Elections communales 2018: des signes de démocratie en souffrance

Quelles leçons tirer des dernières élections communales ? Quelles sont les motivations des électeurs et qu’en déduire ? Sept universités flamandes et francophones ont conjugué leurs efforts pour analyser le scrutin.

Premier enseignement : la vague verte observée en octobre n’est pas due, comme on l'a cru un moment, aux primo votants.

Rencontre manquée

Les primo votants ne se sont pas particulièrement sentis poussés vers Écolo en Wallonie. De façon générale, ils semblent même désenchantés par la politique. Ils ont, plus que d’autres, remis des bulletins blancs ou ont voté pour des partis antisystème, type PP. Une tendance que Jérémy Dodeigne, professeur de sciences politiques à l’Université de Namur, juge interpellante. "Ça signifie que cette première expérience électorale se solde par une sorte d’échec puisqu’on ne participe pas au jeu électoral ou alors on opte pour un parti qui devient de plus en plus anti-démocratique, xénophobe…"

Démocratie en souffrance

Électorat désabusé : le signe n’est pas neuf. Cette génération née dans les années 2000 a constamment été confrontée à un discours de crise : crise politique, institutionnelle, financière, économique, humanitaire… Pour Jérémy Dodeigne, "C’est une génération de crise, de fake news, de mouvements populistes qui montent. Et on peut imaginer que lorsqu’on est confronté systématiquement à ce discours, on ne croit plus au système démocratique et à sa capacité à résoudre des problèmes".

Vague verte = 18-34 ans

Mais la tendance n’est pas irréversible à voir les votes des 18-34 ans. Une partie d’entre eux continue à voter blanc ou PP mais c’est aussi chez eux qu’Écolo ou le cdH ont moissonné en octobre. Du côté des plus de 65 ans, de façon générale, on a donné sa préférence aux partis traditionnels.

Confiance érodée

Reste que le citoyen jette un regard mitigé sur l’honnêteté et les capacités du personnel politique et des institutions. Spécialement en Wallonie et singulièrement à l’égard des pouvoirs les plus élevés.
En effet, si le Wallon accorde encore 5.5/10 à son collège communal et 5.4/10 à son bourgmestre, il buse carrément le gouvernement wallon (4.6/10) et plus encore le gouvernement fédéral (3.9/10). Il est vrai que, dans ce dernier cas, un seul parti francophone affronte une opposition massive dans son propre rôle linguistique.

Et en mai 2019 alors?

Cette étude du comportement électoral est intéressante pour appréhender le prochain scrutin. Alors un dernier point à prendre en considération avant d'affronter le rendez-vous de mai : l'importance du sentiment de voter "utile". L’étude établit qu'aux dernières élections communales, ce n’était pas l'avis majoritaire des électeurs PP et DéFI. Là, il s'agissait plus souvent d'un vote-sanction, un avertissement. Toutefois, au PTB, le sentiment était tout autre : un électeur sur deux était convaincu de voter utilement !
Les accords de majorité lui ont finalement donné tort mais si, en mai, celui qui a voté PTB aux communales reste convaincu du bien-fondé de sa démarche, cela pourrait contribuer à fragmenter davantage les résultats du scrutin régional et fédéral.

►►► Le rapport RTBF/Le Vif à lire en cliquant ici
 

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