Elections 2019 : quand la Belgique tente l'aventure de la démocratie participative

Elections 2019: Quand la Belgique tente l'aventure de la démocratie participative
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Elections 2019: Quand la Belgique tente l'aventure de la démocratie participative - © Tous droits réservés

Le 26 mai prochain nous voterons. Elections législatives, régionales et européennes. Certains citoyens ont décidé d’innover en invitant les politiques à partager leur pouvoir. Ils revendiquent une démocratie participative et délibérative.

Agora comme au temps d’Athènes

« Ma vision de la démocratie c’est quand il y a une liberté de parole de décision par la population. » Voici l’une des définitions de la démocratie signée par le mouvement Agora. Ses membres Sieglinde, Jean, Julia David ou Olivier sont de simples citoyens bruxellois, francophones et néerlandophones, jeunes et moins jeunes, diplômés ou pas.

La clef de leur projet c’est le tirage au sort. Ce mode de désignation serait plus représentatif, plus démocratique. Fin mai Agora espère obtenir un siège au parlement bruxellois. L’heureux élu, si élu il y a, sera le porte-voix d’une assemblée citoyenne tirée au sort via l’annuaire téléphonique, le porte à porte.

Cette assemblée hétérogène décidera des thèmes à discuter. Une façon d’introduire la démocratie participative dans un système de démocratie élective.

« Il faut que le tirage au sort soit accompagné de critères pour pouvoir s’assurer d’avoir autant d’hommes que de femmes dans l’assemblée, autant de personnes de chaque tranche d’âge pour représenter la population. Un troisième critère que l’on suit ce sont les diplômes que les gens ont » explique Olivier Vermeulen candidat sur la liste Agora.

Pour d’autres, il y a une urgence démocratique et les problèmes de répartition de la richesse sont importants. Julia Grosman candidate, elle aussi, sur la liste Agora explique la méfiance grandissante des électeurs envers les élus et le

système. « Le citoyen lambda n’est plus représenté car nos politiciens ont toujours été des politiciens. Le politique est décalé des réalités du peuple. »

Sous l’impulsion du G1000

Ces idées, ces réflexions s’inspirent de l’essai de David Van Reybrouck « Contre les élections » publié en 2013. Il est aussi l’un des initiateurs du G1000, cette assemblée de citoyens clin d’œil au G20, qui planchait sur une meilleure organisation de la démocratie belge.

Min Reuchamps est professeur de science politique à l’Université catholique de Louvain, spécialise du fédéralisme et lui-même adhérant aux idées du G1000. « C’est le moment parce qu’à la fois il y a ce grand désamour mais aussi en réaction à ce désamour, de dire non on ne peut pas laisser comme ça notre vivre ensemble il est trop important pour le laisser à quelques personnes élues ou représentant certains lobbies. Il faut alors que les citoyens reviennent dans la bagarre démocratique mais on ne peut pas le faire simplement comme ça, car on voit bien, comme les Réseaux sociaux nous le montrent, on a tendance à être mis dans des silos. Or ce qui nous manque c’est de pouvoir délibérer… C’est pourquoi il doit y avoir un gros travail pour repenser la démocratie, la renouveler. »

Le test des Eupenois

A Eupen, petite communauté germanophone tranquille, on fait preuve d’audace. En septembre prochain, un conseil de citoyens siégera aux côtés des élus au parlement germanophone et une assemblée de citoyens tirés elle aussi au sort sera mise en place. Pendant 18 mois ils feront remonter les préoccupations des citoyens discutées dans l’assemblée. D’autres ensuite leur succéderont.

Oliver Paasch, le ministre-président de la communauté germanophone a œuvré pour que cette autre forme de démocratie participative et délibérative soit mise en place. « Le but est de créer une plate-forme pour les citoyens qui leur permette de participer à la vie politique, de suivre la politique, de contrôler la politique. En même temps notre ambition c’est de lutter par ces instruments complémentaires de notre démocratie contre le populisme, l’extrême droite, l’extrême gauche qui sont des ennemis du système représentatif actuel » explique-t-il.

Pour Alexander Miesen, ce système est innovant car il permet aux citoyens de décider des thèmes à débattre dans la mesure des compétences du parlement germanophone.

Mais Alexander Miesen a dû convaincre ses collègues de partager le pouvoir. Pas toujours facile pour un élu… « Je devais amener toutes les fractions à un accord et l’opposition m’a reproché que je pouvais instrumentaliser la majorité et la majorité craignait que j’instrumentalise l’opposition. Il a fallu beaucoup de tractations, un travail de persuasion mais nous avons abouti à une unanimité au Parlement et je crois que c’est un signal important et essentiel pour que toute cette histoire fonctionne à la fin. »

Au sein du parlement se tient en ce moment une exposition qui invite les jeunes à s’interroger sur le pouvoir, les préjugés et le droit. Une façon d’inciter la nouvelle génération à devenir acteur de son futur et de sa démocratie.

La communauté germanophone est peut-être moins connue, et plus discrète que les autres communautés mais elle pourrait montrer l’exemple aux Francophones et Néerlandophones… voire aux Européens.

A voir dans l’émission « Le Maxi Bar de l’Europe » ce dimanche 5 mai sur la Trois vers 23h30

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