Elections européennes: quel intérêt pour un parti de présenter un candidat d'un autre pays?

Paul Magnette a été sollicité par le Parti socialiste français pour figurer sur sa liste pour les prochaines élections européennes. Récemment, l'hypothèse d'une présence du Catalan Carles Puigdemont sur une liste N-VA pour ce même scrutin a aussi été évoquée. Pour Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’ULB, il y a un "double intérêt" pour un parti au niveau européen d’aller chercher des personnes qui ne sont pas des nationaux : "Le premier, et c’est particulièrement le cas dans le chef du Parti socialiste français qui a sollicité Paul Magnette, est d’avoir une personne qui incarne bien un message et un parti à un moment donné. On voit bien que le PS français est en difficulté et n’a pas clairement cette personne qui peut l’incarner dans un paysage politique français où il a fort reculé. Il peut y avoir un deuxième intérêt plus classique, c’est d’avoir une personnalité qui amène de nouveaux électeurs. Donc, quand on voit ces types de propositions, c’est souvent une personnalité connue médiatiquement, qui peut susciter un intérêt que ne susciterait pas nécessairement le parti autrement".

Systèmes électoraux

Le candidat qui fait le choix de se présenter sur une liste d'un autre pays doit tenir compte des spécificités des systèmes électoraux, poursuit le politologue, interrogé sur La Première : "En Belgique, on peut voter de manière préférentielle ; en France, on ne peut pas voter de manière préférentielle, donc vous êtes inscrit dans une dynamique de campagne nationale, mais on ne vérifie pas par l’indicateur du vote de préférence, si votre popularité est bien donnée. Ce qui serait intéressant dans le chef du Parti socialiste français, c’est bien sûr d’avoir une personnalité qui n’a pas de passif par rapport à la vie politique française, ou même de passif par rapport au Parti socialiste français, et qui soit capable d’apporter quelque chose dans le débat français, c’est-à-dire entre la République en Marche d’un côté et, par exemple, La France Insoumise de l’autre, et qui soit aussi capable de se défendre médiatiquement. Il est clair que le profil de Paul Magnette peut répondre à cela. Dans le chef de Carles Puigdemont, on est dans un autre cas d’école. Il a bien sûr été ultra médiatisé. La question qui peut se poser pour la N-VA c’est les termes d’une campagne éventuelle, sachant qu’il n’est pas néerlandophone. Et est-il susceptible d’amener un électorat supplémentaire à la N-VA sans en faire fuir un autre ?"

Couples mixtes

Ce phénomène risque-t-il de se multiplier à l'avenir? Pascal Delwit pense qu'il "va sans doute y avoir un peu plus d’occurrences dans le futur. Après, il faut quand même bien observer que ce n’est pas nouveau. On a déjà eu quelques cas aux élections européennes de 1984 et de 1989, on a aussi eu des cas en 1994 et 1999, donc ce n’est pas une situation complètement nouvelle. Par ailleurs, il y a une transnationalisation plus affirmée de la vie politique, même si elle reste très contenue, ne fût-ce qu’avec la désignation des candidats à la présidence de la Commission européenne par les grandes familles idéologiques. Et il y a un dernier point qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’il y a de plus en plus, en tout cas dans certaines parties de la population, ce qu’on pourrait appeler des couples mixtes, c’est-à-dire des gens qui n’ont pas la même nationalité dans le couple et qui donnent alors souvent naissance à des enfants qui ont la double nationalité. Ça permet donc plus aisément d’être sur un terrain et par la suite sur un autre terrain".

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