Electricité : la Belgique attend d’ici peu un feu vert européen pour son mécanisme de soutien à la sortie du nucléaire

Le gouvernement fédéral doit lancer à l’automne un nouveau mécanisme d’investissement pour assurer l’approvisionnement en électricité du pays après la sortie du nucléaire. Cet outil devrait notamment permettre la construction de deux ou trois nouvelles centrales au gaz d’ici à 2025.

Reste un obstacle : Il faut encore le feu vert de la Commission européenne qui se demande si ce mécanisme de subventions publiques respecte les règles européennes de la concurrence. Mais la ministre fédérale de l’énergie, Tinne Van der Straeten, s’attend à un avis favorable " dans un avenir proche ".

Une sorte de nouvelle réserve stratégique

Les sept centrales nucléaires que compte la Belgique seront fermées d’ici 2025. Leur puissance cumulée de 6 gigawatts devra être compensée. Une partie viendra des énergies renouvelables comme l’éolien offshore en mer du Nord.

Une autre partie de la réponse se cache derrière un outil au nom repoussant, le "mécanisme de rémunération de capacité" (CRM). Imaginé par le gouvernement fédéral, il prévoit des investissements publics pour garantir l’approvisionnement en électricité.

Autrement dit, il doit assurer une capacité de production suffisante et faire en sorte que cette production réponde à la demande. Il est particulièrement important de pouvoir répondre aux pics exceptionnels de consommation comme en début de soirée en hiver.

4 images
Avec son mécanisme d’investissement, l’Etat belge espère garantir une capacité de production de 3,8 GW. © (Belga – Dirk Waem)

Mais comment s’assurer concrètement qu’il y aura toujours assez d’électricité disponible, quelle que soit la demande ? Pour répondre à cette question, le gouvernement fédéral a imaginé une vente aux enchères des capacités de production.

Cette vente aura lieu en octobre prochain. Tous les acteurs du marché pourront y participer. Les entreprises qui garantiront de nouvelles capacités de production aux prix les plus bas seront sélectionnées et recevront des subventions publiques.

Avec cette première vente, la Belgique espère s’assurer une capacité de production de 2,3 gigawatts d’ici 2025 grâce à la construction de deux ou trois centrales électriques au gaz.

Produire, stocker mais aussi consommer autrement

Une deuxième vente aux enchères est prévue en 2024. Elle doit permettre d’assurer une capacité de production supplémentaire de 1,5 gigawatts, toujours en 2025. Un délai plus bref qui vise à soutenir des projets moins lourds dans les énergies renouvelables, dans les capacités de stockage ou de flexibilité. Par flexibilité, on entend l’action d’entreprises qui pourraient réduire épisodiquement leur consommation d’électricité et qui pourraient être indemnisées via le CRM.

Arnaud Collignon, responsable énergie à Inter Environnement Wallonie, suit ce dossier de près. Il donne un exemple de capacités de flexibilité avec l’entreprise Hesbaye Frost : "C’est un bel exemple. C’est une usine de surgélation de légumes. Les frigos peuvent y être coupés pendant plusieurs heures. A ce moment-là, elle ne consomme pas d’électricité. Eh bien, l’entreprise pourra être rétribuée pour couper ces frigos sans que ça ait un impact sur les légumes. Ça, c’est la flexibilité de la demande."

Le coût global du "mécanisme de rémunération de capacité" est estimé entre 238 et 250 millions par an.

4 images
La Commissaire européenne Margrethe Vestager se demande si le mécanisme belge d’investissement respecte les règles européennes de la concurrence. © (Photo by YVES HERMAN / POOL / AFP)

Les doutes de la Commission européenne bientôt levés ?

Avant d’être lancé, le CRM doit recevoir l’assentiment de l’Union européenne. En septembre dernier, la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager, a ouvert une enquête approfondie sur le mécanisme d’investissement belge. Elle voulait s’assurer qu’il n’enfreignait pas les règles européennes en matière d’aide d’Etat.

Après d’intenses mois de discussion avec les autorités belges, la Commission européenne est en train de finaliser son analyse. Le verdict pourrait tomber dans la deuxième quinzaine d’août.

A en croire la ministre fédérale de l’énergie, Tinne Van der Straeten, "l’approbation est en vue". Une perspective saluée par la responsable Groen ! : "La voie vers plus d’énergie renouvelable et la neutralité climatique est tracée. Le mécanisme d’investissement fait une place maximale au développement des sources d’énergie renouvelables, des batteries, du stockage et de la gestion de la demande. Après 20 ans de politiques de va-et-vient, il y a enfin de la clarté et une sécurité d’investissement sur le marché de l’énergie. Elle entraîne également une baisse des prix de l’énergie pour les consommateurs, car elle garantit que les prix de l’énergie restent équitables même en période de forte demande. Des études montrent que le mécanisme d’investissement peut entraîner un effet positif sur le bien-être de 100 à 300 millions d’euros par an."

4 images
La ministre fédérale de l’énergie, Tinne Van der Straeten, confiante pour le mécanisme belge de soutien à la sortie du nucléaire : "l’approbation est en vue". © (Belga – Nicolas Maeterlinck)

Des doutes et des craintes persistent en Belgique

Si le feu européen pourrait passer au vert prochainement, des feux orange clignotent encore en Belgique. Des associations environnementales s’interrogent sur l’existence même du CRM.

Arnaud Collignon, d’Inter Environnement Wallonie est de ceux-là : "Il y a eu un gros débat sur la nécessité de ce mécanisme et des nouvelles centrales au gaz. En fait, le gouvernement a fait le choix du risque zéro pour assurer la sécurité d’approvisionnement du pays. Ils ont été extrêmement prudents. On peut comprendre. Mais qu’est-ce qu’on aurait risqué à ne pas mettre en place un CRM ? Dans le pire des cas, il aurait fallu faire un délestage, c’est-à-dire qu’on aurait dû limiter la consommation d’électricité dans une zone pendant quelques heures par an, et encore, éventuellement en cas d’hiver rigoureux. On estime que c’est cher payé pour évacuer un risque qui était extrêmement limité."

Arnaud Collignon aurait également préféré éviter la construction de centrales électriques au gaz qui auront un impact sur le climat.

Restent les préoccupations des entreprises électriques et gazières. Dans un communiqué, ce lundi 26 juillet, la Febeg, la fédération du secteur dénonçait les difficultés rencontrées pour obtenir des permis de bâtir et d’environnement, des procédures jugées trop longues et complexes et qualifiées de "parcours du combattant".

"Une réduction du nombre de projets d’investissement pour ces enchères (ndlr : les enchères prévues en octobre dans le cadre du CRM), par exemple en raison d’un manque de permis, réduirait la concurrence pour cette enchère et pourrait entraîner également une insuffisance de nouvelles capacités de production ", avertit la Febeg qui appelle tous les gouvernements du pays "à prendre les mesures nécessaires".

Sur le même sujet...

JT du 06/07/2021

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK