Eliane Tillieux: "Éliminer les concurrences entre filières de formation"

Eliane Tillieux (PS), ministre wallonne de l'Emploi et la Formation.
Eliane Tillieux (PS), ministre wallonne de l'Emploi et la Formation. - © RTBF

Un gouvernement conjoint, entre la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Région Bruxelles-Capitale et la COCOF, est consacré à la formation, particulièrement aux métiers techniques et en alternance dans les entreprises. Peut-être le nouveau Graal pour créer de l'emploi ? C'est bien sûr l'objectif d'Eliane Tillieux (PS), ministre wallonne de l'Emploi, invitée de Matin Première ce jeudi. Même si, dit-elle, "ce n'est pas simple dans les circonstances actuelles", avec, rappelons-le, pas moins de 250 000 chômeurs en Wallonie.

"L'idée majeure du gouvernement conjoint d'aujourd'hui, c'est de faire en sorte qu'on appelle plus de personnes à se former, que les formations suivies soient celles qui sont attendues par nos entreprises, et, si nous arrivons à cette meilleure adéquation, il est certain que nous pourrons créer demain plus d'emplois en faveur de nos citoyens."

Eliane Tillieux, ministre wallonne de l'Emploi et de la Formation, se veut optimiste. L'objectif est de rendre "attractive" la filière technique, qualifiante, et la formation dans les entreprises. La socialiste veut en faire une "filière d'excellence" comme l'illustre, dit-elle, "Skills Belgium", cette association qui promeut les métiers techniques, technologiques et manuels et permet la participation des jeunes à des concours internationaux tels que "World Skills".

Une goutte d'eau dans l'océan ?

Mais, avec 250 000 demandeurs d'emploi en Région wallonne, ce type d'initiative apparaît comme une goutte d'eau dans l'océan. "Il faut rester les pieds sur terre et avancer pas à pas", répond Eliane Tillieux.

"La première avancée à réaliser est de faire en sorte que le monde de la formation parle plus et mieux avec le monde de l'enseignement. C'est la raison pour laquelle, au travers de ce gouvernement conjoint (…), nous allons mettre ensemble le même langage en matière de validation des compétences pour faire reconnaître les acquis des personnes qui se sont formées au fil du temps et faire en sorte que les employeurs potentiels puissent compter sur des titres qui, derrière, signifient les mêmes qualités, indépendamment de la filière suivie."

"Deux mondes qui ne se parlaient pas"

À l'heure actuelle, la cohérence n'est pas de mise; c'est le flou et il est parfois difficile de s'y retrouver. En Wallonie, on peut être formé par le Forem; à Bruxelles, par Actiris; sans parler de l'IFAPME, de Bruxelles Formation, etc. Dans cette jungle, des titres reconnus partout en Wallonie seraient les bienvenus. "Il serait temps", pourrait-on dire.

"C'est compliqué, reconnaît la ministre socialiste. Ce sont deux mondes qui a priori ne se parlaient pas beaucoup et étaient plutôt en concurrence. Aujourd'hui, ce qui est souhaité sur le terrain – et cela fait plus d'une dizaine d'années que les jeunes, les parents et les entreprises le réclament –, c'est un statut unique pour l'apprenant et un contrat unique. Ce sera le cas aujourd'hui, les notes sont déposées sur la table. Nous les analyserons pour les adopter, et faire en sorte que, demain, les jeunes stagiaires soient traités de la même manière en termes de statut, qu'ils soient en entreprise via la filière de formation ou via une filière d'enseignement."

"Et le contrat va bien sûr permettre un engagement de la part des stagiaires, parce qu'on va leur demander de respecter des horaires, d'avoir une certaine assiduité, de prouver leur motivation… Et, en retour, l'employeur, lui, va mettre à disposition un tuteur qui va suivre assidûment aussi les compétences qui auront été préalablement concertées, les acquis à la sortie du stage, et faire en sorte que le jeune stagiaire puisse bénéficier de toute la protection sociale utile. Bref, uniformiser, harmoniser, apporter plus de transparence, et, surtout, éliminer les concurrences entre les filières."

La régionalisation, plus simple solution ?

Un système qui aurait fait ses preuves en Allemagne, mais plus difficile à mettre en place en Belgique, vu l'institutionnel complexe de notre pays. Après des années, il faut en effet un gouvernement conjoint avec plusieurs exécutifs, plusieurs gouvernements, pour se mettre d'accord là-dessus. Mais n'aurait-il pas été plus simple de régionaliser l'enseignement, d'attribuer toutes ces compétences aux Régions wallonne et bruxelloise ? Eliane Tillieux ne se risque pas à une telle appréciation et préfère prudemment parler de création de "synergies" et de "mutualisation des ressources".

"Je pense fondamentalement que la régionalisation est une excellente chose, car nous allons pouvoir faire des choix politiques au plus proche de ce que vivent les citoyens en termes de réalité socio-économique, souligne-t-elle. C'est d'ailleurs la raison même de la régionalisation. Mais ce que nous devons faire aujourd'hui, c'est créer des ponts entre les différentes institutions, entre Bruxelles et Wallonie, entre francophones, et même avec les Flamands dans certains domaines, et ce afin qu'au-delà de la gestion quotidienne nous puissions faire en sorte qu'il y ait des reconnaissances en termes de titres, de qualifications, de diplômes entre les différentes régions et que les frontières ne soient plus une excuse, ni un frein à l'employabilité des travailleurs."

T.M. (@thomasmignon)

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