participe à un gouvernement, il est lié a un accord de gouvernement et sans gouvernement majoritaire pour le moment nous pouvons nous rassembler sur des textes qui portent des avancées importantes, ici en l’occurrence très progressistes".

Parmi les dossiers sur la table : le nouveau projet de loi dépénalisant l’avortement. Le texte vise une dépénalisation totale de l’interruption volontaire de grossesse pour en faire un acte médical à part entière. Le délai dans lequel un avortement peut être pratiqué passe à 18 semaines après la conception contre 12 actuellement. Le délai de réflexion imposé à la femme entre le premier rendez-vous avec le médecin et l’intervention possible est réduit de six jours à 48 heures. Les sanctions pénales disparaissent, aussi bien pour la femme que pour le médecin qui pratique l’IVG. Les conditions actuelles de la loi remontent en grande partie à 1990.

Eliane Tillieux défend le texte : "Nous avons entendu au travers d'auditions une vingtaine d'experts issus de tout le pays et de toutes les convictions et la majorité d'entres eux nous ont dit qu'il fallait dépénaliser, car il est inadmissible qu'au 21e siècle une femme qui avorte risque une peine de prison. Et, surtout, ils nous ont dit que dépénaliser sans modifier les conditions dans lesquels l'avortement pouvait se réaliser ne servirait à rien. Nous les avons entendus et ce sont ces experts qui ont proposé de passer de 12 à 18 semaines pour le délai d'un avortement. Les pays voisins vont bien plus loin encore que nous, 22 semaines au Pays-Bas, 24 semaines en Grande-Bretagne. Nous ne voulons pas aller si loin, nous voulons permettre une IVG jusqu'à 18 semaines".

Dans une carte blanche publiée dans "La Libre" ce mardi, plusieurs centaines de praticiens mettent en garde le législateur. Eliane Tillieux, répond aux critiques. "Dans cette matière, la prévention est fondamentale. Grâce aux textes déposés aujourd'hui, grâce au PS, la prévention pourra être gratuite jusqu'à 25 ans pour les jeunes femmes et la pilule du lendemain sera entièrement gratuite pour toutes les femmes. Il reste cependant des situations difficiles, des grossesses non désirées, des viols et il nous faut pouvoir agir". Les auteures de ces lois veulent adapter le texte aux défis actuels, notamment le nombre de femmes – entre 500 et 1000 par an — qui avortent dans un pays voisin mais aussi une conception du droit des femmes à disposer de leur corps qui a évolué.

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Le CD&V a, lui, déclaré qu’il ferait tout pour bloquer le texte. "Un débat parlementaire nécessite d’écouter toutes les opinions, et j'entends la position de ceux qui s'y opposent, mais le débat sur 'pour ou contre l'avortement' a eu lieu il y a 30 ans, aujourd'hui il s'agit d'assouplir les conditions qui permettent de recourir à l'avortement", explique Eliane Tillieux.

Négociations au fédéral

Ce type d'accord "progressistes contre conservateurs" ne peuvent-ils pas gêner la formation future d'un gouvernement fédéral ? La note de Paul Magnette a d'ailleurs fuitée dans la presse. Eliane Tillieux défend son président : "La note de Paul Magnette essaye d'obtenir un consensus, c'est un  projet de société que nous voulons aussi porter, et comme socialistes, il est clair que nous voulons aussi quelques marqueurs socialistes. Nous ne sommes pas seuls autour de la table, il y a 10 partis autour de la table et il faut créer un projet rassembleur et fort pour notre pays".

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